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Cadress Rungen, le combattant des rues
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Cadress Rungen, le combattant des rues
«Si je dois trouver un début à mon dévouement pour les autres, je dirais que tout a commencé dans le ventre de ma mère. » Voilà comment démarre l?histoire extraordinaire de ce travailleur social acharné qu?est Cadress Rungen !
Et on peut dire qu?il est né dans un milieu propice pour faire du social.
En effet, ses parents étaient eux-mêmes des personnes très engagées. Son père, en tant que scout, était responsable de nombreuses activités sociales et caritatives et, dès son plus jeune âge, le petit Cadress fut initié au mouvement scout. Cela signifiait être attentif aux besoins des autres, toujours faire de bonnes actions, rendre visite aux malades, leur parler, s?occuper d?eux et essayer, ne serait-ce que pour quelques instants, de les sortir de leur détresse et de leur mal-être !
C?est à l?âge de 17 ans que Cadress Rungen décide de se livrer à un autre combat : la lutte contre la toxicomanie. Un jour, un ami lui demande de l?accompagner à l?hôpital car il devait rendre visite à son frère malade. Cadress accepte de bon c?ur et, voyant le frère de son ami dans un état déplorable, finit par demander de quoi il souffre. On lui répond : « C?est une maladie très spéciale, il est drogué. » C?est alors que Cadress se rapproche de ce jeune homme qui deviendra très vite un ami. Cadress lui rendra même visite régulièrement.
Puis un jour, voyant son ami pratiquement à l?agonie, Cadress a une conversation très importante et son ami lui demande : « Si tu veux me rendre un service, va dire aux jeunes et à tous les autres que la drogue, c?est leur ennemi numéro 1.
Si tu arrives à faire comprendre ça aux autres, tu auras rendu un grand service à ton pays. » Telles furent ses dernières paroles avant de rendre l?âme. Depuis ce jour, Cadress Rungen a fait de ces mots son cheval de bataille, son sacerdoce !
Rencontre avec les toxicomanes
« Nous sommes allés voir les parents du défunt, nous leur avons demandé s?il était possible pour nous de parler de ce fléau pendant la cérémonie et ils ont fini par accepter », raconte Cadress Rungen. C?est véritablement sur le chemin entre l?église et le cimetière que l?idée d?un premier programme voit le jour. Cadress Rungen et quelques-uns de ses amis, engagés comme lui, ont commencé à faire des réunions au Centre diocésain du monde ouvrier. Sans la moindre formation, et sans savoir comment diriger leur action, ils ont commencé à rencontrer quelques toxicomanes. Ils ont écouté leur histoire, joué aux cartes, un moyen très simple de les prendre en considération, de leur montrer qu?ils n?étaient pas seuls et qu?il existait malgré tout un endroit qui saurait les traiter en personnes normales.
Après avoir terminé son cycle scolaire, Cadress Rungen commence à travailler à la DWC, puis au ministère du Travail où il occupe le poste de Store Officer. Il continue aussi à rencontrer les toxicomanes en dehors de ses heures de bureau. « Petit à petit, je me documentais pour savoir ce que je pouvais faire pour les aider et j?ai réalisé que j?avais besoin d?une formation médicale. » Il décide alors d?intégrer la School of Nursing de l?hôpital Candos où il reçoit une formation de trois ans pour devenir infirmier.
Beaucoup de personnes de son entourage étaient choqués de le voir quitter son travail pour embrasser un métier aussi difficile que celui d?infirmier. Mais Cadress Rungen avait trouvé sa vocation, un chemin avait été tracé pour lui et il ne pouvait pas en être autrement. En plus de ses cours d?infirmier, Cadress reçoit une formation en psychiatrie. C?est alors qu?il commence à réfléchir et à travailler sur la mise en place d?un centre résidentiel pour les toxicomanes. Il finira par s?installer au Foyer Fiat de Petite-Rivière, qui prodiguait des enseignements sur la bible et le christianisme. C?est dans ce centre pour toxicomanes que les mots désintoxication et réhabilitation ont pris tout leur sens.
Un jour, Cadress et ses amis reçoivent une bonne nouvelle, un monsieur qui avait entendu parler de leur travail voulait apporter sa contribution ; il était disposé à faire don d?un terrain à Terre-Rouge. « Nous sommes tout de suite allés voir l?évêque de Port-Louis, qui était à l?époque Jean Margéot, et il s?est occupé de tout le côté administratif. Quelques jours plus tard, on s?y installait. Mais il n?y avait rien, mis à part un garage en tôle ! »
Cette démarche était pour eux un miracle. Un homme qui sortait de nulle part avait décidé de les aider. Au fur et à mesure, et avec l?aide de l?église et d?autres institutions, Cadress Rungen transforme ce lieu en Garage 2000, un centre pour toxicomanes qui existe toujours aujourd?hui. De fil en aiguille, Cadress a lancé plusieurs projets qui aboutissent. Il est ainsi, avec l?aide d?autres travailleurs sociaux, à l?origine du Centre de solidarité, du Centre Lotus pour les prisonniers, de la mise en place de plusieurs réseaux de la National Prevention Unit et plus récemment du Centre Roseau qui s?occupe des détenues.
Enfin, la dernière organisation qu?il a mise en place est le Spelra (les Soldats de Port-Louis et des régions avoisinantes). Cet organisme regroupe les habitants de la capitale qui sont déterminés à lutter contre les crimes, les viols, la drogue et l?insécurité qui règne à Port-Louis.
« Le Seigneur a toujours guidé mes pas »
Si on fait aujourd?hui un bilan de sa vie, on peut comptabiliser 30 ans de lutte contre la toxicomanie. Âgé de 47 ans, père de famille et marié à Ragini, une travailleuse sociale comme lui, Cadress Rugen ne compte pas s?arrêter en si bon chemin. Basé à la prison de Beau-Bassin, il continue à venir en aide aux autres. Dans cet univers qui est loin d?être rose, il y trouve malgré tout un réel épanouissement. Cadress trouve son courage, sa détermination et sa motivation dans la foi. « Le Seigneur a toujours guidé mes pas », affirme-t-il.
Son défi aujourd?hui est de se battre contre un autre fléau : le sida, une maladie qui se propage dangereusement. Voilà un homme qui n?a jamais eu peur d?affronter les montagnes, de briser des murs et de franchir toutes les barrières !
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