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Le grand bleu en eaux troubles

11 janvier 2006, 20:00

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Année noire pour certains clubs de plongée, d’autres ont tiré leur épingle du jeu. Jocelyne Lauret, présidente du Comité de tourisme réunionnais (CTR) est montée au créneau en septembre dernier et a tendu l’oreille aux professionnels de la mer en difficulté. Principale cible : les médias réunionnais et l’émission Thalassa.

En revanche, pas un mot sur leurs propres responsabilités : à l’heure de la concurrence effrénée sur les destinations touristiques, le marché revient à celui qui fait le plus de tapage, logique. Le CTR s’est remis en question et vient de se lancer dans une campagne de promotion de la plongée à la Réunion, digne de ce nom...

Enfin ! À l’origine, le mécontentement naît de la diffusion de l’émission de Thalassa, qui a largement traité du sujet des requins à la Réunion. Pour les professionnels de la plongée, ce thème, relayé dans les pages du JIR sert alors de prétexte à la disparition de leurs clients. Faut-il occulter une partie de l’information ? Faudrait-il pour être plaisant faire l’impasse sur le chien appât entre autres bêtises endémiques ?

Plongée business

Yves Régnier, responsable du club de plongée Bleu Marine sur le port de Saint-Gilles confie : “Cette année a été abominable avec une fréquentation en baisse de 20 %. En dix ans d’activité, c’est la première fois que je vois ça. Tout ce qui a été construit en dix ans s’est cassé la figure en six mois”. Explications : “Quand en on aura assez de faire une mauvaise publicité dans les journaux, ça ira sûrement mieux”.

Étrangement, non loin de là, chez O Sea Bleu, les propos sont bien plus mesurés. Christophe Bruat admet que l’année n’a pas été folichonne certes. Mais pas outre mesure. “On a serré le budget et on a limité les objectifs. Le climat général n’a pas été évident, les tarifs des billets d’avion sont trop élevés”. À ses yeux, un ensemble de circonstances explique la morosité. À propos de Thalassa : “Je n’ai pas trouvé qu’elle sabotait l’image de la Réunion”.

Avant de soulever le problème d’interprétation de l’information : “Il ne faut pas tout prendre au premier degré et il faut prendre du recul par rapport à l’information”.

Et cette tendance se confirme. Pour Sébastien Pomarède, responsable du club Excelsus, basé à Saint-Leu, le chiffre d’affaires 2005 est similaire à celui de l’année précédente : environ 650 plongées, toutes épreuves confondues. 50 % de sa clientèle réside ici, une donnée qu’il a bien intégrée pour faire fonctionner le bouche à oreille : “On doit s’adapter aux clients en étant à leur écoute. Il ne faut pas qu’ils aient l’impression d’être un tiroir-caisse”.

Pour essayer de contre-balancer les quelques désagréments que subissent les touristes ici (embouteillages, avion élevé), il affirme faire tout son possible. “Pour certains, la plongée est devenue un business, les prix augmentent sans la qualité. Si on fait bien son travail, ça paie. Ce n’est en tout cas pas une profession pour faire des bénéfices”.

Si certains professionnels de la mer pensent que la presse est la cause de leur faible compétitivité, on peut se poser des questions quant à l’impact de leur publicité. D’autre part, certains faits sordides ou effrayants (requins) qui ont affecté l’île sont exceptionnels mais n’en sont pas moins réels.

En métropole, le choc qu’ils ont produit sur les consciences n’a pas toujours bien été absorbé. En faisant des médias les boucs émissaires de la crise subaquatique, les responsables concernés par cette activité s’en sortent bien.

En revanche, lorsque Jocelyne Lauret félicite la presse sur le chikungunya, ce n’est plus la même histoire. Ceux qui font hésiter les touristes à revenir sont ceux qui déçoivent par leurs piètres prestations. Et ils en sont les premiers à en souffrir.

<B>Damien FRASSON-BOTTON

Clicanoo.com</B>

<B>15 ans et envoûtée, elle ne voit plus son père</B>

Les yeux larmoyants, des trémolos dans la voix, Patrick, la soixantaine, avoue ne plus savoir à quel saint se vouer. Depuis ces six derniers mois, il ne cesse de remuer ciel et terre pour, dit-il, “libérer” sa fille Vanessa. “Depuis le 22 décembre, date de son hospitalisation par la juge pour enfants, je n’ai plus aucune nouvelle d’elle. Je sais qu’elle a été internée le 27 décembre à l’asile, mais pour quelles raisons, je l’ignore... J’ai l’impression de vivre un cauchemar, un peu comme si tout était volontairement organisé pour me faire passer pour un fou”.

