Publicité

Irs : Entre rêve et réalités

28 janvier 2006, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

La face de Maurice va changer, à coup de dizaines de milliards de roupies d?investissement. Des emplois par milliers, des opportunités d?affaires par centaines. Voilà ce que représentent les Integrated Resort Schemes (IRS) pour beaucoup de ceux qui y croient. Décriés il y a encore quelques mois comme des « ghettos pour riches », ils ont désormais acquis le titre de noblesse de « pôle de croissance. » Mais en grattant la surface du rêve, certaines réalités nous rappellent à l?ordre.

Avec le démarrage des travaux sur les IRS situés à Beau-Champ et Wolmar, le rêve commence à se concrétiser. Il y a effectivement des clients qui veulent dépenser Rs 15 millions ou même le triple pour se payer un pied-à-terre de standing à Maurice. Daniel Giraud, Chief Executive Officer de Médine Sugar Estates, le promoteur de l?IRS Tamarina dans l?Est, nous confirme ainsi que plusieurs villas de $ 850 000 (Rs 25 millions) ont déjà trouvé preneur.

Les effets bénéfiques de ces développements sont annoncés. « Nous allons créer 1 200 emplois directs dans l?hôtel et les infrastructures attenantes de notre IRS. Le nombre d?emplois indirects pourrait atteindre 6 000 à 7 000 personnes», précise Nicolas Vaudin, directeur général de Ciel Properties, qui est le promoteur d?Anahita à Beau-Champ. Pour l?IRS de la Société de la Réserve à Flic-en-Flac, on avance le chiffre de 5 000 créations d?emplois.

Mais de quelle création d?emploi s?agit-il ? « Si c?est pour créer 2 000 jobs de bonnes et de jardiniers, nous serons bien avancés ! » lance, ironiquement, un consultant qui a suivi la gestation des principaux projets IRS du pays. Les promoteurs assurent que ce n?est qu?un commencement. Daniel Giraud indique : « Nous allons sous-traiter la plupart de nos activités. Ce sont les plombiers, électriciens, peintres et maraîchers de la région qui travailleront pour nos clients.»

Mais ces propos ne rassurent pas tout le monde. Notre consultant note ainsi que seule Médine a conduit une étude socio-économique pour connaître l?impact de son IRS et ainsi en faire profiter les habitants et entrepreneurs de la région. Anahita lance son étude incessamment et attend les conclusions pour dans six mois. « Ils identifient des opportunités, parlent de création d?emplois indirects, de faire profiter les communautés avoisinantes du développement. Mais ce ne sont encore que des promesses. Voyons s?ils les tiennent », tempère le consultant.

Résidence fiscale

C?est l?effet spill-over des IRS qui est mis en doute. « Combien cela rapporte-t-il au pays », se demandent les plus terre-à-terre. Chaque acheteur paiera un minimum de Rs 2 millions de roupies à l?Etat, sous forme de frais d?enregistrement. Le promoteur de l?IRS verse également des Land Transfer Taxes à l?Etat pouvant se chiffrer à des dizaines de millions par IRS. Il y a ensuite « l?investissement », le coût d?achat de la villa, que les promoteurs vendent à un minimum de Rs 15 millions. Mais certains faits refroidissent notre ardeur. Selon des estimations d?experts, le vrai bénéfice que l?économie locale tire de l?achat d?une villa de Rs 30 millions par un étranger se chiffre à environ Rs 6 millons. Car le reste part à l?étranger pour le paiement de matériaux et d?achats divers liés à la construction et à la maintenance.

« Pour que le spill over de ces investissements soit réel, il va déjà falloir privilégier un certain type de clientèle. Certes, nous pouvons accueillir des retraités fortunés qui utiliseront nos centres médicaux. Mais il faut plutôt des jeunes entrepreneurs dynamiques, qui voudront non pas utiliser Maurice comme lieu de villégiature mais comme lieu de vie et base d?opération pour leurs activités » commente le consultant. Daniel Giraud souscrit à cette vision des choses. Et rappelle que Tamarina essaye de cibler des clients de 40-50 ans qui choisiront également Maurice comme résidence fiscale, assurant ainsi des revenus sous formes d?impôts directs à l?État.

Les plus dirigistes estiment même qu?il faudrait revoir certaines conditions d?attribution des permis de résidence. Ils pensent que les « investisseurs » doivent pouvoir démontrer leur volonté de se lancer éventuellement dans les affaires, de recruter ou alors de délocaliser, ne serait-ce qu?une petite partie de leurs activités de gestion dans le pays. Les High networth individuals que nous visons devront pouvoir faire bénéficier au pays de leurs réseaux d?affaires.

Au-delà des transformations économiques, les changements physiques préoccupent également. Le littoral et l?intérieur des terres vont effectivement changer de face. De quoi relancer les supputations, va-t-on vraiment se retrouver avec une dizaine de ghettos pour riche, à l?architecture agréable mais coupés du monde extérieur ? « Il faut démystifier les choses. Ce ne seront pas des ghettos. Les craintes sont injustifiées. Les clients seront intégrés à la vie locale », assure Nicolas Vaudin.

Un plan d?urbanisme

Le ministre des Terres et du logement, Asraf Dullul, donne la vision du gouvernement. « Le remodelage de l?environnement dans ces endroits devra se faire d?une manière ordonnée et pour ajouter de la valeur à l?image touristique du pays. » Il indique également que d?autres espaces publics vont devoir être libérés par ailleurs et que, dans cette logique, les baux sur les pas géométriques de l?Etat pourraient être revus.

L?émergence des IRS pourrait servir d?excellent prétexte à une autre tâche qu?aucun gouvernement n?a eu le courage d?accomplir : la mise en place d?un plan d?urbanisme et d?aménagement du territoire national. « Il faut maintenant songer à quoi ressembleront l?architecture du pays et son aménagement en pensant que nous auront quatre millions de résidents à l?avenir. C?est une excellente occasion de tout repenser pour le gouvernement », explique Daniel Giraud.

En attendant que le gouvernement prenne une décision courageuse sur ces dossiers, les sceptiques et enthousiastes des IRS patientent. Pour voir si on nous a vendu du rêve. Ou si la réalité fait toujours rêver.

Publicité