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?La morosité économique est alarmante?

28 février 2006, 20:00

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● Pourquoi ce ?shift? dans votre formation professionnelle ?

Le problème de pauvreté m?a toujours interpellée, d?où cette formation en social work. J?ai même fait des recherches sur le problème de la pauvreté dans la République de Maurice, au regard de la protection accordée aux droits humains. Parmi mes recommandations, j?ai proposé, comme une des mesures principales dans la lutte contre la pauvreté, une participation plus active des pauvres dans la création des richesses, en les encourageant à entreprendre?

● Vous êtes d?origine rodriguaise. Quelle lecture faîtes-vous de la situation économique, sociale et politique à Rodrigues ?

Il est plus que temps de tirer la sonnette d?alarme sur la situation à Rodrigues. La morosité économique se précise, le désinvestissement a commencé, le commerce est lent, les quelques entrepreneurs d?antan sont pratiquement les mêmes ? il n?y a quasiment pas de nouveaux entrants, pas de diversification. Et je crois aussi que Rodrigues n?a pas su profiter de sa zone hors taxes.

?Parmi mes recommandations, j?ai proposé, comme une des mesures principales dans la lutte contre la pauvreté, une participation plus active des pauvres dans la création des richesses, en les encourageant à entreprendre?.?

● D?autre part, le taux de chômage continue à grimper, il devient de plus en plus difficile de se faire embaucher, et ceux qui ont un emploi ont peur de le perdre.

Sur le plan politique, on a l?impression que l?Ile est en permanence en campagne électorale. Le Rodriguais est trop passionnel quand il s?agit de politique, il la vit au quotidien. Des membres d?une même famille se déchirent à cause de leur appartenance politique.

● Et qu?en est-il du domaine de l?éducation avec la tentative du gouvernement de reprendre la gestion des collèges (REDCO) ?

Il n?y a pas que la gestion de REDCO, il y a aussi l?allocation des bourses d?études à l?étranger.

Sur cette question, je suis catégorique : le gouvernement ne devrait pas y toucher. Elle doit être réservée aux Rodriguais exclusivement ? tout comme les schemes en vigueur à Maurice à l?intention des enfants de planteurs ou de pêcheurs. Elle est essentielle, voire vitale pour le développement de Rodrigues. Vous devez savoir que les enfants Rodriguais n?ont pas les mêmes chances et opportunités que les petits Mauriciens.

C?est aussi pour cette raison que je vois cela malhonnête quand le fonctionnaire mauricien demande un posting pour Rodrigues, alors que son enfant est en 5e au CPE, pour pouvoir bénéficier des places réservées aux Rodriguais dans les ?bons? collèges de Maurice.

Quant à la décision de reprendre le contrôle de REDCO, Je crois que ce n?est pas aussi mauvais que cela étant donné la situation politique à Rodrigues ?

Je ne comprends d?ailleurs pas pourquoi le gouvernement sortant a fait ce transfert de shares à la veille des élections générales.

Il faut se rappeler que l?enseignement secondaire reste la pépinière des nouveaux gradués rentrant au pays. Il n?y a à ce jour pas d?autres débouchés que de l?emploi comme enseignants dans le secondaire.

● Vous avez entrepris des études supérieures dans la création des entreprises et la gestion des projets, que proposeriez-vous pour la création d?emplois en tenant compte de la réalité rodriguaise ?

L?Etat ne peut plus continuer à assumer le rôle de principal employeur.

Il faut créer un environnement propice à l?investissement et à l?émergence de nouveaux entrepreneurs : locaux, mauriciens ou étrangers. Pour cela, il faut que certains comprennent que l?île Rodrigues n?est pas leur propriété privée. Il faut lui permettre de respirer.

Il y a deux facteurs principaux qui méritent d?être traités en toute urgence : Premièrement permettre aux Rodriguais de devenir propriétaires de leur(s) terrain(s) pour avoir un accès plus facile au crédit. Vous savez, la plupart des Rodriguais sont propriétaires de leurs maisons, mais pas de leur terrain, car plus de 80% des terrains appartiennent à l?Etat. Et l?Etat donne difficilement un pledge of rights à la banque sur les biens immobiliers des éventuels emprunteurs. Ce qui est risible, alors qu?il y a un fonds de garantie à la DBM pour faciliter les emprunts, le Rodriguais n?y a pas accès puisqu?il est considéré propriétaire d?un bien immobilier.

Il y a aussi un autre facteur important qu?il faut vite prendre en compte dans l?intérêt de Rodrigues, c?est cette impression qui persiste toujours parmi certains des dirigeants selon laquelle le Mauricien veut tout accaparer. Ce qui ne rassure pas toujours les potentiels investisseurs mauriciens. Je pense à un homme d?affaires mauricien très connu et respecté à qui on a fait des remarques acerbes dans ce sens. Comment voulez-vous encourager les gens à investir à Rodrigues en tenant des propos pareils

Il faut aussi développer et professionnaliser l?artisanat. Il faut donner aux artisans la possibilité de faire des produits de qualité pour qu?ils puissent les écouler d?une façon rentable et professionnelle.

