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?La vraie éducation a lieu quand l?enfant comprend ce qu?il fait?

22 janvier 2006, 20:00

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● <B>Que pensez-vous de l?introduction d?un A+ dans le système de ?grading? ? </B>

Je pense que cela accentue la compétition négative. Ceux qui gagnent deviennent des ?mauvais perdants ? dans la vie. Il y a un complexe de supériorité, le développement de sentiments négatifs comme l?envie, l?hostilité et une très grande arrogance, signes distinctifs de la majorité de notre élite? Pour les perdants, c?est l?effet inverse. Ils ont du mal à croire qu?ils ont une valeur en tant qu?être humain. Si vous ne faites pas partie des élus, vous êtes par définition, un rebut.

● <B>Croyez-vous que la formule Gokhool créera deux types de collèges et des différences dans le traitement des élèves ? </B>

Il fallait corriger une anomalie. Cette proposition est là parce que les collèges confessionnels sont restés des Form I to VI colleges avec la réforme Obeegadoo. Aujourd?hui, pour les deux types d?établissements, il y a des ?Feeder schools? au niveau primaire. Contrairement aux collèges confessionnels, l?Etat doit satisfaire un plus grand nombre de parents éparpillés dans toute l?île, d?où la création de collèges nationaux. Cela apporte un équilibre dans le système éducatif.

● <B>Quid de la compétition effrénée avec ces nouveaux critères ? </B>

Il faut dire que depuis très longtemps le statut des enseignants dépend du nombre de classés au niveau primaire ou du nombre de lauréats. Cela détermine aussi le nombre d?étudiants, tous collèges confondus, qui se retrouvent pour les leçons particulières chez le ?Star Teacher ?. L?établissement, en vérité, est un prête-nom. Savez-vous que certains enseignants du secondaire font passer un examen d?entrée chez eux pour vérifier si les aptitudes académiques du jeune satisfont leurs critères ?

● <B>Pour certains, le retour de la compétition au primaire est positif parce que cela permettrait aux écoliers de s?investir davantage dans leurs études et de récompenser la méritocratie. Partagez-vous cet avis ? </B>

Pour moi, la compétition positive développe l?estime de soi, le respect des autres, l?esprit de sacrifice et les valeurs républicaines chez l?enfant. Ce n?est pas le cas si on observe l?élite de ce pays. Ici, la compétition à l?école ne forme pas mais fabrique des petits robots qui ont un A, certes, mais qui ne savent ni lire ni écrire ni parler correctement après le CPE, le SC et le HSC. La vraie éducation a lieu quand un enfant prend plaisir à apprendre et comprend ce qu?il fait à l?école. Ici, l?enfant est prisonnier d?un emploi du temps. Il n?a pas le temps de lire pour le plaisir, ne connaît ni jeu ni repos.

Dans le temps, l?école et les leçons particulières étaient gratuites. Il n?y avait pas de stress pour les parents pauvres. Aujourd?hui, un enfant est fatalement défavorisé s?il ne bénéficie pas de leçons.

● <B>Quel sera, selon vous, l?impact de la nouvelle mesure ? </B>

Nous assisterons à une flambée des prix des leçons particulières (à ce jour, Rs 250 à Rs 500 à partir de la Standard IV ; Rs 500 à partir de la Form IV). C?est le prix à payer pour avoir accès à la connaissance. Cela démotivera encore plus les enseignants qui travaillent en classe et qui ne sont pas reconnus, d?où une baisse de la qualité de l?éducation. Si le questionnaire d?examen ainsi que la mentalité des enseignants et des parents ne changent pas, les performances des enfants vont chuter. C?est le cas depuis plus de dix ans, si l?on en croit les rapports du MES et de Cambridge.

● <B>Qu?auriez-vous proposé ? </B>

D?abord une augmentation des établissements privés avec l?anglais comme ?medium of instruction?. Ensuite, l?autonomisation des établissements scolaires par l?Etat pour les enseignants et recteurs qui voudraient innover. Je proposerais également un examen national vers 13-14 ans pour ceux qui souhaitent intégrer les ?Star Colleges ?. Il faudrait introduire des bourses d?études pour les jeunes qui souhaitent se spécialiser en éducation. Je souhaite également voir plus de travail collaboratif entre le BEC et le ministère de l?Education pour un enseignement-apprentissage de qualité, au lieu d?une compétition négative.

