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Le jeu de Bérenger

5 mars 2006, 00:00

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Face à la succession de calamités qui assaillent le pays, le remue-ménage qui bouleverse l?opposition est un petit divertissement. Il ne change rien à votre vie, il confirme ce que nous avions bien senti depuis quelques semaines. Paul Bérenger n?en veut plus vraiment. Déçu, fatigué, démotivé, le leader de l?opposition n?a plus le mental d?un chef de guerre même s?il rêve toujours de revanche.

Le leader du MMM est suffisamment lucide pour comprendre qu?il n?a plus de réelles perspectives politiques personnelles. Il pourrait envisager, pour le moment, d?abandonner l?avant-scène. Un recul tactique. Il ne le dit pas mais il espère revenir, demain, dans un nouveau rôle politiquement moins exposé.

C?est un faux pas de Pravind Jugnauth qui précipite l?action de Bérenger mais il y pense depuis les dernières législatives. Il a bien compris que le MSM estime désormais ? et l?affirme de plus en plus ouvertement ? que le leader du MMM est devenu un boulet électoral que Pravind Jugnauth n?est plus sûr de vouloir traîner. C?est d?ailleurs cette conviction qui a décidé le leader du MSM à annoncer son intention de faire cavalier seul, le 1er mai prochain, à l?occasion du test annuel de popularité politique. Bérenger a accusé le coup, mais sa riposte est un cadeau empoisonné à Pravind Jugnauth.

Avant d?en arriver là, Bérenger a d?abord constaté la faiblesse de sa situation politique personnelle. Au-delà de son parti, avant même son parti qu?il a laissé dépérir, Bérenger s?intéresse à Bérenger. Mais il voit bien qu?une page est tournée ; il garde de la dernière campagne électorale un souvenir amer et désespéré. Pour lui-même, peut-être un peu pour le pays, il n?envisage pas de recréer les conditions électorales qui ont écrabouillé ses ambitions premierministérielles, et cassé le pays. Plus blessant encore, il voit Pravind Jugnauth, son partenaire d?hier, son « frère » de la campagne électorale, reprendre en partie l?argumentaire des travaillistes, pour mieux se démarquer de lui. À son dilemme politique s?ajoute maintenant une vindicte personnelle.

Le désaccord entre les deux dirigeants de la défunte alliance de l?opposition est d?autant plus profond qu?ils font une lecture diamétralement opposée des causes de leur défaite électorale. Pour Jugnauth et quelques dirigeants du MSM, il n?y a qu?une seule explication : c?est le rejet de Bérenger, à la fois l?homme et l?ancien Premier ministre, par l?électorat rural. Leurs candidats, y compris Pravind Jugnauth, n?ont été que les malheureuses victimes d?une formule politique exécrée par les électeurs traditionnellement hostiles à Bérenger.

Cette analyse fait de plus en plus d?adeptes au MSM où l?on constate un certain regain de faveur, en milieu rural, depuis que le parti laboure le terrain politique sans la compagnie jugée électoralement repoussante de Bérenger. Pour reconquérir et élargir son électorat, Pravind Jugnauth croit donc qu?il doit se séparer du MMM. Du moins dans l?immédiat.

Le MMM voit les choses de manière différente. Sans nier les effets destructeurs de la campagne « communalo-politique » des travaillistes, les dirigeants du MMM, Bérenger en tête, supputent maintenant que c?est Pravind Jugnauth qui ne fait pas le poids électoral.

Bérenger ne cesse, depuis des mois, de ne lui trouver que des faiblesses politiques après avoir chanté ses prouesses des années durant. Quand Bérenger n?aime plus, c?est un terroriste. Il a donc éliminé « Ti-Jugnauth » de ses projets et se mêle de vouloir choisir un meilleur leader du MSM. Son choix personnel, c?est l?autre Jugnauth, Ashock ; il n?en sort pas. Bérenger sait déjà pourtant que Ashock Jugnauth ne le porte pas dans son c?ur. Les deux n?ont de commun que leur commune aversion pour Pravind. Mais c?est ainsi avec Bérenger. Il lui faut toujours un bouclier-symbole, pour cacher aujourd?hui ses fragilités, hier ses appétits. Il a probablement peu de chances de punir ainsi Pravind, mais il aura réussi à semer la zizanie chez un partenaire qui reste, pour l?heure, sa seule option d?alliance.

C?est ce qui est incompréhensible dans cette débandade auto-déclenchée de l?opposition. Elle ne peut représenter une alternative politique crédible à l?actuelle majorité que si elle est unie et solidaire. Séparément, et le MMM et le MSM ne sont pas de taille à menacer le moindrement la suprématie de l?Alliance sociale. Sans doute la sociologie de leurs électorats respectifs peut rendre la synergie électorale difficile, comme en 2005, mais seule cette possible équation, comme en 2000, leur permettra d?incarner l?alternance. Des enjeux de court terme et des considérations personnelles poussent les deux partis à sacrifier leurs intérêts à long terme.

Cette division d?une opposition, qui a représenté presque un électeur sur deux aux dernières élections générales, fait naturellement l?affaire de Navin Ramgoolam et de sa majorité déjà si dominante. Jamais aucun Premier ministre a-t-il été aussi souverain, rarement une opposition, si représentative au plan électoral, a-t-elle été aussi inexistante.

Cette situation est capable d?engendrer deux postures totalement opposées : un Premier ministre à la Lee Kwan Yu peut se saisir de l?opportunité, rare en démocratie, pour reformer fondamentalement le pays, un pays tellement désaxé et que la démagogie électorale a conduit au bord du gouffre. À l?inverse un leader faible, peut profiter de l?occasion pour se laisser aller à l?inaction tranquille qui gomme les urgences et repousse les échéances en se donnant l?illusion de gouverner.

On attend toujours de savoir ce que sera Navin Ramgoolam. Sa priorité du moment est-elle vraiment de recruter Allet et consorts, ces grands cerveaux seuls capables de sauver le textile et le sucre mauriciens ? Pourquoi pas Anirood Gujadhur ?

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