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Antimoustiques : Une pénurie se pointe
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Antimoustiques : Une pénurie se pointe
A hier, 962 personnes étaient atteintes de la maladie de chikungunya. 2 525 cas suspects attendent leurs résultats. Et face à la situation actuelle, les Mauriciens se ruent vers les produits anti-moustiques. A tel point que l?empressement a provoqué une pénurie sur le marché notamment du côté des importateurs.
Ainsi, certaines pharmacies sont en rupture de stocks et attendent de nouvelles importations. Au mieux, il est prévu qu?une cargaison arrive au début de cette semaine. Au pire, dans plus de deux semaines.
A la Pharmacie Link à Port-Louis, un des pharmaciens, Rajesh, indique qu?il ne lui reste qu?une dizaine de crèmes pour adultes. «Toute ma gamme est épuisée. Depuis quelques jours, surtout cette semaine, avec les nouvelles assez pessimistes, entourant cette maladie à Maurice - le fait qu?elle se répande ou encore le décès suspect d?un homme - que les gens ont commencé à acheter.»
Sadeck Vawda, de Unicorp Trading, qui est un des importateurs, des produits de la marque Mousquidose de France, précise de son côté qu?il a vendu « huit fois plus de produits comparé à la même période l?an dernier». Un stock dédouané cette semaine a déjà été écoulé hier. Il attend une prochaine cargaison dans les jours qui viennent.
<B>Stock de l?inde</B>
Dans une autre pharmacie de la capitale, Newton, plus rien sur les étagères. Seuls les clients, très réguliers, auront la préséance sur les autres, tant la pénurie est importante. S?il attend un stock de l?Inde pour bientôt, ses autres produits n?arriveront pas avant deux semaines.
Les produits indiens, qui coûtent quelques Rs 75, n?ont rien à envier, selon les pharmaciens, aux produits européens. La fourchette des prix pour les crèmes, lotions, et autres produits européens se situe entre Rs 100 à Rs 300. Si les crèmes sont plus prisées par les Mauriciens, il n?en demeure pas moins qu?en ces temps de pénurie, ils s?accommodent d?autres options.
Auparavant, c?est la lotion de Citronnelle, qui était très demandée en pharmacie. Mais comme il n?y en a plus actuellement, certains préconisent même d?écraser les feuilles et qu?elles seraient tout aussi efficaces !
A la pharmacie St-Jean à Quatre-Bornes, un flacon de 120 ml coûte Rs 190. Celui de 10 ml coûte Rs 46,90. Ritesh Bissesur espère que d?ici le début de la semaine prochaine, il pourrait recevoir un nouveau stock.
En attendant que les stocks se régularisent, la pharmacie propose à ses clients d?utiliser les crèmes pour bébés et enfants, qui lui restent en stock : « L?efficacité est la même. Ces produits conçus pour des bébés sont pour des peaux plus fragiles mais cela ne diminue en rien leur efficacité contre les moustiques.»
Deux pharmacies, qui se trouvent au c?ur des foyers de la maladie, soit à Mahébourg et à Triolet, sont débordés. A la Pharmacie de Triolet, une employée confie « qu?il n?est même plus question de stock limité. Nous n?avons presque rien sauf quelques Moustidose pour enfants».
Les six pharmacies au-delà de la région ne sont guère mieux loties. A Mahébourg, Ram Appadu, est désarmé face au manque de produits sur le marché.
<B>Visite d?un expert de l?oms</B>
D?ores et déjà, certains importateurs s?organisent. Chez Scott, le marketing manager, Vivian Albert, soutient que « nous avons déjà réagi en deux fois jusqu?ici. Nous avons dû faire venir certaines cargaisons par avion. Il y a une demande exceptionnelle et il est clair que nous avons à placer des commandes en surplus ».
La firme Scott commercialise trois catégories de produits pour prévenir les moustiques : le Peaceful Sleep en stick et en spray, le diffuseur électrique et les insecticides. Outre les produits, qui sont assez utilisés, le diffuseur électrique, appareil, qui tue les moustiques, est assez méconnu. Un des diffuseurs d?une marque française a une capacité de 60 nuits et coûte Rs 239.
Le ministre Faugoo compte de son côté augmenter le nombre d?effectifs, sur le terrain pour le travail démoustication d?ici la semaine prochaine. La visite de l?expert de l?Organisation mondiale de la Santé est une étape importante attendue.
