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Steeve Deville ou le combat contre la banalité
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Steeve Deville ou le combat contre la banalité
Guitariste virtuose, Steeve Deville a longtemps travaillé à l?ombre des grosses pointures locales telles que Kaya ou Eric Triton. Il devrait bientôt faire valoir toute l?étendue de son talent avec un album cette année.
Il le prépare, dans une ambiance feutrée, au fond d?une petite maison cachée dans une cour de Cité Père-Laval. Steeve n?a pratiquement jamais quitté ce quartier où il a grandi. ?A l?époque on jouait au football ou à la guitare, dans la cité?, se rappelle-t-il.
Les familles avaient peu de moyens et les loisirs étaient rares. ?Il y avait une guitare avec des cordes de fortune pour 20 jeunes et on se la passait à tour de rôle.?
● Un gaucher nommé Triton
Steeve grattait déjà la guitare à l?âge de six ans. Il était même l?un des meilleurs de la bande de camarades. Puis on lui a parlé d?un autre garçon aussi bon que lui, un gaucher qui habitait de l?autre côté du quartier. Un rival en quelque sorte? Steeve a donc voulu s?y mesurer. La rencontre a été ?terrible? et les deux garçons sont devenus inséparables. Le gaucher n?était autre que le bluesman, Eric Triton?
Steeve achète sa première guitare à l?âge de huit ans. Adolescent, il joue dans les chorales avant d?intégrer le groupe Musical Brothers avec Eric Triton. C?était les années reggae, la grosse influence musicale de l?époque. Steeve et ses camarades jouaient gratuitement dans les fancy-fairs ou dans des hôtels pour Rs 300. ?On voulait vraiment faire le métier de musicien et on était confiant de pouvoir un jour y arriver.?
Après sa Form V, Steeve décroche un contrat au Club Méditerranée où son camarade Eric Triton jouait lui aussi. Avec un troisième larron, un certain Linley Marthe, aujourd?hui un bassiste de renommée internationale, ils forment un groupe qui dure plus de deux ans. La collaboration entre les deux guitaristes commence à prendre forme.
Après un séjour à l?étranger en Afrique du Sud et en Turquie, entre autres, Steeve se produit régulièrement aux côtés de son camarade, dans des répertoires jazzy. Ils reprennent Harry Belafonte, Earl Klugh, George Benson? Ils jouent de plus en plus, notamment dans les grands hôtels et accompagnent également les vedettes locales comme Jean-Claude Gaspard ou Jenny Mackay. ?Parfois on se lançait dans des solos qui déstabilisaient les autres.?
Mais pour Steeve, le séga reste quelque chose ?d?anecdotique?. Il veut aller au-delà, il veut créer ?quelque chose qui donne envie aux jeunes de jouer?. Il est implacable : il y a peu de musiciens qui contribuent à donner de nouvelles approches au séga, à part peut-être Philippe Oh San ou les Windblows.
?Ces dernières années, il y a eu une émeute musicale.? Séga jazz, ragga et autres seggae se font avec ?intelligence?. Les textes en créole contiennent des messages, la musique défend des causes. La qualité, surtout, est au rendez-vous.
Steeve joue beaucoup sur les albums des autres. Avec son camarade Eric Triton, d?abord, avec lequel il ?combat la banalité?. Puis il fait Zistwar revoltan, l?un des albums les plus aboutis de Kaya, le roi du seggae. ?C?est un album que j?ai réalisé à 50 %. Il est précurseur, dans son genre et il propose des fusions avec d?autres genres.?
?Ces dernières années, il y a eu une émeute musicale. Séga jazz, ragga et autres seggae se font avec intelligence. Les textes en créole contiennent des messages, la musique défenddes causes.?
Il figure également dans d?autres aventures musicales comme celle lancée par Menwar. ?Menwar recherchait des accords plus riches qui donnent un son et une couleur nouvelle à ses morceaux?, explique le guitariste. Il participe, enfin, à l?expérience Tandela, un album fusion produit par l?hôtel Prince Maurice.
Fatigué de travailler pour les autres, Steeve décide de monter son propre groupe, Nastrio. Il s?entoure de Dario Manick à la batterie et de Didier Baniaux à la basse. Entre les cabarets dans les hôtels et quelques rares concerts, le groupe répète et crée? dans le salon de Steeve. ?C?est une étape mari importante pour moi !?
● Encore plus loin
Elle devrait aboutir, en effet, à la sortie d?un album, le premier de Steeve Deville. Le trio travaille sur des morceaux écrits depuis 1998 et 1999 et sur d?autres, plus récents. Blues, jazz, tropical? ?Les paroles sont dures, la musique les radoucit.?
Selon lui, depuis le concert Blues dan jazz au Centre Charles Baudelaire en novembre, il y a une réelle demande du public. Et déjà, le guitariste rêve d?aller encore plus loin. Il rêve d?aligner une formation musicale cosmopolite, représentant les couleurs locales. Raciales et musicales?
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