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Elmira fait du handicap une motivation

24 janvier 2006, 20:00

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Il est des rencontres qui vous prennent au dépourvu. Lorsqu?il se pose sur vous, le regard d?Elmira Joson, collégienne de 17 ans au collège de Lorette de Saint-Pierre, vous transperce à jamais. Elle est dotée de cette force tranquille qui peut soulever des montagnes. La jeune fille a longtemps hésité avant de se confier à nous. ?Si c?est pour faire de la pub pour moi, ça ne m?intéresse pas, mais si mon témoignage peut aider les autres, cela aura un sens.?

Jusqu?à l?âge de 12 ans, Elmira est restée clouée dans un fauteuil roulant. Elle est atteinte d?une diplégie spastique, souffrant d?une infirmité motrice d?origine cérébrale sur prématurité, avec un poids à la naissance de 1,5 kilo. Aujourd?hui, elle marche. Difficilement certes, avec des chaussures orthopédiques et des cannes anglaises. Mais quelle liberté de se mouvoir et d?être autonome! Miracle? Non, une détermination inébranlable. ?Petite déjà, dans mon fauteuil roulant, je me disais ?Elmira, un jour tu marcheras?.?

Deux opérations et un vaste programme de rééducation plus tard, c?est chose faite. Il faut dire que le courage de cette adolescente n?a d?égal que la ténacité de ses parents, Jean Yves et Yvie. Une famille aimante. Et son frère, Grégory, 18 ans, ?m?aide à la maison quand maman n?est pas là?.

D?une grande pudeur, Elmira ne s?attarde ni sur ses douleurs ni sur la cruauté de certains, ?il m?est arrivé des situations désagréables mais je n?ai pas envie d?en parler?. Elle préfère regarder loin devant elle. Elle a longtemps caressé l?espoir de devenir psychologue pour enfants. Et elle aurait certainement réussi, ?mais devant tout l?amour que m?ont apporté mes professeurs du collège de Lorette de Saint-Pierre, j?ai aujourd?hui envie d?exercer le même métier qu?eux?.

En cette rentrée, Elmira aborde une étape cruciale, la Form V. Mais cela n?a pas toujours été très rose pour elle. D?abord, l?impossibilité de trouver une école primaire. Ensuite, quand enfin sa mère en trouve une, ?les ?dames? ne l?ont pas acceptée?.

Yvie est discrète, sans amertume. Elle ne veut dire du mal ni du gouvernement ni de tous ceux qui lui ont mis des bâtons dans les roues. ?Je n?aime pas mendier. Heureusement, on a eu beaucoup de soutien de la famille et des amis pour les opérations chirurgicales à l?étranger. Ma fille repart en France tous les trois ans. Je pense plutôt à tous ces parents et enfants qui n?ont pas cette chance. Il y a un manque évident, un vide abyssal pour les handicapés à Maurice. Il faudrait une association où ils puissent trouver du soutien.?

?Ne jamais baisser les bras?

Elmira a été obligée d?intégrer une école primaire privée où, elle a été finalement acceptée et bien entourée. Elève moyenne au collège de Lorette de Saint-Pierre, elle peut compter sur l?aide de ses copines, surtout sa préférée, Martine. ?Je suis les cours normalement, je participe bien en classe et pour les notes, les professeurs m?aident beaucoup.?

Aujourd?hui, Elmira est ?presque? comme toutes les filles de son âge. Elle se passionne pour la littérature, en particulier pour Molière, adore regarder les histoires vraies à la télévision ainsi que les émissions de discussion ?surtout quand les thèmes sont les enfants malades ou la relation parents-enfants.? ?J?aime aussi chanter dans ma salle de bains?, ajoute-t-elle rieuse.

Mais en une fraction de seconde, son regard s?assombrit, son sourire devient énigmatique. ?Il ne faut pas que les gens nous jugent. Pour les autres qui, comme moi, ont un handicap, je leur demande d?être courageux et de ne jamais baisser les bras.? Beaucoup d?amour et un peu de solidarité? Elmira est la preuve vivante que l?espoir existe tant qu?on ne renonce pas.

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