La pêche hors lagon devrait être exploitée. Nous avons deux bancs autour de Rodrigues, et ils sont, paraît-il très poissonneux. Il faut, à mon avis, exploiter ce secteur ? pêche et transformation légère. J?ai monté un très beau projet pour Rodrigues dans ce sens pour mon mémoire de fin d?étude en création d?entreprises.

?Sur la question de bourses, je suis catégorique : le gouvernement ne devrait pas y toucher. Elles doivent être réservése aux Rodriguais ? tout comme les schemes en vigueur à Maurice à l?intention des enfants de planteurs ou de pêcheu. Elle est essentielle, voire vitale pour le développement de Rodrigues?.

● Votre opinion sur le type de développement de l?industrie touristique : l?artisanat qu?il faudrait pour sortir des habitudes traditionnelles telles que la vente des piments confits, les chapeaux de paille etc ?

L?artisanat aurait pu être un des piliers du secteur touristique à Rodrigues, tout comme l?hôtellerie, le transport et la restauration, car il y a un marché à satisfaire. L?artisanat ne doit être statique, mais se doit d?être dynamique. Il doit aussi pouvoir faire le jeu du marché ? l?anticiper même. L?artisan doit pouvoir créer, innover et segmenter pour pouvoir satisfaire son marché, sinon il périt ; car le client ? bien souvent le touriste ? veut avoir la qualité pour le prix qu?il paie. Il y a aussi le facteur esthétique que l?artisan devrait prendre en compte dans sa production, il doit pouvoir être exposer dans l?environnement de vie et de travail de son acheteur.

De plus, je crois que le Rodriguais exagère un peu sur le prix de ses produits. Je crois qu?il devrait aller plus vers l?effet d?échelle ? vendre plus à plus petit prix. Quand vous réalisez que le haricot rouge se vend Rs 75 la livre, et le piment à plus de Rs 200.- la bouteille. Les produits à l?intention des touristes ne sont pas mieux lotis. Il ne faut pas que le touriste, mauricien ou étranger, se sente arnaqué. Il en veut pour son argent ! Et le rodriguais gagnerait s?il faisait parler son produit ? en terme de qualité, de présentation et de prix. Ce serait, entre autres, une des meilleures façons de promouvoir aussi le pays.

Quand vous réalisez qu?il n?y a pas de p?tits piments, d?achards, de tourtes rodriguais, entre autres, sur les vols Rodrigues-Maurice ou vers La Réunion. C?est une aberration !

● Vous n?êtes pas sans savoir que des Rodriguais qui viennent à Maurice pour trouver un emploi ou pour d?autres raisons, sont regroupés dans certaines régions spécifiques et ils sont souvent accusés d?être des fauteurs de trouble. Selon vous, quelle doit être la politique qu?il faut adopter face à ce problème ?

Au fait, pour ma dissertation comptant pour mon degré, j?avais choisi de faire mes recherches sur cette vaste migration de Rodriguais vers Maurice. Mais un de mes professeurs m?a demandé de ne pas aller dans cette direction, car c?est un sensible issue. Je l?ai malheureusement cru. Mais je crois toujours qu?une étude sérieuse devrait être entreprise dans ce sens. La principale raison est probablement le chômage ? et je me suis toujours demandée pourquoi on ne recrutait pas aussi des Rodriguais pour travailler dans des usines à Maurice, en leur pourvoyant logement et autres facilités comme c?est le cas actuellement avec les travailleurs immigrés. Cela résoudrait en même temps ce problème que vous mentionnez. J?ai aussi été étonnée de constater le nombre de noms rodriguais que je vois parmi les squatters?.

Mais d?autre part, ces Rodriguais sont aussi des citoyens mauriciens et ils ont le droit de s?installer n?importe où sur le territoire mauricien. Je voudrais aussi attirer l?attention sur le fait que la presse attire un peu trop d?attention sur les méfaits des Rodriguais à Maurice, et pas assez sur les honneurs qu?ils rapportent au pays ? dont les sportifs.

● Tout récemment, il y a eu la fermeture temporaire de l?hôtel Les Cocotiers à Rodrigues, ce qui a entraîné le licenciement d?une cinquantaine d?employés ayant moins d?une année de service et le redéploiement du personnel à l?hôtel Pointe-Vénus. Vos commentaires.

C?est un drame humain quand une personne perd son emploi ainsi que les conséquences que cela entraîne.

Mais il faut aussi dédramatiser la situation. Les Cocotiers n?est pas une organisation à vocation sociale. C?est une compagnie privée et elle ne peut pas continuer à fonctionner que pour faire plaisir à certains. Si toutefois Les Cocotiers n?est plus rentable ? si toutefois c?est le cas ? la direction a raison de passer à autre chose. Et il paraît qu?il n?y a pas que Les Cocotiers qui ait des difficultés pour opérer. Les autorités locales doivent trouver une solution urgente pour arrêter l?hémorragie.

Tout porte à croire que les vols directs Réunion-Rodrigues pourraient arrêter.