Le ministère des Administrations régionales a ouvert des dépotoirs temporaires pour réduire les risques de prolifération de moustiques. Les endroits sont : l?ancien dépotoir de Poudre d?Or, l?ancien dépotoir de Roche-Bois, SODIA, St-Martin, La Laura (à côté de la station de transfert) et l?ancien dépotoir de la Martinière dans le Sud. Autre décision : les véhicules transportant de tels déchets seront exemptés du Waste Carrier licence pour une période de 15 jours à partir du 25 janvier.
<B>Historique du chikungunya</B>
Le chikungunya n?a pas encore pris des proportions épidémiques à Maurice. Avant 2005, cette maladie tropicale, était inconnue à Maurice. Le virus qui le provoque est connu du monde médical depuis 1952 alors qu?une épidémie de chikungunya faisait rage en Tanzanie.
Mais comment le chikungunya est-il arrivé à Maurice ? On estime qu?il a été introduit dans l?île par des Comoriens.
En mars 2005, des habitants de la rue Arsenal en sont les premiers infectés. Non loin de cette rue se trouve une pension de famille qui accueille une clientèle majoritairement comorienne, des commerçants s?approvisionnent en textile à la rue de La Corderie.
Or, à cette époque, les autorités mauriciennes sont informées par l?institut de veille sanitaire qu?une épidémie de chikungunya sévit aux Comores. Les autorités arrivent à la conclusion que probablement le chikungunya est arrivé avec les commerçants comoriens. Mais aucun d?entre eux ne s?est présenté à l?hôpital et aucune preuve irréfutable n?existe pour prouver que ce sont bien ces commerçants qui sont à l?origine de cette maladie.
Il n?empêche que le chikungunya va très vite se répandre à travers des moustiques. Les autorités combattent la maladie avec les structures et équipements utilisés pour combattre la malaria.
De mars à juillet 2005, les autorités recenseront 3 600 cas suspects de la maladie qui a éclate aussi à la Réunion qui a une importante communauté mahoraise et comorienne.
A ce stade, le chikungunya va infecter des Mauriciens aux quatre coins de l?île. L?arrivée de l?hiver met fin aux piqûres des moustiques qui fera disparaître la maladie. Temporairement.
A la Réunion, elle réapparaît vers novembre-décembre dernier et prend vite une ampleur incontrôlable. Le 22 décembre de l?année dernière, un premier Mauricien, revenant d?un séjour de la Réunion, est testé positif à la maladie après s?être rendu à l?hôpital avec les symptômes aujourd?hui très connus.
Mi-janvier, une demi-douzaine de Mauriciens seront testés positifs. La plupart d?entre eux revenait des vacances à l?île s?ur.
ÉPIDÉMIES
<B>Retour sur la prolifération de la peste et du choléra</B>
L?histoire du pays est jalonnée d?épidémies. Déjà sous l?occupation française, c?est-à-dire avant 1810, la peste va faire des ravages dans l?île. De 1899 à 1925, elle fera 7 969 morts dans l?île, indique le chercheur et historien Benjamin Moutou qui a compilé les chiffes du Department of Health de l?administration coloniale britannique. Dératisation et la construction du Grenier pour protéger les grains et farine importés de la contamination par les rats aideront à faire régresser la maladie.
Mais l?introduction du choléra va faire scandale, donnant lieu à une manifestation dans la cour et dans les environs de l?Hôtel du gouvernement pour forcer le gouverneur anglais de l?époque à mettre un navire en quarantaine à l?île Plate.
Maurice va être frappée par trois différentes épidémie de choléra, en 1819, 1854 et 1856 alors que la polémique faisait rage entre médecins anglais et français.
Les autorités n?étaient en effet pas convaincues de la nature contagieuse de la maladie et ne s?empressaient pas de mettre en quarantaine les navires ou les personnes infectés. Et quand des mesures de quarantaine avaient été adoptées, elles n?étaient nullement strictes. Ce qui donne lieu à la troisième épidémie en 1856.
En fait, c?est un bâtiment de guerre, le HMS Topaze qui apporte pour la première fois le choléra à Maurice en octobre 1819. Des membres de l?équipage avaient contracté la maladie au Ceylan. Les vêtements des dix marins morts en cours de route entre Ceylan et Maurice seront vendus à Port-Louis, comme le veut la tradition d?alors, pour recueillir de l?argent devant être versé aux parents des victimes.
