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?Le problème numéro un à Maurice c?est la surpopulation?

11 janvier 2006, 20:00

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● Vous êtes chercheur au Centre national de recherche scientifique (CNRS) en France, dans le département de l?environnement et du développement durable et avez été formée à la fois en botanique et écologie terrestre tropicales et en ethnologie. Quels sont les grands défis pour Maurice en matière d?environnement ?

Je voudrais d?abord donner un aperçu de ce que je considère être les problèmes d?environnement aujourd?hui pour replacer ensuite Maurice dans le contexte global. Je ne tiens pas à faire de Maurice une exception. Le problème de l?environnement global aujourd?hui part du fait qu?au niveau historique et culturel, l?homme dit moderne s?est conçu, s?est perçu et s?est représenté comme un élément extérieur à la nature. Il faut comprendre historiquement d?où vient cette dissociation. Je parle de l?homme moderne parce que, justement, j?ai travaillé dans des sociétés à Sumatra, en Indonésie et dans le nord du Népal, où l?homme ne se voit pas comme une partie extérieure mais bien comme une partie intégrale et totalement intégrée à la nature.

Cette dissociation est le point de départ de tous nos problèmes avec la nature aujourd?hui. Elle vient de l?Europe. A l?époque de la Renaissance, l?homme a commencé à se concevoir comme un élément extérieur à la nature. Cela concorde avec la période où l?on a développé des technologies, des machines et des bateaux qui ont permis de conquérir le monde. Cette technologie pré-scientifique de la Renaissance forme les prémices de la pensée scientifique.

Cette dernière a contribué à diviser nature et culture. C?est dans le cadre de la pensée scientifique que l?homme a longtemps eu l?impression qu?il pouvait maîtriser la nature. C?est ce qui fait que les scientifiques ont longtemps cru qu?ils étaient sous une cloche de verre et qu?ils ont mis au point des technologies extrêmement fortes, comme la bombe atomique, et des technologies très sophistiquées, comme la génétique, qui donnent aujourd?hui malheureusement des effets non-contrôlables sur la nature. Ils n?ont jamais associé à la production scientifique la question non-biologique de l?éthique.

L?environnement naît justement de la prise de conscience que la planète est limitée. La sonnette d?alarme du Sommet de Stockholm, en 1972, c?est le début de l?environnement. C?est pour cela qu?aujourd?hui il n?y a plus de nature, parce que, à l?échelle de la planète, il n?y a plus aucun processus qui ne soit complètement libéré des pratiques humaines. On est à l?ère du changement global, tel le changement climatique, et quoi que l?on fasse dans notre bout de forêt à Macchabée ou sur l?île-Ronde, tout se passe à l?échelle de l?environnement mondial et des transformations globales de la planète.

?Aujourd?hui il n?y a plus de nature, parce que, à l?échelle de la planète, il n?y a plus aucun processus qui ne soit complètement libéré des pratiques humaines.?

● Qu?avez-vous observé à Maurice ?

Ce qui est frappant, c?est que les Mauriciens ont construit leur rapport avec l?environnement en dehors de tous les phénomènes qui ont existé sur l?île avant l?arrivée de l?homme. Ce rapport mériterait une étude approfondie car il a été construit sur la monoculture qu?est la canne à sucre. La vie mauricienne a été rythmée pendant presque trois siècles par notre lien à la canne. Ce lien est presque biologique car la canne a son rythme de floraison, son mode de croissance. Toute notre façon de produire est profondément ancrée dans cette monoculture.

L?ironie c?est que le gros de la population mauricienne n?est même plus une population rurale. En fait, Maurice c?est une île où vivent principalement des gens avec un mode de vie urbain, qui se déplacent pour aller travailler, qui consomment de la même façon qu?un urbain classique et qui n?ont donc pas de lien avec la terre.

● Pensez-vous que l?éco-tourisme existe à Maurice ?

