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Mort suspecte d?un patient atteint de chikungunya
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Mort suspecte d?un patient atteint de chikungunya
Le mot ?chikungunya? lui-même, jusqu?à hier, suscitait une certaine appréhension. Mais le décès de Sangeet Emrith d?une encéphalite a amplifié la frayeur autour de l?épidémie. Pourtant, on ne peut dire si cette inflammation du cerveau a été provoquée par le virus du chikungunya. Il faudra en effet attendre les résultats des analyses effectuées sur des prélèvements de sang et du cerveau de la victime. Pour les tests de sang, les résultats arriveront dans quelques jours, alors que pour les prélèvements du cerveau, il faudra attendre trois à quatre semaines. Entre-temps, une chose est sûre : les tests du chikungunya effectués sur Sangeet Emrith étaient bien positifs.
?Les recherches, jusqu?ici, parlent de co-morbidité. Jusqu?ici, il a été affirmé que cette maladie est rarement mortelle. Il n?y a donc aucun risque de s?alarmer?, soutient le ministre de la Santé, Satish Faugoo. Du reste, l?autopsie pratiquée par le Dr Sudesh Kumar Gungadin attribue le décès à une méningo-encéphalite et celle-ci peut être causée par un ou plusieurs virus, une bactérie ou un traumatisme, notamment. Le Dr Amma Charya Gujjalu, médecin légiste à la retraite, dont les services ont été retenus par la famille, assistait aussi à l?autopsie.
Quant au rapport médical de la victime, il explique que ce père de famille de 33 ans est venu à l?hôpital samedi avec des problèmes de gastroentérite. Il est revenu le lendemain, avec de la fièvre accompagnée d??hypertension and fits?. Il devait alors être admis au High Dependency Ward de l?hôpital, où un brain scan et plusieurs tests, dont un test sanguin, ont été effectués. C?est ce dernier test qui devait indiquer que le patient souffrait de chikungunya. Il devait par la suite sombrer dans le coma avant de mourir, hier.
Toutefois, le frère de la victime devait indiquer que tout a commencé il y a deux semaines lorsque Sangeet Emrith s?est rendu à l?hôpital parce qu?il se sentait mal. Les médecins n?avaient alors rien détecté. Le dimanche 19 février, à son retour de Grand-Bassin, Sangeet Emrith est à nouveau pris de fortes fièvres et se rend à l?hôpital Victoria.
Ramesh, son père, a les larmes aux yeux lorsqu?il raconte ?Zame li ti malad. Pa kone ki linn gagne. Nou pe trouve ena neglizans medikal dan sa ka-la. Dokter pann bien okip li. Zis apre enn inzection ki linn fer, linn retourn lakaz feb avek vomisman?. C?est là, dit-il, que tout aurait commencé à aller mal. Face à cette critique, le ministre de la Santé, Satish Faugoo, a réagi et demandé une enquête pour déterminer s?il y a réellement eu négligence.
Mais ce qui révolte encore plus la famille, c?est de ne pas savoir exactement de quoi est mort Sangeet. Assis non loin de la dépouille de ce dernier, à côté des deux enfants de la victime, Prasand et Seesand, encore en bas âge, et de sa veuve, inconsolable, Ramesh a le regard perdu. ?Les hôpitaux étaient confus. A chaque fois, ils nous ont avancé une raison différente. Face à cette douleur aujourd?hui, on cherche toujours à comprendre?, lâche son frère. Pourtant, ce domestique travaillant à l?hôpital Brown-Séquard se protégeait des infections. Il s?était récemment fait vacciner, affirme son père.
Le décès de ce membre fondateur de l?organisation Voice of Hindu a provoqué une tension, hier, à Route-Bassin, Quatre-Bornes (voir encadré). Chacun y va de ses explications. Si une thèse est avancée avec force (le chikungunya), le leader de la Voice of Hindu, Krit Manohur, ne manque pas non plus de montrer du doigt le personnel hospitalier : ?Nous voulons être rassurés par rapport à plusieurs de nos interrogations. Et nous espérons que la lumière sera faite dans ce cas au plus vite.?
