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Réforme électorale : pour la fin d?un système défectueux
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Réforme électorale : pour la fin d?un système défectueux
Il est presque impossible de nier la nécessité de réformer le système électoral. Mais si cela fait des années que des politiques de tous bords arguent en faveur de l?injection d?une dose de représentation proportionnelle dans le système majoritaire simple, ils perdent souvent leur ardeur réformatrice une fois au pouvoir. C?est pour cela que l?Institut pour le développement social et la paix (ISDP) s?est lancé le défi de devancer et dépolitiser les débats sur la ré-forme électorale, qui surgissent d?habitude six mois avant les élections.
L?ISDP a ainsi organisé un atelier de travail régional avec la collaboration de l?Institut international pour la démocratie et l?assistance électorale (IDEA) et l?Institut électoral de l?Afrique austral. L?heure est, comme l?a martelé Vijay Makhan, pacificateur en Mauritanie, lors de son résumé des délibérations, ?à l?action?. ?Le nouveau gouvernement a parlé de la réforme dans son manifeste électoral. Il ne faut pas gaspiller encore cinq ans. Il y a tant d?aspects défectueux dans notre système électoral. Quel que soit le système que nous concevons, la réforme doit être entreprise pendant ce mandat.?
Si le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Rama Sithanen, a de nouveau dit l?engagement du gouvernement à entreprendre cette réforme, il en a énuméré les obstacles et implications. Reprenant notamment une phrase du président de la Commission électorale Yousouf Aboobaker, qui a affirmé que ?les gens préfèrent le mal qu?ils connaissent au mal qui leur est inconnu?. ?Les gens ne comprennent pas le fonctionnement de la réforme. Il est important pour eux de saisir les bases du système électoral. Ils sont aussi méfiants que la réforme soit utilisée pour faire avancer les intérêts de certains. Ils veulent garder le système majoritaire comme la principale composante du système?, a-t-il expliqué.
Pour l?ancien chef juge et membre de la commission Sachs, Robert Ahnee, l?expérience rodriguaise, où la représentation proportionnelle ?fonctionne à merveille?, devrait exhorter Maurice à faire le grand saut. ?Le système fonctionne à Rodrigues, pourquoi ne pourrait-il pas fonctionner ici ?? Il a souligné que pas un parlementaire n?avait voté contre le projet de loi introduisant la représentation proportionnelle à Rodrigues. Et que la commission Sachs avait recommandé ?la même chose que ce qui a été introduit à Rodrigues?.
Vives discussions
Il estime, par ailleurs, qu?une inaction prolongée pourrait se payer très cher. ?Pouvons-nous prendre le risque d?avoir des gouvernements qui peuvent changer la Constitution avec une minorité des voix ? Accepter un système qui pourrait mener au chaos ? J?espère que le bon sens prévaudra.? Il a fait appel à ?l?influence? de Sithanen qui avait été un des ?plus grands adeptes de la représentation proportionnelle devant la commission Sachs?.
C?est la table ronde sur le système de Best Loser (BLS), qui opposait des abolitionnistes tels Rajini Lallah, Jean-Claude Bibi et Ashok Subron à un de ses plus fervents défenseurs, en l?occurrence Yousuf Mohamed, qui a suscité les plus vives discussions.
Les arguments du premier camp, à l?image de ceux de Rajini Lallah, qui a dénoncé un système qui ?transforme chaque candidat en candidat communal, au lieu d?un représentant des habitants d?une circonscription?, furent férocement opposés par Yousuf Mohamed. Pour celui-ci, le BLS protège les droits des minorités et le respect de leurs croyances.
Il a également argué qu?en matière de ?promotions? les considérations ethno-religieuses priment encore sur les compétences professionnelles et que donc le BLS est un moyen de sauvegarder la représentation des minorités. ?Nous ne pourrons nous débarrasser du BLS qu?une fois ce problème résolu. Le système de Best Loser est la meilleure façon de garantir la paix et la tranquillité à Maurice.?
Rama Sithanen est ensuite intervenu. ?La question principale est d?assurer l?inclusion tout en traitant les attributs du système politique. A moins que nous prenions la décision de l?enlever et de le subsumer, il ne disparaîtra pas. Mais nous devons trouver une solution qui continuera à donner des assurances d?inclusion.? Il s?est dit favorable à la responsabilisation des partis qui devront élaborer des listes de candidats qui reflètent ?la diversité du pays?.
?Rendre justice aux femmes?
Pour les opposants du BLS, le fait que cette question n?a pas fait partie des attributions de la commission Sachs discrédite la validité de ses conclusions. Mais Robert Ahnee a expliqué que la commission ?ne voulait pas risquer les chances de la réforme en étant trop ferme sur le BLS?.
Un autre sujet qui suscite un engouement considérable est la représentation des femmes au Parlement. Avec une Assemblée qui compte 16 % de femmes, Maurice est encore loin de respecter ses engagements pris avec la Southern African Development Community (SADC). Celle-ci stipule qu?au moins 30 % des députés doivent être des femmes.
Yousouf Aboobaker a énuméré les remèdes possibles : plus de femmes sur les listes de candidats, un amendement constitutionnel et une obligation légale pour les partis d?aligner un certain nombre de candidats féminins. Rama Sithanen s?est dit favorable à une ?combinaison réunissant une dose de représentation proportionnelle et un quota sur une base temporaire?. Mais il estime qu?il ne faut pas ?toucher à la Constitution. La responsabilité doit revenir aux partis.? Mais Sheila Bunwaree, de l?ISDP, a écarté cette suggestion en faveur d?une représentation proportionnelle ?favorable aux femmes. Nous ne pouvons pas attendre que les partis bougent?. Ivan Collendavelloo a aussi affirmé que ?seul un système de liste de candidats pourrait rendre justice aux femmes et à leur rôle dans la société?.
L?atelier de travail a eu le mérite de stimuler une pléthore de bonnes idées, telle la nécessité de vulgariser la représentation proportionnelle et les systèmes électoraux en général. Mais la responsabilité pour la réforme revient aux décideurs politiques ? tous les partis y étaient représentés.
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