Je crois encore une fois que cette initiative a été prise un peu à la légère. Je me demande si on a fait une étude sérieuse pour analyser ce marché avant de démarrer ce projet ? Est-ce qu?il y avait un mouvement adéquat entre ces deux îles pour pouvoir justifier cette décision ? Et, est-ce qu?il y a eu une campagne assez agressive pour attirer les voyageurs ?

Et finalement, On a tendance à se demander si cette décision n?était pas plus politique qu?économique.

● Vous avez déjà travaillé au bureau du Premier ministre. Si l?Etat décide de créer un poste à Rodrigues pour s?occuper des Affaires rodriguaises, seriez-vous disposée à relever ce défi ?

Pourquoi pas ? Des mesures impopulaires transitent mieux à travers un enfant du pays. Mais la question ne se pose pas. Y répondre ne serait que pure spéculation?

Il ne faut pas oublier que le Premier ministre est aussi ministre de Rodrigues et s?il a gardé ce portefeuille, c?est qu?il a ses raisons. Et je crois sincèrement que le Premier ministre peut et veut faire de grandes choses pour Rodrigues. S?il y a une volonté politique et une détermination d?aller jusqu?au bout de cette volonté, Rodrigues ne s?en sortira que gagnante.

Je crois que le Premier ministre devrait faire un effort et faire un déplacement sur Rodrigues. Les Rodriguais en général y tiennent beaucoup.

● La corruption, le favoritisme existent-t-ils à Rodrigues sur une grande échelle ? Faut-il une antenne de l?Independent Commission Against Corruption dan l?île ?

Elle existe, mais sur quelle échelle, je ne sais pas. Comme ailleurs, il doit y avoir des fonctionnaires qui font payer pour des services gratuits, ou faire payer plus que ce qui est requis ; des fonctionnaires qui demandent des petits cadeaux aux patients ? tels limons, piments, volailles, ou cabris.

Mais, le cas d?allégation de fraude concernant le barrage d?Anse Raffin est un exemple qu?il ne faut pas négliger. C?est assez pour justifier la présence de l?ICAC à Rodrigues.

?Il est plus que temps de tirer la sonnette d?alarme sur la situation à Rodrigues. ?La morosité économique se précise, le désinvestissement a commencé, le commerce est lent, les quelques entrepreneurs d?antan sont pratiquement les mêmes ? il n?y a quasiment pas de nouveaux entrants, pas de diversification?.

● Le faible volume d?exportation des produits de Rodrigues vers Maurice est souvent un sujet d?étonnement. Que faut-il faire pour encourager la production agricole ?

Rodrigues était jadis le grenier de l?île Maurice. Mon papa était aussi planteur et éleveur ; aujourd?hui à 87 ans, il chérit encore sa terre? et je crois qu?il n?est pas le seul. Ils ont malheureusement dû délaisser la terre en raison des grandes sécheresses des années 80. Le gouvernement n?a alors rien fait pour relancer ce secteur. Si nos planteurs à Rodrigues bénéficiaient qu?une partie des avantages que les planteurs de Maurice ont, ce secteur aurait re-décollé.

● Que pensez-vous de la décision du ministère du Logement de prendre en main la gestion des terres dans l?île ?

Il y a la perception d?une politique de deux poids et deux mesures concernant l?allocation des terrains de l?Etat. Plus d?un crie à l?injustice et à la victimisation pour des raisons politiques, entre autres.

Si tout est transparent dans l?allocation et la gestion des terres, je ne vois pas pourquoi la Rodrigues Regional Assembly crie au scandale. A sa place, je ne m?en serais pas offusquée.

● L?Organisation du Peuple Rodriguais (OPR), le Mouvement Rodriguais (MR) sont les deux partis politiques qui dominent la scène à Rodrigues. Existe-t-il de la place selon vous pour une troisième force.

Définitivement ! D?après ce que j?ai compris, elle est déjà en préparation. Et je crois qu?elle a de bonnes chances de réussir car il paraît qu?elle comporte entre autres, des diplômés qui ont fait des études à l?étranger. Cette initiative me rappelle l?île Maurice des années 70, avec la naissance du MMM.

● La somme de Rs 1,3 milliard allouée à Rodrigues pour le développement de l?île pendant les deux dernières années financières, est-elle suffisante ?

Le budget d?un pays n?est jamais suffisant ? surtout dans une petite île comme Rodrigues où tout est à faire, ou à refaire. Avoir un budget, c?est une chose, et savoir établir ses priorités est autre chose.

Ma critique se veut positive, mais je crois sincèrement que le moment a été très mal choisi pour investir dans des centres communautaires, gymnase et piscine de niveau international ou pour un festival créole qui dure une semaine avec quelques 500 artistes de la région, information que j?au lue dans la presse, entre autres.

● Votre analyse sur l?autonomie de Rodrigues après presque quatre ans?

Le gouvernement central n?a pas suffisamment préparé l?avènement de l?autonomie. Les éléments indispensables à la réussite de l?autonomie n?ont pas vraiment été pris en compte.

Propos recueillis par Jocelyn ROSE

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