Le navire restera deux mois en rade avec des va-et-vient incessants entre le navire et la capitale. L?épidémie de choléra fera 7 000 morts. En 1854, ce sont ces types de va-et-vient entre le Sutan, qui avait des cholériques à bord, et Port-Louis qui donneront lieu à l?épidémie de choléra en 1856.
Les 5 et 8 janvier de cette année-là, deux navires, le Hyderee et le Futty Mombarrack arrivent à Port-Louis avec des immigrants indiens. A son bord, le choléra. L?administration britannique laissera les deux navires en rade pendant une semaine avant de décider de les envoyer en quarantaine à l?île Plate et l?île Gabriel.
Fin février 1856. Le journal le Cernéen fait mention d?un « homme employé à porter des provisions aux cholériques de l?île Gabriel, le créole Alfred, (qui) est mort il y a deux jours de choléra ».
Le corps est retourné à Port-Louis et on s?apprête à le débarquer pour l?enterrement. Le maire de Port-Louis, Louis Lechelle va intervenir in extremis pour empêcher cette infraction aux lois de la quarantaine. Trop tard.
Le corps du malheureux était sur le navire Victoria et les membres de l?équipage rentrent chez eux pour la nuit. L?épidémie éclate peu après et fera environ 8 000 victimes.
<B>Malaria : 425 000 morts</B>
Le paludisme, communément appelé malaria arrive à Maurice un peu avant 1867. Il se propage par le moustique anophèle. Comment ? «A bord d?un navire en provenance des Comores via la Réunion», estime le Dr Ronald Ross dans un rapport sur la question. Il qualifiera la malaria de «greatest disaster in the history of Mauritius» et obtiendra le prix Nobel pour ses recherches sur les eaux stagnantes et la prolifération des moustiques, vecteur de la malaria. Le Dr Ronald Ross fera éliminer eaux stagnantes et marécages pour faire régresser la malaria dans l?île. En 1908, 62 000 Mauriciens sur une population de 182 000 avaient la rate grossie (photo) par la malaria. C?est l?invention du DDT pendant la Seconde Guerre mondiale qui aidera Maurice à éradiquer la maladie. Elle est déclarée par l?Organisation mondiale de la santé, zone libre de paludisme, «Malaria free zone ». Les structures mises en place pour combattre, identifier et prévenir les foyers de malaria importé sont restées en place.
<B>Une pandémie : La grippe espagnole</B>
Après la Première Guerre mondiale, la grippe espagnole prend une proportion de pandémie. Maurice va être touchée même si la communication avec l?Europe était assez rare et de longue durée. Cette grippe tuera 11 194 Mauriciens en quatre mois alors que le pays ne comptait que 350 000 âmes. Aujourd?hui, l?Organisation mondiale de la Santé craint que le virus de la grippe aviaire ne se mute pour donner lieu à une autre pandémie du type de la grippe espagnole.
<B>Une maladie pas si bénigne?</B>
Le chikungunya a été classé maladie bénigne par l?Organisation mondiale de la Santé (OMS). Celle-ci changera probablement d?avis après que ses experts qui seront dépêchés à la Réunion et à Maurice auront rédigé leurs rapports. Le cerveau, le c?ur et le foie notamment sont touchés dans beaucoup de cas et ce sont les services de réanimation et de ventilation qui ont pu éviter un plus grand nombre de décès, estiment les autorités réunionnaises.
C?est l?ampleur de l?épidémie à la Réunion, les complications et le nombre de morts qui poussent les autorités médicales à prendre à contre-pied l?OMS. D?après les chiffres recueillis jusqu?ici, il y a un décès pour chaque 1 000 cas déclarés à la Réunion.
Selon le Dr Gaüzire, directeur des services des urgences de Saint-Denis à la Réunion, chez tous les malades, une fonction vitale de l?organisme a dû être supplée par les services de réanimation. « Il n?y a pas de doute qu?on aurait eu beaucoup plus de morts. Tous les malades qui ont été intubés et ventilés en réanimation ne seraient plus là sans ce type de soin. Le nombre de morts a été réduit par les moyens qu?on a à la Réunion», affirme-t-il. Et d?ajouter : «Tous les jours on découvre des formes graves, notamment neurologiques de la maladie, entraînant des complications hépatiques, neurologiques.»
