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Teeluckparsad Callychurn, une vie exemplaire (II)
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Teeluckparsad Callychurn, une vie exemplaire (II)
Voici la seconde partie du rappel de la vie, ?uvre, carrière, dévouement, altruisme exemplaires de feu Teeluckparsad Callychurn, ancien Postmaster General de Maurice, le premier d?origine indienne à accéder à ces suprêmes fonctions mais aussi à avoir gravi un à un les différents échelons hiérarchiques de nos services postaux. Pour rappel, cette chronique s?inspire du filial récit biographique de sa fille, Mme Geeanmatee Ghoorah, que les lecteurs de L?Express retrouveront avec profit dans le livre que Pahlad Ramsurrun consacre à Teeluckparsad Callychurn, une figure de proue de l?Arya Samaj et du Gayasing Ashram (Voir L?Express du 12 décembre 2005).
Cet article nous permet de faire la connaissance de cet enfant des Pamplemousses, dont la famille s?installe au Port Louis après la mort prématurée de son père, un entrepreneur de Beau Plan S.E. Il se lie d?amitié avec les frères Bissoondoyal et parvient à entrer à la poste, au plus bas échelon, celui d?apprenti-postier. L?amitié des frères Bissoondoyal et de leurs cousins Balgobin, tout comme son mariage avec Dhunputteea Goojha (1930) ne durent hélas pas car il perd son épouse sept ans plus tard et Sookdeo Bissoondoyal se brouille avec lui après une dispute concernant la participation active de Sookdeo Balgobin à des rites liturgiques lors des funérailles de Soomer Balgobin. Teeluckparsad Callychurn décide alors de se consacrer à ses activités caritatives et religieuses.
Il s?adonne aussi davantage à son travail. Il est promu Postal Controller. Il passe de ce fait sur la tête d?une douzaine de collègues entrés avant lui à la Poste. Jaloux et envieux manifestent alors de l?amertume. Ces bruits de mécontentement parviennent aux oreilles de Sookdeo Bissoondoyal. Il n?hésite pas à en faire allusion lors d?un meeting public au Champ-de-Mars. Il parle de ceux qui se font bien voir des autorités coloniales et de leurs amis travaillistes pour gravir plus rapidement que les autres les échelons de la fonction publique. Il ne cite pas précisément le nom de Teeluckparsad Callychurn mais la foule se charge de cette triste besogne, en scandant le nom du futur Postmaster General. La presse hostile aux Mauriciens d?origine indienne s?empare de l?incident pour le monter en épingle. MM. Joseph Coralie et Casimir Pologne se déchaînent, dans L?Epée, contre Callychurn. Il prend conseil de Renganaden Seeneevassen qui confirme le caractère diffamatoire de certains articles. Il demande alors au gouvernement central de poursuivre au criminel ces diffamateurs d?un fonctionnaire dans l?exercice de ses fonctions. Il s?agit d?un des rares procès en diffamation que le gouvernement intente à des journalistes au nom d?un de ses employés. Le verdict sera favorable à Callychurn tandis que les journalistes sont condamnés à une peine de prison et que L?Epée cesse de paraître.
Entre-temps, il est promu Deputy Postmaster General. En 1955, il obtient une bourse du gouvernement pour suivre un cours de formation et de perfectionnement à Londres. Il s?inscrit au British Council pour parfaire sa maîtrise en anglais et son élocution. Tout cela ne l?empêche pas de demeurer un des militants les plus actifs de l?Arya Samaj. Il fait aussi partie d?un comité inter-religieux, institué par l?abbé Eugène Dethise. Après la scission entre l?Arya Paropkarini Sabha et l?Arya Pratinidhi Sabha, il devient le président de cette dernière organisation.
A son retour de Londres, en 1956, il est nommé Postmaster General, devenant le premier Mauricien d?origine indienne à l?être mais aussi le premier employé de la Poste à avoir gravi les échelons un à un avant d?être nommé à la tête de ce département. Les deux Mauriciens, à l?avoir précédé, venaient d?autres départements du service civil. Il exercera cette charge suprême en veillant de près au respect des règlements administratifs, ce qui lui vaudra une réputation de rotin bazar.