Il y a quelques débuts de l?éco-tourisme. Je suis allée au Domaine du Chasseur où il y une approche de l?éco-tourisme qui est avant tout économique. Mais il n?y a pas d?éco-tourisme à proprement parler.

● Comment pouvons-nous protéger notre faune et notre flore endémiques ?

C?est évident que la flore et la faune endémiques seront importantes uniquement quand les Mauriciens commenceront à considérer qu?elles sont importantes. Et pas seulement une élite riche qui peut se permettre de s?intéresser aux arbres indigènes parce qu?elle a des chassés et que la protection de ces arbres lui permettra de bénéficier de détaxes.

● Et les Organisations non gouvernementales (ONG) ?

J?admire énormément les ONG, comme la Mauritian Wildlife Foundation, mais elles ne représentent pas la majorité des Mauriciens. Donc, au niveau de l?environnement, une consultation nationale de ce que les Mauriciens considèrent être les priorités serait utile et importante. Mais je suppose que le ministère de l?Environnement l?a déjà fait.

● Justement non?

On ne peut traiter les problèmes d?environnement qu?en développant les priorités sociales de l?ensemble des Mauriciens. Et cela ne peut que passer par une consultation nationale qui mérite un énorme travail avec des discussions et des forums à différentes échelles de la population, que ce soit l?élite, les pêcheurs, les ouvriers ou les planteurs.

● Quel pourrait justement être le catalyseur pour une prise de conscience du Mauricien moyen ?

J?ai l?impression que le problème numéro un à Maurice c?est la surpopulation. Une chose importante, c?est qu?il y a des problèmes liés à cette surpopulation à régler. Prenez par exemple le plan d?occupation des sols. Est-ce qu?on va essayer de faire une sorte de landscaping de notre petite île pour qu?on puisse tous y vivre tout en étant dans une espèce de grand jardin agréable ou est-ce qu?on va faire des blocs de béton qui se suivent et qui sont à un mètre les uns des autres parce que c?est la limite légale ? Cette question, ainsi que celles de la gestion des déchets et de la saturation du parc automobile, doivent passer par une consultation nationale.

Rien ne peut changer si les Mauriciens eux-mêmes ne décident pas de changer. L?environnement est profondément culturel. La pollution, par exemple, est une question d?esthétique et les Mauriciens aujourd?hui n?ont pas pris conscience que les boîtes et les sacs en plastique au bord de la route les dérangent. C?est une question sociale et non biologique. Il faut absolument que les Mauriciens se positionnent culturellement. Ce genre de prise de conscience dépend beaucoup des politiques et de leur stratégie éducative. Dès la maternelle, il devrait y avoir des programmes éducatifs sur l?environnement.

● Quel doit être le rôle du secteur privé dans la protection de l?environnement ?

Dans la mesure où l?on vit dans une société de consommation et que cela pose des problèmes majeurs à l?environnement, le gouvernement devrait négocier avec les personnes qui profitent de la consommation à Maurice, de façon à ce qu?il y ait une éthique pour le développement durable. Si des commerçants polluent, ils doivent payer. Par contre, il ne faut pas que l?argent rentre dans les caisses de l?Etat comme cela mais qu?il soit utilisé pour le recyclage et le nettoyage. C?est pour cette raison que le gouvernement doit décider d?engager un vrai débat sur l?environnement avec les Mauriciens.

● Le mot de la fin?

Cela peut être utile aux Mauriciens de sortir, d?aller ?lot kote dilo?. J?aimerais en voir plus s?investir au niveau international. Ils ont une richesse culturelle incroyable qui veut dire qu?ils ont une vision du monde importante pour la planète. Les problèmes environnementaux ne se limitent pas à Maurice, mais sont planétaires. Au niveau de l?éducation, il y a beaucoup à faire pour développer les perceptions. Finalement, les échanges régionaux à l?échelle de l?océan Indien sont fondamentaux.

Pour contacter Mme Ameeruddy-Thomas : Email : [email protected]

Propos recueillis par Nicholas RAINER

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