Professeur de français, chercheur à ses heures perdues, Patrick semble manifestement avoir la tête sur les épaules, même si, physiquement, il paraît amaigri, après avoir, laisse-t-il entendre, perdu 26 kilos à cause de toute cette histoire, qui l’a aussi quasiment ruiné financièrement.

Depuis 5 ans

À la recherche de la vérité et déterminé à obtenir “la libération” de sa fille, il vient d’écrire au doyen des juges de la Réunion, au Garde des Sceaux, au président de la République Jacques Chirac et à Bernadette Chirac, la première dame de France pour raconter son “calvaire”. Une histoire qui, selon sa version, commence en 2001.

“Après plusieurs années en métropole et douze ans en Polynésie, nous sommes arrivés, mon épouse et ma fille, à la Réunion en 1997 où j’ai été nommé dans un lycée de la région Est. Nous avons également une première fille, âgée de 26 ans, qui vit en métropole”.

En 2001 donc, le couple et sa fille décident de prendre des vacances en métropole. “Nous étions chez ma belle-famille. Vanessa a commencé à avoir des syncopes, précédés de mouvements involontaires. Nous avons consulté des médecins qui n’ont rien décelé. De retour à la Réunion, elle a été suivie pendant deux ans par un pédopsychiatre. Elle souffrait d’une hyperacousie douloureuse, à tel point qu’elle ne pouvait même plus entendre le chant des oiseaux ou utiliser un téléphone portable”, raconte Patrick.

Les années passent tant bien que mal pour les parents, mais Vanessa de son côté, excelle à l’école catholique privée et elle s’amuse comme une jeune fille de son âge avec ses copains d’école.

Sauf, à en croire son père, qu’elle ne voulait plus manger de jambon et ne voulait plus aller à la messe, alors qu’elle est chrétienne très croyante. “En juillet 2005, mon épouse décide de partir pour un mois dans sa famille en métropole. Vanessa préfère rester ici avec moi. Mais progressivement, tout va basculer. Un soir, dans sa chambre, elle se met à pleurer. Elle a peur. Elle me dit qu’elle voit des fantasmagories tournoyer au-dessus de son lit, des visages émaciés. Elle sent son lit devenir tout chaud, puis brûlant. Elle me demande si elle peut occuper celui de sa mère, qui se trouve dans ma chambre. On s’est mis à prier. Mais au moment de réciter le Je crois en Dieu..., sa voix a changé, devenant grave...”

“Elle a balancé le crucifix”

Patrick décide d’emmener sa fille à la prière de délivrance dite par le père Justin Hoarau, considéré officieusement dans l’île comme l’exorciste de l’Église. La messe se déroule dans le Sud. “Lorsqu’on a commencé à prier, notamment le Je crois en Dieu..., sa voix est devenue rauque, comme sortie d’outre-tombe, son visage complètement pétrifié et ses yeux révulsés. Sous l’effet de la prière, elle a parlé en arabe, alors qu’elle n’en avait jamais prononcé un seul mot auparavant dans cette langue qu’elle n’a jamais apprise. Le père Justin Hoarau est venu vers elle, a fait une prière d’exorcisme en lui mettant sur le front de l’huile sainte et de l’eau bénite. Cela l’a calmée”. Mais épisodiquement les crises reprennent et les séances se multiplient chez le père Hoarau. Les symptômes disparaissent puis reviennent.

À la cure

“Le 23 août, ma femme est rentrée. On lui a tout raconté. Pour elle, c’était des conneries. Mais deux heures après, alors que Vanessa avait regagné son lit dans sa propre chambre, elle était en transe. D’une voix rauque, elle s’est mise de nouveau à parler en arabe en disant notamment Allah ô akbar... J’ai pris le crucifix que j’avais à la maison et je lui ai montré. Elle l’a pris et l’a balancé contre le mur de la chambre...”

En fait, à en croire Patrick, tout se passe plus ou moins normalement durant la journée. Au lycée, Vanessa est une élève brillante. Actuellement en seconde, elle est la première de sa classe avec 17 de moyenne générale. Comme indiqué sur son bulletin de notes trimestriel, les profs ne tarissent pas d’éloges sur ses résultats scolaires.

Mais la situation devient critique, semble-t-il, à partir de 17h30, en fin d’après-midi. Vanessa finit par quitter le domicile familial, avant d’être prise en charge par les religieuses de Saint-Benoît. Elle y restera pendant près d’un mois.