ANALYSES
Les experts changent d?avis sur la capacité du virus à tuer
■ Revirement de situation dans la communauté médicale. Les experts estiment désormais que le virus du chikungunya peut tuer en induisant des neuro-méningites chez certains patients. Ils affirmaient jusqu?à récemment que le virus du chikungunya ne pouvait tuer que si la personne infectée avait des pathologies associées. ?Au départ, on estimait que le chikungunya est une maladie globalement bénigne. Nous commençons maintenant à réviser notre opinion. Nous avons eu deux enfants en bon état général, Dylan et Tricia, âgés tous deux de 10 ans, qui ont contracté le chikungunya. Le petit Dylan est mort brutalement deux jours après, alors que la petite Tricia est décédée une semaine après. Les deux décès ont été provoqués par une méningo-encéphalite?, a expliqué hier à ?l?express? le directeur de l?Agence régionale de l?hospitalisation de la Réunion, le Dr Antoine Perrin. Il a cependant ajouté qu?il attend les résultats des analyses sérologiques, faites actuellement à Paris, pour confirmer sa théorie que le virus chikungunya tue dans des cas spécifiques.
Le Dr Perrin a été informé que Sangeet Emrit est mort hier d?une méningo-encéphalite après avoir contracté le chikunguya. Il a réagit en déclarant que la Réunion et Maurice pourraient mettre en commun leurs données pour des recherches dans ce domaine. ?Des experts de l?Organisation mondiale de la santé seront aux Seychelles, à la Réunion et à Maurice sous peu. Ils décideront de la marche à suivre?, a ajouté le Dr Perrin. Par ailleurs, le professeur Robert Edelman, de l?université de Maryland, aux Etats-Unis, dit qu?il n?est pas surpris d?apprendre que des complications et des encéphalites sont associées au chikungunya. Il a développé un vaccin contre cette maladie pour l?armée américaine. ?Ce virus peut avoir des manifestations biologiques différentes sur certaines personnes.? Il ajoute qu?il n?est ?pas étonné de ce qui se passe en ce moment à la Réunion?. Son vaccin, avance-t-il, qui fournit une barrière immunitaire contre le chikungunya, n?a été testé que sur une vingtaine d?adultes. Il est pessimiste quant à sa commercialisation très rapide.
Quoiqu?il en soit, les autorités médicales seront fixées la semaine prochaine sur la morbidité du virus grâce aux résultats des tests sérologiques effectués en ce moment en France. Les autorités mauriciennes attendent également les résultats des analyses pour confirmer si la méningo-encéphalite de Sangeet Emrit est imputable au chikungunya.
CELLULE DE CRISE
786 cas rencensés
■ Un comité national (public-privé) a annoncé hier que 786 personnes étaient atteintes de chikungunya à cette date. Cette cellule de crise, créée sur l?initiative du Premier ministre, Navin Ramgoolam, est présidée par le ?Secretary for Home Affairs? au bureau du Premier ministre, Raj Mudhoo. Il se réunit une deuxième fois aujourd?hui, pour instaurer une bonne communication auprès des agences de presse étrangères, des tour-opérateurs et d?autres organisations internationales. Il s?agit de rassurer les touristes que la situation est sous contrôle. Le comité a fait le point hier sur toutes les mesures prises jusqu?ici dans le cadre de cette maladie.
Au départ, le ministère de la Santé avait acquis 15 ?fogging machines?. Mais il en a commandé entre-temps 180 supplémentaires.
Il recevra celles-ci la semaine prochaine. Par ailleurs, les autorités prévoient 370 ?spraying machines? en plus des 60 déjà disponibles au ministère de la Santé.
Elles comptent également disposer d?un stock de 100 000 litres d?insecticide pour parer à toute éventualité. Le ministère de la Santé, affirme Raj Mudhoo, prépare un plan d?action mettant en avant ces mesures contre le chikungunya.
La VOH saccage le bureau du surintendant de l?hôpital Victoria
■ Les membres de la Voice of Hindu sont sortis de leurs gonds, hier. A la suite du décès de l?un des leurs, Sangeet Emrith, ils s?en sont pris au surintendant de l?hôpital Victoria, le Dr Rajendra Hosanee. Leur colère était telle qu?ils ont cassé les chaises, lancé des objets sur la porte. Le bureau du médecin n?a pas été épargné. Sans compter que pour exprimer leur colère, ils ont fait grand bruit dans l?enceinte de l?hôpital.
● Nouvelles Frontières : ?Annulations insignifiantes?
Les autorités mauriciennes n?ont pas tardé à agir face aux informations diffusées dans la presse internationale ? et surtout française ? sur l?évolution du chikungunya à Maurice. Un comité de crise institué par le ministère du Tourisme réfléchit à une stratégie de communication anticipatoire sur le marché français. Celle ci sera appliquée au cas où l?impact de la couverture médiatique sur le chikungunya aurait des répercussions négatives sur les réservations pour Maurice.
