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?Janvier?
<I>On a enterré l?année qu?on connaissait.
Si, pour certains, elle aura été empoisonnée,
Pour d?autres, elle fut joie et volupté,
Délectable année qu?ils voulaient faire durer.
Ses minutes agonisantes leur furent interminables.
Mais pour les minables, les mal aimés,
Pour ceux, que l?année n?a point aimé,
Ceux qui n?ont rien à regretter,
Ceux qu?elle a fait chuter et pleurer,
Ceux qu?elle a ignorés, méprisés,
Ses dernières minutes furent déferlantes.
Ils maudirent la méchante,
L?orientèrent en cavalcades,
Sous de crépitantes pétarades
Dans la poubelle de leur histoire.
Rite exécutoire d?une noire mémoire
Qu?à jamais, ils voudraient effacer.
Voici venu janvier, chapitre premier
Du livre de la nouvelle année.
Des pages d?espoir,
Que ceux qui étaient dans le noir,
S?empresseront de tourner
En quête d?une joie retrouvée.
Le chanceux de l?année passée,
Sous l?étreinte de janvier,
Effeuille des fois avec crainte,
Les premières pages de l?année
Il voudrait télécopier,
Le livre qu?on a brûlé.
Portant un deuil déplacé
Au seuil d?un avenir qui, autrement,
Pourrait se révéler, aussi brillant,
Que l?an dernier, le trépassé.
Le sot se remettra à la destinée
A défaut de prendre d?assaut,
L?opportunité des pages nouvelles
Que janvier renouvelle.
L?année ne pourra lui faire la part belle
Si, dès janvier, il ne se met pas en selle.
Au seuil d?une année qu?il ne connaît
Le sage ne cessera de semer,
Pour lire au fil des mois,
L?histoire qu?il continue à planter.
Une moisson bien méritée
Parfois affectée par une page effritée,
Par les intempéries qu?il n?a pu évitées.
Et si, au fil des jours,
Sans qu?il s?en aperçoive,
Ses pages sous ses doigts s?amenuisent,
Au feuillet fatal, sans regrets il partirait,
Laissant dans sa malle,
Des écrits colossaux,
Qui tour à tour arroseront,
D?autres années qui passeront.</I>
<B>Alain Jeannot</B>
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