“Je l’emmenais tous les soirs à la cure où elle dormait et faisait ses devoirs scolaires et, le lendemain matin, j’allais la chercher pour la déposer au lycée”. Mais selon Patrick, un jour, la mère a voulu voir l’endroit où elle résidait. “Le lendemain, Vanessa a recommencé ses crises. Elle n’arrivait plus à dormir dans son lit. Au bout de la quatrième attaque, elle ne pouvait même plus parler et ne pouvait surtout plus entrer dans la petite chapelle des religieuses. Elle criait, poussait dans le vide avec ses mains des cloisons invisibles car inexistantes, comme pour ne pas entrer dans la petite chapelle, tout cela sous les yeux horrifiés des sœurs.” Patrick demande au père Justin Hoarau d’exorciser sa maison à Saint-Benoît. Vanessa regagne son domicile mais sans pour autant dormir dans son lit.

S’ensuivent plusieurs séances de prières aux Carmels des Avirons, à l’église de Petite-Ile chez le père Justin Hoarau. “Lors d’une séance de prière de délivrance à Petite-Ile, nous invoquions avec le prêtre et les autres personnes présentes l’Esprit Saint, Jésus Christ... Vanessa, en transe, s’est brusquement relevée, s’est tournée vers nous en criant : Ben non, pas Jésus Christ ! Puis elle a invoqué en arabe sa mère, sa grand-mère maternelle, le taleb (prêtre algérien) et Allah... Tout le monde autour d’elle a prié très fort et elle est aussitôt revenue à elle en disant : “Ah oui, Jésus...”

Des cantiques par GSM

Parallèlement, les parents engagent une procédure de divorce. L’épouse de Patrick contacte une assistante sociale. Entretemps aussi, Patrick a fait revenir le père Justin Hoarau ainsi qu’un curé de métropole pas moins de six fois pour exorciser la case qu’il loue. Mais les crises s’amplifient. Tous les soirs, le prof de français se dit contraint de conduire sa fille dans une église pour la “libérer” de ses maléfices.

“Après l’école, on prenait la voiture. On allait à la Croix Glorieuse à la Plaine-des-Palmistes. Assise à côté de moi dans la voiture, Vanessa avait souvent le visage pétrifié. Elle était fatiguée par l’esprit qui la possédait. On s’arrêtait devant la Croix Glorieuse et, par téléphone portable, on entrait en contact avec le père Hoarau. Mais à un moment donné, le père Hoarau ne pouvait plus rien faire. Une autre dame, qui avait connu le même problème, prenait le relais, toujours par GSM, grâce à l’amplificateur. Elle chantait des cantiques avec Vanessa. Cela la soulageait. Pendant une semaine environ, nous avions fait un tour de l’île, sorte de pèlerinage, tous les soirs, en s’arrêtant à la Plaine-des-Palmistes, à l’église Sainte-Thérèse à la Plaine-des-Cafres, à la Petite-Ile chez le père Hoarau, aux Carmels des Avirons et à Notre-Dame de la Salette à Saint-Leu. Nous avions dû déménager pour aller dans le Sud. L’esprit était devenu trop fort. Nous ne pouvions plus habiter dans notre maison. De la mi-novembre à la mi-décembre, les amis nous ont hébergés du côté de Petite-Ile...”

Rendez-vous avec l’exorciste

À la demande de la juge pour enfants en charge du dossier dans le cadre de la procédure de divorce, une commission d’ethno-psychologues composée de seize scientifiques entend Vanessa et ses parents.

À la mi-décembre, la magistrate envoie un aide-éducateur chercher Vanessa chez son père dans le Sud, et l’hospitalise au service de pédiatrie au CHD de Bellepierre, alors qu’avec le soutien du père Hoarau, Patrick avait décroché un rendez-vous avec un grand exorciste de l’Église en métropole.

Le 27 décembre, la juge pour enfants décide d’interner Vanessa à l’hôpital psychiatrique de Saint-Paul où elle est toujours. Depuis, son père ne l’a plus revue. Tout contact avec elle étant proscrit. Patrick reste persuadé que sa fille est possédée par un mauvais sort que lui aurait jeté sa grand-mère maternelle, depuis la métropole. Un avis que ne partagent ni la médecine ni la justice.

<B>Enquête : Yves Mont-Rouge </B>

<I>(* Patrick, Monique et Vanessa sont des prénoms d’emprunt).</I>

<B>Clicanoo.com</B>

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