Les autorités réunionnaises sont arrivées à la conclusion que le chikungunya peut tuer en provoquant des neuro-méningites chez certains patients après la mort de deux enfants, Dylan et Tricia. « Au départ, on estimait que le chikungunya est une maladie globalement bénigne. Nous commençons maintenant à réviser notre opinion. Nous avons eu deux enfants en bon état général, Dylan et Tricia, âgés tous deux de 10 ans, qui ont contracté cette maladie. Et le petit Dylan est mort brutalement deux jours après alors que la petite Tricia est décédée après une semaine. Les deux décès ont été provoqués par une méningo-encéphalite », expliquait mercredi dernier à l?express le directeur de l?Agence régionale de l?hospitalisation de la Réunion, le Dr Antoine Perrin.
Plus question de traiter le chikungunya rien qu?avec des anti-inflammatoires et du paracétamol. Le Dr Gaüzire a découvert que ses services étaient confrontés à des hépatites graves chez les alcooliques et les personnes malades du foie et qui avaient contracté la maladie. Il souligne également que le paracétamol, un excellent antalgique, a un impact négatif sur le foie si l?on force la dose.
Les autorités réunionnaises font en ce moment des recherches sur des atteintes du c?ur liés à la maladie, surtout chez les enfants. Elles ont aussi de sérieuses suspicions quant aux effets néfastes de ce virus sur le muscle cardiaque. Les résultats des recherches ne tarderont pas à être connus.
<B>Un moustique infecte 7 à 8 personnes</B>
Le chikungunya est une maladie infectieuse tropicale, due à un arbovirus (alphavirus de la famille des Togaviridæ), transmise par des moustiques du genre aedes. Ce moustique présent à Maurice est du type diurne, c?est-à-dire qu?il ne pique que pendant le jour.
Uniquement la femelle est capable de transmettre le chikungunya. Cette capacité «vectorielle» de la femelle aedes s?explique par une faculté à dupliquer le virus Ce n?est pas en absorbant le sang mais juste avant, en injectant un peu de salive dans le corps de sa victime que le moustique infecte l'hôte.
Un moustique s?infecte en piquant un humain contaminé. Le sang traverse ensuite la frontière stomacale de l?animal pour passer dans ses glandes salivaires. La femelle est contaminée pour le restant de ses jours, soit environ un mois. Or, elle pique et pond tous les quatre jours environ. 7 à 8 transmissions par moustique sont donc envisageables. Une femelle aedes pond environ 300 ?ufs au cours de son existence.
Les connaissances actuelles n?ont pas permis de trouver de cas de transmission verticale, c?est-à-dire que les ?ufs pondus par une femelle infectée ne sont à priori pas contaminés. Il n?y a encore aucun vaccin ou médicament contre le chikungunya.
En français, le chikungunya fait référence à une maladie «qui brise les os» ou «maladie de l'homme courbé» car elle occasionne de très fortes douleurs articulaires associées à une raideur, ce qui donne aux patients infectés une attitude courbée très caractéristique.
<B>La maladie au-delà de nos côtes</B>
Le nom Chikungunya a été utilisé pour la première fois en 1953 lors d?une épidémie de fièvre qui sévissait en Tanzanie. L?affection qui se propage rapidement au sein et à la périphérie des villages durant la saison des pluies de juillet jusqu?à février, a été nommée par les villageois. Le nom d?origine swahili signifie «qui se recourbe, qui se recroqueville».
La maladie est responsable d?affections sévissant sous forme endémique en zones rurales d?Afrique sub-tropicale,et sous forme épidémique dans des populations non immunes, en particulier urbaines (Afrique, Inde, Vietnam). Elle a également été signalée en Asie du Sud.
Depuis 1952, plusieurs épidémies de fièvre, confirmées biologiquement, ont été décrites en Afrique sub-saharienne, dans le sous-continent indien, en Asie du Sud-Est et dans de nombreuses îles du Pacifique.
Des épidémies de chikungunya antérieures à 1952 ont pu être identifiées rétrospectivement à la lumière des connaissances actuelles de la maladie.
On estime que certaines épidémies, attribuées au virus de la dengue, étaient en fait des épidémies de chikungunya : le Caire et Batavia-Jakarta en 1779, Zanzibar en 1823 et 1870, l?Inde en 1823, 1824-1825 et 1871-1872, Hong Kong, la Birmanie (actuel Myanmar) et Madras en 1901-1902.
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