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Pas coupables, irresponsables

21 janvier 2006, 20:00

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Nous avons affaire à une hiérarchie d?irresponsables. Les chefs se refilent tous le cadavre de Ramlogun. Une certaine humilité à reconnaître leur part de la faute ne ramènera certes pas le mort, et le coupable demeure l?auteur du geste malveillant. Mais peut-on espérer éviter de nouveaux drames si celui-ci n?embarrasse pas ceux qui ont le pouvoir de décision ? Ils ne semblent pas beaucoup l?être.

Le Premier ministre renvoie au commissaire de police la responsabilité d?assumer le gênant Raddhoa ; le commissaire refuse de porter publiquement celle de l?accident et se terre dans le silence ; le surintendant dirige les reproches vers son adjoint. Aucun ne se sent la conscience lourde d?avoir négligé une obligation. C?est la faute à personne.

Le ministre de l?Intérieur qui avait pleine conscience du danger des interrogatoires barbares et plein pouvoir de le prévenir, a pourtant bel et bien une responsabilité politique et morale dans l?affaire. Il savait que la réhabilitation de Raddhoa comportait un risque en ce qu?elle réhabilitait une culture. Il savait, mais a souhaité cette nomination sans prendre les actions qui éviteraient tout dérapage.

C?est encore là une conséquence des promesses en l?air des jours de campagne. Navin Ramgoolam a fait monter les attentes sur la question de « law and order ». Le moyen le plus facile de répondre à cette obligation de résultats qu?il s?est lui-même imposée, de montrer, par quelques coups, le changement s?appelait sans doute Raddhoa, en poste trois semaines après l?arrivée du gouvernement. Il tente aujourd?hui de ramener le débat à la « vraie » criminalité, celle qui ne porte pas l?uniforme. Une honteuse distinction.

Le Premier ministre cite en outre un principe de non-ingérence pour se désengager, mais il ne suffit pas de connaître les règles pour les respecter.

Dans ce système que nous avons perverti, tout le monde se mêle de tout. Et l?on sait que trop bien comment les politiciens s?y prennent pour faire comprendre au commissaire de police les décisions qu?ils souhaitent. Et celui-là a été assez bête pour ne pas réclamer des moyens de donner les résultats demandés.

Ramanooj Gopalsingh a accepté d?être une marionnette. Il ne s?en cachait pas quand il invitait récemment Yousuf Mohamed, qui se plaignait d?un harcèlement de Raddhoa à son égard, à aller? « koz sa avek Navin ». Voilà un chef qui prend la décision de déléguer une responsabilité à un enquêteur et qui estime que ce n?est pas de son devoir de vérifier l?impact de sa décision. Aucune visite de routine non plus dans les interrogatoires pour s?assurer qu?ils soient aux normes.

Peut-être nos dirigeants auraient-ils été plus responsables si, comme les trois ministres impliqués sans l?être dans l?affaire du sang contaminé, ils devaient courber le front devant la justice ? Peut-être alors la vigilance contre les dérapages aurait été plus grande ? Peut-être que des mesures de prévention auraient enfin été prises. Peut-être. Mais la responsabilité est sans doute aussi une culture.

Si les décideurs ne sont guère embarrassés, l?opinion, elle, consciente de sa responsabilité d?avoir élu ce gouvernement, commence à l?être. Elle ne veut plus de solutions d?appoint, en a assez de l?aberration qui consiste à résoudre des crimes en faisant d?autres morts, à tolérer pour ensuite tenter de réprimer. La répression ne suffit pas : l?enquête judiciaire dans l?affaire Kaya n?a rien donné et une sanction légale punissant « torture by public official » introduite il y a deux ans n?a pas empêché la brutalité.

Elle veut qu?on s?attaque au mal : l?extraction d?aveux et le poids des confessions dans les poursuites criminelles et plus largement les fléaux qui conduisent au crime. C?est la réponse à la réponse cynique du Premier ministre : « Il faut savoir ce que l?on veut. »

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