Publicité

Bienvenu chez moi

25 février 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Du jus d?orange sucré juste ce qu?il faut. Dans l?autre main : des gâteaux. Le tout offert avec le sourire d?un ado de 14 ans. «Non pann al lekol zordi.» Cela va de soi. Chez les Jeetun à Glen-Park, Vacoas, personne ne manque à l?appel.

Depuis mercredi, les trois frères : Shradanand, Bharuth et Yashdeo ne vont plus aux champs. Ces planteurs de choux et de carottes cultivent le sens de l?hospitalité. Avec femme et enfants, ils entretiennent la flamme. Celle de la générosité. «Si legim pe gate dan karo nou pa rant ladan. Apre va guete.»

Trois nuits durant, ils vont se relayer. Jusqu?à la fête qui sera célébrée demain. Donner un peu de réconfort aux pèlerins qu?ils convergent vers Grand-Bassin ou qu?ils repartent chez eux.

Dans la salle verte, plantée dans la cour des Jeetun, il faut crier plus fort que la sono. Elle diffuse à tue-tête ? grâce aux bons sons de l?ado mélomane ? des chants dévotionnels. Sur l?invitation de Shradanand, nous quittons cet espace où des pèlerins de Goodlands reposent leurs muscles endoloris sur des chaises en plastique rouge. Nous nous installons au salon. Les meubles ont été poussés dans un coin pour faire de la place. Adossés au mur : quatre matelas enveloppés dans du tissu pyjama.

«Ou aksepte bann dimounn ou pa kone vinn dormi kot ou ?» Shradanand est étonné par la question. «La li enn pelrin», répond-il simplement.

C?est là que l?hôte nous explique les rouages d?une bonne action. Opération qui consiste à injecter «presque Rs 25 000 » dans le service des pèlerins. Primo : la solidarité familiale. S?urs, beaux-frères, enfants, «pena dimoun andehor ki vinn donn koudmin.»

Les équipes se forment tout naturellement. Les femmes à la cuisine, pétrissant la farine, surveillant la cuisson des tekwa, du gruau. Râpant du coco ou ajoutant des raisins secs. Les enfants distribuant des victuailles. Les hommes veillant à la bonne marche des opérations.

La nuit venue, il est temps de préparer le dîner. Le chemin vers Dieu, cela creuse. Les pèlerins, s?ils comptent sur la bonne volonté des familles d?accueil, ont quand même des exigences.

<B>«Li ene donation SA.bondie pou rande»

Signe des temps. Sophistication des goûts. Le pèlerin rompu se verra offrir une assiettée de riz, des lentilles, des frites. Des denrées ( des sacs de farine, des gallons d?huile comestible, une trentaine de sachets de lait en poudre d?un kilo) à ajouter sur la liste des frais, qui comprend déjà, la location de la salle verte et des chaises (100 chaises à Rs 5 l?unité). Ce qui fait «Rs 7 000 pour dix jours». Sans compter le manque de sommeil. Et les enfants qui ne vont pas à l?école.

L?oncle Bharuth est le premier à les défendre. «Avec les embouteillages, ils vont arriver en classe à 10 heures et comme il y a beaucoup d?absents, y compris le prof parfois, cela ne vaut pas la peine.» Et puis, la foi ne s?explique pas. Elle s?exprime. «Li enn donation sa. Bondie pou rande.»

Il y a quelque temps, Bhagwatee, l?aïeule infatigable, subissait une intervention chirurgicale. Son c?ur était au plus mal. «Enn mo bann garso ti pe plore, ti pe kroir monn fini mor», se souvient-elle. Aujourd?hui, à 70 ans, Bhagwatee est toute pimpante dans son sari rouge parsemé de broderies. Elle est parmi les membres les plus actifs de la famille Jeetun, lançant des piques à la «zoli tifi», l?une de ses belles-filles «ki pa ti la kan ti pe donn manze».

Elle nous prend par la main. La gardera durant toute la conversation. «Bolom malad», confie-t-elle, en pointant vers une autre pièce. A l?écouter, une grande discussion a agité sa famille la semaine dernière. «Ti pe dir pa pou fer sa lane la. Me si nou pa fer, leker sagrin. Li krie, li plore.» Les raisons du c?ur ont primé.

Bhagwatee poursuit. Nous raconte l?animation des derniers jours. Comment ses fils sont allés s?approvisionner à Baie-du-Tombeau mardi, «apre ler, kot enn fami». Comment «mem si somey dan lizie nou fer travay». Le lendemain, un millier de gâteaux était prêt, annonce-t-elle avec fierté.

La grand-mère est interrompue par l?arrivée de l?une des connaissances. Tout de suite après les salutations, Bhagwatee la gronde en bhojpuri. Lui demandant en substance où elle est allée se cacher la veille. Et pourquoi elle n?est pas venue l?aider en cuisine comme d?habitude. Pâle défense. Bhagwatee perd intérêt à cette conversation. C?est elle qui nous pousse à aller rendre visite à son frère Parsooram Ramjee qui a dressé une tente d?accueil cinq mètres plus loin. «Moi avek enn lasiet diri mo fer 10 dimoun manze. Li avek enn lasiet diri li fer 100 dimoun manze.»

Il ne nous en faut pas plus pour que nous emboîtions le pas à une procession qui remonte cette rue de Vacoas. Chez les Ramjee, la tente est deux fois plus grande que chez les Jeetun. Le sol y est recouvert de carton dur, cédé gratuitement par des usines, en guise de lit sommaire pour les pèlerins éreintés. Il est 11 heures du matin. Quatre d?entre eux dorment entassés dans un coin. Ils n?ont pas l?air d?être incommodés par la chaîne hi-fi dont le volume est poussé à fond.

Nous suivons Parsooram dans l?arrière salle transformée en cuisine. L?une de ses belle-filles y lave un seau de dhall. Avant de le mettre à bouillir. «Mo zann finn donn nou latant kado», explique le frère de Bhagwatee. Lui a fait un choix : n?offrir que des sucreries. Une démarche qu?il évalue aux alentours de Rs 12 000 à Rs 15 000, sans compter les Rs 800 facturés par le Central Electricity Board «pou larg kouran». De quoi illuminer le c?ur des dévots.

Publicité