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Le sens de la redevance
Si on ignorait que l?orange est aussi la couleur de l?Arya Samaj, Satyam pourrait passer pour n?importe quelle femme qui soigne son apparence avec son sari de couleur flamme, son tika assorti sur le front, son collier et ses bracelets en or. Elle porte même du rouge à lèvres et ses longs ongles sont recouverts d?un vernis nacré. Sa réponse à ce sujet est d?ailleurs pleine de bon sens.
«Un de mes buts est de répandre les connaissances védiques, de même que les préceptes du swami Dayanand. Si je me différencie des autres par mon apparence, ils me considéreront comme quelqu?un à part. Je dois donc m?habiller comme tout le monde pour qu?ils n?hésitent pas à m?approcher.»
C?est après son mariage à Anand Chummun, inspecteur sanitaire, que Satyam, qui vient de Sébastopol, a voulu approfondir ses connaissances védiques. Mais depuis l?enfance, son père qui est aussi un aryasamajiste, l?incite, elle la benjamine de neuf enfants, à apprendre l?hindi et le sanskrit.
Tous les dimanches, au lieu de jouer comme les enfants de son âge, elle se rend au baïtka de Sébastopol où elle est initiée aux matières précitées, de même qu?aux rites religieux. En parallèle, elle suit aussi des cours poussés en hindi et en sanskrit. Satyam fait sa scolarité secondaire jusqu?en Form V mais ne prend part immédiatement à l?examen final car elle préfère se concentrer sur l?hindi et les affaires religieuses qu?elle espère pouvoir enseigner un jour.
À 18 ans, elle franchit une première étape en ouvrant une école maternelle dans le baïtka de Sébastopol. Ses journées sont particulièrement chargées car une fois que les enfants sont rentrés chez eux, elle donne des cours d?hindi aux plus grands. Suivant l?exemple de sa mère, elle intègre l?aile féminine de la branche de l?Arya Samaj de la localité.
C?est en venant inspecter l?école maternelle gérée par Satyam qu?Anand Chummun la remarque et demande sa main. Les nouveaux mariés s?installent à Triolet où ils ont acheté un terrain et construit leur maison. La jeune femme qui a assimilé comme il se doit les préceptes du swami Dayanand, est certes déchirée de ne plus pouvoir enseigner. Mais elle se raisonne en se disant que tout aryasamajiste qui se respecte doit apprendre le détachement.
Si cette mère de famille de deux garçons, Bhushan, aujourd?hui âgé de 19 ans, et Shravan, 13 ans, est heureuse de son sort, elle se sent quelque part incomplète. Elle décide d?approfondir sa foi. «Je me disais que l?Arya Samaj ne s?arrête pas à faire des hawan. Je me suis mise à lire, à commencer par le livre du swami Dayanand intitulé La Lumière de la Vérité qui m?a appris énormément. J?ai acheté d?autres livres à l?Arya Sabha et mon beau-père m?a fait découvrir les Upanishad, un autre livre sacré.»
<B>Une Soif d?apprendre</B>
Elle se joint à un groupe de Triolet, le Purohit Parivar, dirigé par le pandit Boodhoo et continue à s?instruire à travers d?autres écritures saintes. Sentant grandir sa soif de découverte, elle décide de décortiquer les quatre Vedas au siège de l?Arya Sabha à Port-Louis. Pendant trois ans, elle apprend la grammaire du sanskrit ancien et découvre les hymnes, prières et rites se rapportant notamment à l?entretien du feu sacré. «On nous a aussi appris à devenir de bons orateurs pour faire des sermons et conseiller les autres.» à ces années de théorie s?ajoute une autre dédiée à la pratique et qui culmine par un examen final donnant droit à un diplôme.
Satyam sait que sa famille pâtit de ses allées et venues mais elle croit que son prénom, qui signifie vérité, la prédestinait à développer sa spiritualité. Et puis, elle est confortée par un des préceptes aryasamajistes qui dit que tout humain a trois dettes sur terre : une envers son père, une envers sa mère et l?autre envers son Créateur. «Dieu nous a gratuitement donné la vie, l?air, la pluie, le soleil. Tout ce que vous recevez, vous devez donc le partager. D?où la nécessité de servir les autres. C?est ma façon de rembourser ma dette envers Dieu.»