?C?est un problème qui joue davantage sur le registre émotionnel que rationel, surtout que bon nombre de Français estiment que Maurice et la Réunion sont la même chose?, note Robert Alizart. Le responsable de la communication d?Air Mauritius sera l?intermédiaire entre le tourisme mauricien et l?agence Euro RSCG, un spécialiste de dossiers similaires ?uvrant déjà pour le ministère de la Santé français.
La stratégie de communication est en voie d?élaboration. Elle se veut ?vraie, transparente et rassurante et non propagandiste ou mensongère?, souligne Robert Alizart.
En attendant, la diffusion, sur la chaîne TF1, d?un reportage sur le chikungunya, a suscité des réactions diverses. Contacté à Paris, hier, le porte-parole du groupe Tui-Nouvelles Frontières, Christian Brochette, rassure : ?A ce jour, les annulations sont extrêmement insignifiantes. Certes, nos clients se posent des questions. Mais les informations que nous leur donnons ne remettent pas en cause le voyage sous réserve que la situation reste ce qu?elle est aujourd?hui.? Le groupe Tui Nouvelles Frontières est l?un des plus grands pourvoyeurs de touristes à Maurice, avec 20 000 passagers par an.
Même son de cloche du côté du Club Méditerranée. Interrogée de Paris, Christèle Baude de la direction de communication souligne ?qu?aucune annulation n?a été enregistrée jusqu?ici. Mais nous informons nos clients des précautions à prendre, et les tenons au courant de l?évolution de la situation?.
Par contre, du côté d?Ile Maurice Voyage, autre tour-opérateur basé à Paris, dix annulations ont été notées jusqu?à présent, souligne le responsable de communication, Christian Davy : ?Là aussi, je tiens à préciser que ce sont des femmes enceintes, ou des personnes assez âgées.?
Quant aux hôteliers mauriciens, ils restent sereins. S?ils notent une légère hausse des annulations par rapport à la normale, ils demeurent confiants de terminer un bon mois de février. La véritable préoccupation est de savoir si le chigungunya perturbera les réservations de Pâques.
Pour sa part l?Association des hôteliers et restaurateurs de l?île Maurice (Ahrim) a confirmé au gouvernement qu?aucun cas de chikungunya n?a été noté chez les touristes.
Questions à? Satish Faugoo, ministre de la Santé
● La mort de Sangeet Emrith ne risque-t-elle pas de provoquer une psychose nationale liée au chikungunya ?
Nous voulons rassurer la population qu?il n?y a pas encore lieu de faire le lien entre cette maladie et la mort de cette personne. Plusieurs raisons provoquent une encéphalite et nous essayerons de savoir quelle a été la cause de celle de la victime, sur la base des analyses qui se font actuellement. Il ne faut pas s?alarmer. Nous saurons si c?est le virus du chikungunya ou un autre virus qui a provoqué son encéphalite.
Comme je l?ai répété à maintes reprises, il n?y a pas d?épidémie à Maurice. Ce qui ne veut pas dire qu?il n?y a pas de maladie. Le ministère de la Santé fait tout pour la contenir. Nous attendons que la population évacue ses eaux stagnantes, nettoie sa cour pour éliminer les moustiques. Sans cette participation, nous ne pouvons rien, malgré nos vastes efforts.
● L?on accuse vos services d?opacité à propos des chiffres officiels. Que répondez-vous ?
C?est de la mauvaise foi. Nous avons en toute bonne foi changé les règlements récemment pour que les médecins du privé soient légalement obligés de rapporter tout cas de chikungunya. Nous n?avons aucune raison de cacher les chiffres. Ceux qui disent qu?il faut multiplier le chiffre par dix se trompent. Il faut qu?ils jouent le jeu et rapportent chaque cas pour que le ministère ait une vue d?ensemble de la situation. Il nous faut tenir en ligne de compte deux chiffres : ceux qui sont suspects et les cas confirmés.
● Comment comptez-vous gérer cette crise dans les jours à venir ?
Nous allons intensifier nos campagnes de prévention dans toutes les régions avec la démoustication et les pulvérisations. L?expert de l?Organisation mondiale de la santé, qui arrive le 27 février, va également être d?un grand apport. De plus, nous surveillons l?étendue de la maladie quotidiennement. Nous multiplions les initiatives pour mieux sensibiliser la population à nettoyer l?environnement.
Propos recueillis par J.L.O.
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