?La compétition positive développe l?estime de soi, le respect des autres, l?esprit de sacrifice et les valeurs républicaines chez l?enfant. Ce n?est pas le cas si on observe l?élite de ce pays.?

● <B>La notion d?élitisme dans l?éducation est-elle, à votre avis, un besoin vital pour le développement du pays ? </B>

Dans les pays dits développés, il y a la volonté de dégager une élite du système scolaire. L?Upper Class et l?Upper Middle Class envoient leurs enfants dans des établissements privés. Les classes ne sont pas surchargées, les conditions de travail sont excellentes, les professeurs d?excellents pédagogues. Mais c?est très cher. Dans certains pays en voie de développement, l?Upper Middle Class, la Middle Class et la Lower Middle Class souhaitent toutes faire partie de l?élite. Alors il y a une rat race qui est engagée car les candidats sont nombreux et les places limitées.

L?élite doit avant tout être composée de jeunes qui ont la liberté de parole, de penser et d?innover, ainsi que la volonté de se perfectionner même si cela demande des efforts. L?élite doit être composée de patriotes, ceux et celles qui placent leur pays avant tout. Les Mauriciens en ont assez des ?roder bout ?.

● <B>Croyez-vous que cette mesure aura un impact sur le taux d?échec au primaire ? </B>

Dans l?état actuel des choses, les parents perçoivent ce système comme un retour à la rat race. Nous savons que les leçons particulières ont contribué à une dégradation dans l?enseignement-apprentissage dans la classe. Fatalement, l?échec scolaire restera là. Dans ce système, tout dépend des parents. Il paraît qu?il y a des parents qui obligent les enseignants à donner des leçons. Mais il n?y a pas de prise en compte de l?enfant en difficulté scolaire pendant les leçons. The focus is on the elite. Le ministère de la Femme et celui de la Santé devraient vulgariser des informations sur la psychologie de l?enfant. Le ministère de l?Education devrait vulgariser des informations sur la pédagogie.

● <B>Quelles sont ces faiblesses de notre système éducatif qui devraient être corrigées rapidement ? </B>

Il faut un contrôle de qualité sur le type d?enseignement dispensé dans les classes. La valorisation des enseignants qui travaillent en classe et qui pratiquent la concentration sur l?apprenant et, plus important encore, le travail collaboratif avec leurs collègues. Les syndicats doivent se lancer dans le syndicalisme pédagogique : fournir du matériel pour aider les professeurs. Revoir le curriculum et mieux répartir le contenu entre le lower et l?Upper Primary. Revoir la qualité des manuels scolaires du NCCRD est également une nécessité. Il faut aussi un psychologue scolaire par établissement (particulièrement pour la résolution de tous les problèmes liés à la drogue et à l?alcool).

● <B> Notre notion de l?éducation correspond-elle aux réalités ? </B>

Il est urgent de former des jeunes qui seront capables de prendre la relève politique, des jeunes qui sont intègres, qui croient vraiment dans le progrès collectif, des jeunes capables de réussir professionnellement par leurs propres efforts et compétences.

● <B> Que faudrait-il pour faire reculer le taux d?échec qui tourne autour des 40 % ? </B>

Il faudrait davantage prendre en compte les difficultés de la classe ouvrière et de la Lower Middle Class. Pour cela, l?Etat et les fonctionnaires doivent s?investir loyalement. Y a-t-il une aire de jeux et de repos pour jeunes et Senior Citizens dans chaque ville et village ? Si non, pourquoi ?

Je crois également qu?il faudra revoir dans son ensemble le système éducatif et les méthodes d?évaluation des apprenants, des enseignants et des formateurs de formateurs. L?excellence chez les formateurs de formateurs doit être évaluée sur les connaissances scientifiques à parité avec les connaissances pédagogiques et didactiques.

Propos recueillis par <B>Patrick HILBERT</B>

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