Publicité

Violences

21 janvier 2006, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le débat sur la violence, la brutalité policière et l?insécurité domine de nouveau l?actualité politico-médiatique. On n?ira nulle part si on ne se contente que de voir que les symptômes, sans prendre le temps de connaître les racines du mal. Et ce n?est pas en soufflant sur les braises qu?on va éteindre le feu.

Il faut reconnaître que certaines aggravations sont incontestables, comme le montrent les statistiques de la police sur la criminalité. Mais derrière le mot « violence », on fait l?amalgame de choses très différentes. Dès lors, le mot « violence » n?a plus grand sens. Il faut en réalité bien distinguer ce qui relève de l?intimidation ; ce qui relève de bagarres entre groupes ; ce qui relève d?agressions en vue d?un vol ; ce qui relève de la violence sexuelle ; enfin, ce qui relève de crimes de sang. Il y a là des logiques de comportements et des évolutions différentes.

Le développement de certaines formes de violence est révélateur des transformations profondes de notre société. Il y a au moins trois niveaux d?évolution de la société qui contribuent à leur recrudescence. D?abord, une évolution d?ordre économique et social. C?est le processus de « ghettoïsation » avec la concentration des populations les plus pauvres dans certains quartiers. De cette misère découlent des problèmes psychologiques individuels, des problèmes conjugaux et des problèmes familiaux.

Le second niveau est d?ordre moral et politique : nous vivons dans une société de plus en plus individualiste, de plus en plus centrée sur la consommation ? le bonheur c?est d?avoir, l?important c?est de paraître. Notre société n?a plus de grandes croyances collectives. S?ajoute à cela, le sentiment très partagé selon lequel le mensonge, la cupidité, l?égocentrisme et la loi du plus fort sont des lois générales dans le milieu des puissants.

Un troisième niveau concerne l?effritement des moyens infra-institutionnels pour encadrer les jeunes des quartiers défavorisés qui, par ailleurs, se sentent « victimes » de certains fonctionnements pervers d?institutions comme la police et la justice.

On ne combattra pas la criminalité uniquement par la gestion institutionnelle de l?urgence et des réformes touchant au fonctionnement de la police et de la justice. Si l?on veut vraiment préparer pour nos enfants une société moins violente, il faut agir sur les causes profondes en prenant le temps de susciter dans tout le pays, et à tous les échelons, la réflexion et le dialogue. La société a besoin de nouveaux consensus dans les valeurs et dans les pratiques.

Traiter le symptôme ne résoudra rien, a fortiori dans un climat de panique qui empêche de faire un bon diagnostic. Il convient de poser les problèmes de façon précise et concrète. Cessons de faire des amalgames et des généralisations qui ne peuvent que susciter des mesures purement répressives. Celles-ci sont limitées si elles ne s?articulent pas avec des dispositifs de prévention et des politiques sociales.

Il est donc important et urgent de clarifier le débat, en exerçant une vigilance critique sur les discours qui alimentent le débat public, en diffusant des connaissances précises et en orientant la réflexion vers l?analyse des contextes qui favorisent l?apparition et le développement des diverses formes de violence. Vivement une réflexion sérieuse en vue d?une politique de prévention s?appuyant, entre autres, sur ces trois institutions vitales que sont la famille, l?école, et le quartier. C?est cela aussi le développement durable !

Publicité