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Dons transparents
<B>Par Akilesh Roopun</B>
Une avancée non négligeable en faveur de la transparence et de l?intégrité. Le dernier rapport annuel du groupe Rogers fait état de ses contributions aux partis politiques. Cela va dans le droit fil des normes de bonne gouvernance des entreprises dont les opérations, voire l?existence même, représentent un intérêt public.
Il y a encore un long chemin à parcourir, mais la démarche de Rogers de jouer la carte de la transparence est un pas dans la bonne direction pour combler le déficit d?information qui, de manière générale, caractérise le monde ?corporate? à Maurice.
Il y a d?abord le symbolisme. Rogers était lui-même pris dans la tourmente de l?affaire Air Mauritius il y a quelques années. Ensuite, son ?chief executive officer?, Tim Taylor, préside lui-même le comité national sur le code de la bonne gouvernance.
Les entreprises ne communiquent pas assez avec leurs ?stakeholders? (les actionnaires, les clients, les employés, les fournisseurs, la communauté, les régulateurs et les autorités locales et nationales). Une étude de PriceWaterhouseCoopers l?année dernière vient confirmer le constat selon lequel les sociétés locales sont encore avares en communication.
Les ?reporting gaps? sont encore trop importants pour que les investisseurs puissent prendre des décisions informées. Les sociétés continuent à priver le marché des renseignements critiques sur les opportunités, les menaces, les nouvelles initiatives en termes de produit et-ou de développement du business.
Une entreprise ne peut s?attendre à ce que le marché le juge à sa juste valeur si elle laisse planer le flou sur ses intentions (stratégiques) et sur la conjoncture de son business. Le manque d?information influe négativement sur les actions d?une compagnie.
Sur un autre niveau, une culture d?opacité freine l?activité sur le marché boursier et agit comme un facteur limitatif sur le développement d?un marché moderne des capitaux.
Une communication saine répond aussi à un souci d?honnêteté et d?intégrité morale. Rogers fait preuve de beaucoup de sang-froid en déclarant ses contributions (Rs 4 millions) aux partis politiques. Ce groupe, de même que d?autres sociétés qui l?ont fait auparavant, aide à faire sauter un verrou dans les rapports entre le monde des affaires et la sphère politique.
Dans l?absence d?un mécanisme de ?reporting? transparent et formel, le financement des partis politiques par les entreprises se fait par le truchement de caisses noires. Cela ne fait qu?alimenter la perception des liens obliques entre politiciens et hommes d?affaires.
Le financement des partis politique fait débat ici et ailleurs. Des contributions faites aux politiques dans des conditions peu claires sont la source de pratiques corruptibles dans l?octroi des marchés publics. Les donateurs s?attendent à un retour sur leurs ?investissements?. La nature de ce retour peut toutefois pervertir tout un système de gouvernance.
Déclarer les contributions politiques est un pas dans le sens de la transparence. La prochaine étape est de venir dire à quel parti ou partis les donations ont été faites, comme c?est le cas en Angleterre, aux États-Unis et dans d?autres démocraties sophistiquées.
Une entreprise doit être en mesure d?affirmer pourquoi elle accorde son soutien à l?un ou l?autre parti et dans quelle mesure cet apport va lui bénéficier à l?avenir. Cette attente n?est pas nécessairement de nature obscure et qui va se matérialiser uniquement au moyen des contrats juteux. Elle peut bien être l?adoption d?une politique commerciale par le parti bénéficiaire qui favoriserait l?épanouissement de l?entreprise donatrice. Le monde du business a d?autres moyens beaucoup plus honorables pour faire fructifier ses liens avec l? ?establishment? politique.
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