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De l?huile de friture pour la voiture

26 février 2006, 00:00

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C?est jaune, plutôt visqueux, et personne ne s?accorde sur l?odeur. « Certains trouvent que ça sent les frites. D?autres, le pop-corn », dit Peter Bell, qui en fabrique à Austin (Texas). « L?assaisonnement à salade », corrige Dan Goodman, qui en possède un flacon sur son bureau, à l?université du Maryland. Le liquide en question, du biodiesel, est un biocarburant d?origine végétale. Inexistant il y a dix ans, il a fait son entrée dans les statistiques du ministère de l?énergie. Dénomination : « graisse jaune ». Huile de cuisine. On la met dans le moteur.

Le phénomène a pris de l?ampleur en quelques années. Dans toute l?Amé-rique, des individus ont entrepris de collecter de la graisse à frites auprès des restaurants et des fast-foods pour la transformer en biocarburant. Pour le quotidien Star Tribune de Minneapolis, ces nouveaux brocanteurs composent une « sous-culture en expansion ». Ils arrivent à faire 1 000 kilomètres avec un moteur qui ne pollue presque pas. Et un plein de graisse qui ne leur a rien coûté.

Le gisement de matière première n?est pas négligeable : 300 millions de gallons d?huiles usées sont produits chaque année dans les cuisines américaines, soit plus de 1 milliard de litres.

« Il y a un phénomène de mode, explique Josh Tickell, un des pionniers de la discipline. Les gens ont envie de faire du biodiesel. Et l?huile de cuisine est une méthode accessible à tout le monde. »

<B>Un sérieux coup de pouce au biodiesel</B>

Il suffit de mélanger l?huile usée à de l?alcool (méthanol). Grâce à un kit de conversion, vendu sur Internet, on peut s?assurer que le carburant n?épaissit pas s?il fait froid. Il y a quand même un handicap : il faut posséder un véhicule diesel, et à ce titre seulement 5 % du parc automobile américain est concerné.

Josh Tickell est l?auteur du livre From The Frayer to The Fuel Tank. Il a sillonné le pays pendant deux ans avec un veggie van, minibus peint de fleurs de tournesol et nourri exclusivement de l?huile des restaurants croisés sur le trajet. Le 6 février, il a sorti son deuxiè-me livre, Biodiesel America, en même temps que s?ouvrait la Conférence nationale du biodiesel à San Diego, avec 2 000 participants, soit deux fois plus qu?en 2005.

L?administration Bush a donné un sérieux coup de pouce au biodiesel dans son plan Énergie de 2004 par un système de crédit d?impôts : de 50 cents à 1 dollar pour chaque gallon de biodiesel mélangé au diesel classique (ou pétrodiesel). Mais même si on exploitait tout le gisement de graisse à frites, dit Josh Tickell, « on ne pourrait couvrir que 5 % des besoins en diesel ».

Cela dit, avec la hausse du prix des carburants, le biodiesel est devenu compétitif. Il a conquis l?US Postal Service, l?armée, la marine ? qui a décidé que tous les véhicules non combattants utiliseraient le biodiesel ?, et les bus jaunes d?une centaine de districts scolaires. Six cents pompes à biodiesel existent déjà dans le pays. S?il y a actuellement moins de 20 producteurs (pour 84 d?éthanol), 12 nouvelles installations sont en construction.

Avec un pétrole à près de 70 dollars le baril, le prix est le même que le diesel ordinaire, souligne Peter Bell, le responsable de la distribution. « Nous enregistrons une croissance de 35 % par mois », affirme-t-il. Selon lui, les consommateurs achètent du « bio » pour diverses raisons : « Certains veulent soutenir les fermiers américains ; d?autres ne veulent plus entendre parler de l?Arabie saoudite. »

Le biodiesel n?intéresse pas que les rêveurs. Dan Goodman, un spécialiste en création d?entreprise, à l?université du Maryland, est en train de monter sa propre « raffinerie ». Il s?est mis à collecter des huiles usées et fournit maintenant les cinq bus de son école de quartier.

<B>300 gallons par semaine</B>

Une fois par semaine, il envoie Matt Geiger, un passionné de mécanique, faire la tournée de collecte des huiles dans les restaurants de College Park, dans le Maryland. Dans sa tournée, il ne manque pas la cafétéria de l?université, puis il passe par Sakura, le restaurant japonais, et California Tortilla. En général, il recueille 300 gallons par semaine. Avant, les restaurants devaient payer pour faire enlever leurs graisses usées. Ils ne sont pas mécontents de s?en débarrasser.

Matt Geiger se décrit comme un « pétrolier d?un genre un peu différent ». Il a toujours été intéressé par Rudolf Diesel, l?inventeur allemand qui a mis de l?huile d?arachide dans son moteur. Il croit à une nouvelle révolution énergétique : « En 1859, l?industrie d?huile de baleine a été laissée sur place quand on a trouvé du pétrole en Pennsylvanie. C?est exactement ce qui va se produire. Le pétrole va être totalement dépassé. »

<B> @ 2 006 Le Monde ?

Corine LESNES ?

(Distribué par The New York Times Syndicate) </B>

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