L?arrivée du Swami Dhruvanand Saraswati marque d?une pierre blanche l?histoire de l?Arya Samaj. Il prend l?initiative de la réunification de cette organisation. Callychurn en devient le secrétaire général. Saraswati lui confie aussi l?administration du Gayasing Ashram car l?état de santé du manager, G. Chuttur, décline. Il en profite pour apporter de notables améliorations dans le fonctionnement de l?hospice. Il commence par remplacer les parties sous tôle et bardeaux par des bâtiments en béton. Il prie ses amis d?offrir des lits et divers équipements à l?hospice. Les dortoirs sont équipés de ventilateurs. Son gendre, le Dr H. Ghoorah, nutritionniste et pédiatre, introduit des menus diététiques et équilibrés. Callychurn met sa voiture à la disposition de l?ashram pour acheter sur place des légumes et des fruits frais aux meilleurs prix. Ils veillent à ce que les orphelines, demandées en mariage, obtiennent les meilleures garanties qui soient. Sa femme et lui s?assurent que rien ne manque à leur trousseau. Le cadeau de mariage est souvent un compte d?épargne substantiellement approvisionné.
Callychurn participe activement à la création du D.A.V. College. En tant que secrétaire du comité organisateur du Maha Sammelan de 1973, il fait montre de talents d?entrepreneur hors pair. Il est la cheville ouvrière des différentes activités. La manifestation, la première d?une telle envergure à se dérouler hors de l?Inde, se révèle un incontestable succès.
Le Dr Ghoorah préside alors aux destinées de l?Arya Samaj. La commission administrative nommée, qui remplace le conseil municipal élu mais dissout au début de 1974 et dont fait partie Teeluckparsad Callychurn, octroie la citoyenneté d?honneur de la Cité de Port-Louis à l?Arya Samaj.
Après son retrait du service civil, M. Callychurn se consacre entièrement au couvent Gayasing. Son voyage en Inde prend l?allure d?une apothéose. De nombreuses réceptions sont organisées en son honneur. Il est partout reçu comme un éminent représentant de l?Arya Samaj de Maurice.
C?est alors que Sookdeo Bissoondoyal lui propose de se joindre à son parti politique, l?Independent Forward Bloc. Il décline l?offre. Le leader de l?IFB exprime ses regrets pour l?incident les ayant séparés précédemment. M. Callychurn a la grandeur d?âme voulue pour les accepter, permettant la réconciliation des inséparables amis de jeunesse.
Sentant décliner ses forces, Teeluckparsad Callychurn prie Deorishi Boolell de le remplacer à la direction de l?hospice Gayasing. De même M. Ramdanee le remplace au secrétariat de l?Arya Samaj. Il est à présent pratiquement confiné dans sa chambre. Il continue toutefois d?être sollicité de toutes parts. De nombreuses personnes veulent être reçues pour bénéficier de ses conseils avisés. Jusqu?à sa mort, il demeure l?ami et le confident de Mohunlall Mohith. Il accepte même d?être le secrétaire de la Fondation que celui-ci crée et qui porte son nom.
Innombrables sont les comités exécutifs dont il a été un des membres les plus actifs. Parmi les principaux d?entre eux, l?on note un comité inter-religieux, le conseil d?administration du collège Saddul, la présidence de l?Office des Marchés Agricoles. Ses nombreuses activités officielles et officieuses lui valent l?octroi de la médaille de l?Impérial Service Order. Les agents de la couronne lui offrent un trophée pour rendre hommage à sa contribution à la promotion de la philatélie universelle.
De son vivant, il paraissait distant et sévère mais sa générosité est sans limite. Il donne volontiers hospitalité à de nombreux adolescents, étudiant dans un collège de la capitale et qui, faute de moyen pour rentrer chez eux chaque soir, logent chez lui. Ce n?est qu?après son décès survenu à la mi-mai 1989 que ses proches prennent connaissance de ses nombreuses, généreuses et régulières contributions à des institutions charitables et religieuses en Inde.
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