Satyam réussit haut la main l?examen. L?exécutif de l?Arya Sabha est si impressionné que parmi les 23 aryasamajistes ayant suivi le cours, elle figure parmi les cinq sélectionnés pour agir comme pandita. Elle pourrait se contenter de gérer les six samaj de Port-Louis qui lui sont dévolus et continuer à aller accomplir chez les particuliers le réclamant les 16 temps forts rituels marquant la vie d?un croyant hindou, incluant le mariage et les funérailles.
Mais, Satyam veut devenir érudite. «C?est comme une soif qu?il faut sans cesse apaiser.» Elle passe donc à l?étape suivante qui est le Gurukul, soit l?équivalent d?études de théologie védique, étalées sur cinq ans. Trois fois la semaine, elle se rend à l?Avenir, St-Pierre et suit ces cours qui sont dispensés par le Dr Oudaye Narayen Gangoo, fondateur du Gurukul, et par le Dr Usha Sharma, une sommité indienne en matière de connaissances védiques. Satyam est reçue et obtient sa maîtrise. Elle porte le titre de sidhanth vachaspatee.
<B> «Transmettre les valeurs humaines» </B>
Même si elle se rend souvent en Inde, Satyam ne se voit passer pour l?heure son doctorat. Elle préfère continuer à populariser les préceptes du swami Dayanand et à conscientiser les aryasamajistes sur la nécessité de les appliquer plus rigoureusement dans leurs vies quotidiennes.
Voulant que son action atteigne toutes les sphères de la société, elle a choisi de présider la Women Centre Association de Triolet et le Mahila Samaj de la localité, destiné aux femmes aryasamajistes. Satyam explique qu?il ne s?agit pas là de ségrégation entre hommes et femmes aryasamajistes «Il y a des choses destinées uniquement aux oreilles féminines. Et puis, comme le disait le mahatma Gandhi, éduquer la femme, c?est éduquer toute la famille. C?est pour cela qu?il est bon de les prendre à part pour leur transmettre les valeurs humaines.»
En décembre dernier, c?est vers elle que le parti Fleur s?est tourné à la dernière minute pour qu?elle rejoigne ses rangs pour être candidate comme conseillère de village. Après concertation avec les siens, Satyam a accepté, le prenant comme un prolongement logique de son action, «les aryasamajistes avancent toujours en ne regardant jamais en arrière».
Elle est élue en deuxième position parmi les 12 élus du parti Fleur. Même si elle est conseillère de village, elle ne se considère pas politicienne. «être conseillère, ce n?est pas faire de la politique car il ne faut pas mélanger religion et politique. Elles doivent demeurer en parallèle. être conseillère pour moi, c?est assister à une réunion mensuelle et tenter d?améliorer le quotidien des villageois.»
En 2003, les personnes suivant l?autre courant de l?hindouisme, les sanatanistes, se faisaient vilipender par une poignée d?irréductibles car ils lançaient pour la première fois une formation pour futures panditas. Ces critiques trouvaient inacceptable que les «impures» accèdent à la prêtrise. Pour Satyam, ces jugements sont dépassés. «Ces personnes vivent dans un passé où les femmes étaient considérées comme faibles, impures en raison de leurs menstrues et que l?on les immolait sur le bûcher de leur mari quand elles devenaient veuves. Cette époque-là est révolue. Les sanatanistes l?ont compris et c?est tant mieux. être pandita est une profession comme n?importe quelle autre.»
Les mauvaises langues disent aussi que les gens embrasent la prêtrise parce que c?est une profession très lucrative. Satyam le nie. «Les aryasamajistes qui officient chez les particuliers, ne réclament pas une somme précise pour les rites pratiqués. C?est à la personne de donner en fonction de ses moyens. C?est un autre précepte du swami Dayanand qui veut que nous soyons détachés des choses matérielles.»
D?ailleurs, dit-elle, le grand mal du siècle est le matérialisme. «C?est devenu la culture dominante et les valeurs morales et humaines sont perdues. Mon rôle est de combattre cette érosion. Pour payer ma dette, je dois servir les autres à mon échelle.» C?est ce qu?on appelle un sens poussé de la redevance?
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