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Le calme troublant de Ramgoolam

19 janvier 2006, 20:00

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On s?attendait à le voir crispé et grave, vu la portée éminemment politique de l?affaire. Mais Navin Ramgoolam a paru presque serein, mercredi, lors de sa première sortie publique depuis le décès de Rakesh Ramlogun.

Il a même eu l?air de relativiser l?affaire : il a évoqué d?une part des questions qui en sont très éloignées, telle la diffamation. Il a ensuite fait comprendre que cette affaire relevait essentiellement du commissaire de police et non pas des autorités ? il nous avait semblé pourtant qu?elle était suffisamment grave pour concerner bien plus que le commissaire. Enfin, il a dirigé sa colère contre les ?criminels? et non contre ceux qui abusent de leur fonction. Cette absence de mise en garde à l?égard des policiers visait-il à préserver le moral des troupes ? Difficile à dire?

C?est de bonne grâce que Ramgoolam accepte de répondre aux questions de la presse sur le parvis du Musée de la photographie. Le Premier ministre savait ce qui l?attendait. Sept minutes durant, il joue le jeu.

Il n?y aura pas d?ingérence dans les trois enquêtes, assure-t-il. Il refuse d?ailleurs de commenter les quatre premières arrestations. Mais Ramgoolam réplique cependant à la critique du choix d?une enquête judiciaire au lieu d?une enquête préliminaire. ?Ainsi on n?aura pas à recommencer. On commence par le commencement?, dit-il avec un sourire.

Il récuse l?accusation formulée par l?opposition et dans certains milieux selon laquelle ce serait lui qui aurait soutenu et promu Prem Raddhoa. Le sourire disparaît. ?Lopozisyon pe perdi latet. Ce n?est pas moi qui ai promu Raddhoa. La Public Service Commission avait d?ailleurs demandé l?avis du parquet avant de le promouvoir parce qu?il y avait plusieurs plaintes contre lui.? Ramgoolam veut aussi dissiper les rumeurs de proximité avec le surintendant. ?Je n?ai pas rencontré Raddhoa. C?est avec le commissaire de police que je traite et pas avec Raddhoa?, dit-il, quelque peu sur la défensive.

Silence. Ramgoolam attend la prochaine question, toujours aussi calme. Là le ton est plus assuré. ?Je maintiens que la police ne peut pas continuer à enquêter sur la police.? (voir encadré). Le Premier ministre estime que l?affaire de brutalités policières est systémique, qu?il y a des failles dans le système. Il explique que c?est pour y remédier qu?il avait tenu à rencontrer le garde des Sceaux français à ce sujet. ?C?était lors d?un transit à Paris après ma visite à Bamako.? Il ajoute que c?était lui qui avait mis sur pied le Complaints Bureau de la police.

?Ce n?est pas possible que sur une population de 1,2 million de personnes, nous n?arrivions pas à élucider des crimes. Il y a des fraudes et de gros scandales et nous n?arrivons pas à produire des résultats.? Ramgoolam en profite pour égratigner les membres de l?opposition : ?Ils oublient quelle était la situation quand ils étaient au pouvoir.?

Et puis? des menaces à peine voilées. ?La loi sur la criminalité sera renforcée. Nous allons prendre des mesures très dures.? Parle-t-il de la police ou des criminels en général ? Il ne précise pas sa pensée mais ajoute que ?la loi sera très sévère car il faut protéger les libertés individuelles. La loi sur la diffamation sera renforcée. Vous avez vu combien d?affiches et de tracts illégaux il y a à Maurice ? Zot pou tase ek sa lalwa la !? s?emporte-t-il. ?Nou si nou pou tase ?? lui demande-t-on, en faisant référence à la presse. Navin Ramgoolam fait une pause? et éclate de rire. Mais ne répondra pas. En allant aux nouvelles, nous avons appris que le ministre de la Justice a rencontré hier Xavier Duval pour discuter de la future Media Commission annoncée dans le programme électoral de l?Alliance sociale.

?Pas d?instructions au commissaire de police?

Après la bonne humeur, autre question provocante. Est-ce que les rumeurs disant que le commissaire de police attendrait les instructions du Premier ministre avant de prendre des sanctions contre Prem Raddhoa sont vraies ? Le ton monte. ?Vous écoutez trop les rumeurs. C?est faux, ce n?est qu?une rumeur comme vous dites. Je ne donne pas d?instructions au commissaire de police?, rétorque-t-il plus calmement.

Répondra-t-il à l?appel de Pravind Jugnauth pour que le Parlement reprenne plus tôt ? Sourire espiègle. ?Pravind Jugnauth oublie qu?il n?est plus au Parlement.?

Sept minutes sont passées. Navin Ramgoolam est toujours de bonne humeur. Il s?en va faire le tour des invités de Tristan Breville, qui lance son ouvrage. Il reste une trentaine de minutes, serre la main de tout le monde, écoute attentivement ses interlocuteurs. Il donne rendez-vous à la presse pour une autre session de questions-réponses. ?Je serai à Triolet samedi. Venez, je répondrai à vos questions.?

Navin Ramgoolam n?est pas stressé. Il est presque détaché. On ne sait pas trop s?il faut s?en inquiéter ou être rassuré?

PLAINTES

Instance indépendante pour enquêter sur la police

■ ?La police ne peut pas continuer à enquêter sur la police?, n?ont cessé de répeter tous ceux concernés par la question, y compris les ONG luttant contre les brutalités policières et le Premier ministre. Ce problème sera bientôt résolu. Une instance indépendante de la police qui enquêtera sur celle-ci à la suite des plaintes reçues contre des membres des forces de l?ordre sera créée, a affirmé l??Attorney General?, Rama Valayden. Le projet de loi est en bonne voie. Cette instance comprendra des personnes qui ont une connaissance légale et de l?expérience en matière d?investigation et du secteur pénitentiaire.

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