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la nostalgie de l?âge d?or

4 mars 2006, 00:00

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Ganess Ramlugun, Jugdish Bhoyroo, Chundrika Neermul et Bijloll Geeandith, ne seront pas présents ce soir à Pailles, mais ils seront scotchés devant leur petit écran. Ces quatre fans, quatre amis, maraîchers au marché de Curepipe, étaient aux premières loges des salles obscures, dans les années 60. Passionnés de Dilip Kumar ou de Raj Kapoor, ils regardent aujourd?hui le cinéma indien avec un certain détachement. Trop de violence et trop d?érotisme ont freiné leur élan de jadis. Ils ont entre 62 et 73 ans. Pour eux, Bollywood est une étrange appellation. C?est une façon moderne, de définir un cinéma qui veut trop en faire et qui perd lentement, mais sûrement, tout ce qui naguère, faisait leur fierté. « Lontan bann acter ti rest à l?affiche pendant quinze, vingt ans. Zordi, nek trouv enn tas violens ek enn ta simagrés, » explique Jugdish Bhoyroo.

De leurs souvenirs de cinéphiles, ils ont conservé cette ferveur de ceux qui dégustaient des pistaches salées, à cinq sous le sachet. Dans la salle, racontent-ils, le public était en transe. Il n?hésitait pas à applaudir ce fils qui revoyait ses positions, par respect pour son père. Il jubilait lorsque le héros arrivait finalement à asséner un coup magistral au méchant. Jugdish qui fréquentait assidûment le cinéma Anand à Triolet, a soudain les yeux qui brillent. « Pa ti éna ler, pa ti éna zour. Kan ti éna zoli film, nou ti allé. Quatre, parfois cinq film pou vingt-cinq sous ! Zordi, bann zenn get CD, zot pa koné ki bonher éna kan alle cinéma ! »

Jugdish Bhoyroo, qui a été responsable de la sécurité pendant quelques années dans un hôtel du littoral nord, définit le cinéma bollywoodien d?aujourd?hui par un seul nom : Aishwarya Rai. Lors d?un des passages de l?actrice chez nous, Jugdish a réussi à se faire photographier à ses côtés. « Ou get dan so lizié, ou la tet viré! Sa enn gran actrice ça, » ajoute-t-il les yeux pétillants. Pour lui, comme pour ses camarades, Devdas, le chef-d??uvre de Sanjay Leela Bhansali, est un film hors catégorie. «Kan ou get enn film kouma Devdas, so moral, so la mizik, ou touché ziska dan fond ou léker. C?est ça pou moi vrai cinéma indien, » explique Ganesh Ramlugun.

Ces messieurs très nostalgiques du cinéma indien d?autrefois, ont vécu chaque film, comme un voyage unique « Lontan, si pa alle cinéma pou lané, kouma dir lané pane vini, » raconte Bijloll Geeandith. « Ti éna parfois telman lambians dan la sal ki nou ti gagn limpresyon la sal pou grainé, » poursuit-il dans un franc éclat de rire. Le cinéma, devenu leur loisir par excellence, durant leur jeunesse, leur permettait alors d?oublier soucis et malheurs personnels. Même si les films étaient en noir et blanc et que c?était encore l?ère du cinéma muet, aller au cinéma, relevait quasiment du devoir. « Parey kouma bann acter ti fer zot devoir lor lécran, nou aussi, nou ti bizin là, pou get zot vine méyer, » explique Chundrika Neermul. « Zordi, nou fer kouma nou bann zanfan, nou get film lor CD, » ajoute-t-il.

Ce cinéma d?autrefois, qui prévilégiait les scènes d?amour flamboyantes et l?esthétisme, dans lequel le couple Nargis-Raj Kapoor faisait sensation, a bien évolué depuis. Si Shah Rukh Khan et Amitabh Bachchan, semblent se détacher résolument du lot, l?imaginaire de Ganess Ramlugun, Jugdish Bhoyroo, Chundrika Neermul et Bijloll Geeandith, a été largement nourri par un cinéma inventif, dans lequel, l?acteur faisait le rôle.

Et si Jugdish Bhoyroo a vu Devdas dans une immense salle à Londres, l?évolution du cinéma indien, ne devrait pas se définir qu?en terme de films commerciaux. Pour que la magie de jadis ne soit pas totalement occultée, les réalisateurs d?aujourdhui, ne devraient pas se contonner à « copier le cinéma américain. » L?Inde possède toutes les richesses pour que son cinéma ne perde pas son âme.

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