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La nouvelle ère
Shakti Yug, l?une des plus belles représentations de l?année. Pour ce grand ballet qu?est Shakti Yug, rien n?a été laissé au hasard. La puissance du texte de Dev Veerahsawmy, l?investissement de chorégraphes passionnés, des costumes magnifiques, signés Mahess Kumar (le costumier de Devdas), une musique intense, une mise en scène époustouflante qui a su maîtriser l?espace de la salle du Centre Vivekananda de Pailles. Le tout offrant près de deux heures de spectacle pour tout ce qu?il fallait d?émotions et d?intensité dramatique.
Au fil de quatre tableaux, quatre vies, quatre souffrances de femmes, mises à nu, mises à mort, malgré leur amour ou leur courage. Tout dans la réalisation, dans la mise en scène de ces portraits au féminin, relève d?un très haut niveau de professionnalisme et d?ingéniosité.
On se souviendra longtemps du sari interminable, vertigineux, de Draupadi, la reine, vendue.
On n?oubliera pas ces silhouettes dansantes projetées sur les murs de côtés de la scène, et toutes ces nuances, projections kaléidoscopiques qui, par les couleurs, les tons, les ombres, forment le décor.
<B>Mélange des genres</B>
On n?oubliera pas l?apparition d?une trinité maléfique et le ballottage de la pauvre Ti Marie, qui n?avait que le malheur de vouloir être juste.
On se souviendra de ces femmes répandant le sang sur des linges blancs, à mesure que l?amour se meure.
On n?oubliera pas l?arrivée héroïque d?une grande guerrière rejoignant son armée, une guerre menée d?épée par cette même Mamzell Zann, que l?on verra plus tard se consumer par le feu, sous les flammes que portent Eva Dalais et Stéphane Bongarçon.
On n?oubliera pas la descente aux enfers, ni le râle rageur de Roméo, mourant dans les bras de sa tendre et dévouée Zilyet.
On n?oubliera sûrement pas le mélange des genres. Hip hop, danse moderne, khatak, toutes les expressions de la danse pour mieux savoir exprimer tous les sentiments, présents à profusion dans Shakti Yug.
Cette union novatrice des styles fait la grande force du spectacle et marque de son empreinte purement mauricienne, la venue d?un nouveau théâtre, fait des bouts d?ici et d?ailleurs.
Un appel à la symbiose dirigé de main de maître par les chorégraphes Sanedhip Bhimjee et Anna Patten, aidés de Eva Dalais et Stéphane Bongarçon.
La conjugaison de ces talents a surtout prouvé que Maurice pouvait créer des spectacles véritablement grandioses. Shakti Yug, c?est une nouvelle manière de concevoir la représentation culturelle. Une culture riche de tous ses héritages et qui prend vie par une vraie création.
Le genre de spectacle qui laissera des traces dans l?histoire culturelle parce qu?il a refusé d?être un banal éventail, ou arc-en-ciel. Les couleurs ont enfin réussi à se mélanger.
Shakti Yug, c?était le spectacle qu?il fallait voir en cette fin d?année. On ne peut que regretter qu?une telle ?uvre, après tous les moyens mis en ?uvre et tous les talents réunis, n?ai pu être présentée au public que deux fois, malgré son immense succès.
<B>Des étoiles plein les yeux</B>
Autour de Shakti Yug, le plus grand et le plus beau spectacle de l?année, l?express samedi vous présente ses coups de c?ur comédies musicales et pièces de théâtre, peu nombreux mais souvent éclatants ou prometteurs.
<B>Moulin Rouge romance French Cancan</B>
La danseuse et chorégraphe Eve Buscaglia s?est laissée envoûtée par le film de Baz Luhrman et a su restituer toute la magie du film sur la scène du Club Med.
Mettant en scène ses élèves de l?école de danse Le Studio, Eve Buscaglia a vu très grand et a poussé ses élèves à leur maximum pour proposer un spectacle quasiment professionnel bien que réalisé par des très jeunes artistes.
Au final Le Moulin Rouge est une réussite, un spectacle très rock et en même temps très léger, un petit conte, féerique et romantique, qui a vu le jour dans un déluge de couleurs, de costumes et de chorégraphies. Les élèves les plus expérimentées nous ont surpris à offrir un show de grande qualité tandis que les petites ballerines de six ans, déguisées en petites fées, ont enchanté le public. Cette année, Eve remplie avec une autre entreprise d?envergure, Simba le Roi Lion.
<B>Carmen
Bohemian Rapsodhy</B>
Toréador, prends garde. L?amour est enfant de bohème. Guy Lagesse a réussi l?adaptation scénique de Carmen, dans le cadre enchanteur du Café du Vieux Conseil à Port-Louis, autour des décors naturels qu?offre cet espace. La fièvre espagnole y a frappé dans le c?ur des amateurs de ce célèbre opéra, riche en sonorités et en couleurs.
Le play-back bien exécuté et mis en scène, s?oublie rapidement pour laisser place aux acteurs, qui jouent, portés par la musique.
Carmen, interprétée par Ingrid Blackburn, a bel et bien charmé son entourage. Tels les fantômes d?une vieille légende franchissant le pas de l?ombre à la lumière, le temps d?une histoire d?amour et de ses victimes.
<B>Théâtre à bien y regarder?</B>
A bien y regarder, malgré toutes les critiques et les manques de moyens donnés aux artistes, le manque de salles et le manque de soutien, l?année théâtrale aura toutefois été riche de représentations de qualités. En début d?année, la fusion océan Indien pour une reprise de l?Architruc de Robert Pinget, mis en scène par le
Réunionnais Ahmed Madani avec les comédiens Eric Isana de la Réunion, et Miselaine Soobraydoo, de Maurice. Un beau et original succès pour cette première collaboration inter-île qui offre surtout la possibilité de rêver à d?autres collaborations et de nouvelles expériences enrichissantes pour nos acteurs.
Echange de bons procédés, la troupe Komiko de Miselaine Soobraydoo invitera le même Eric Isana et sa troupe Téat
La Kour de la Réunion à participer aux Komiko Folies, en milieu d?année. Près de deux mois au théâtre, Miselaine et sa bande de joyeux lurons s?en sont donnés à c?ur joie en proposant au public plusieurs pièces de théâtre.
Un marathon aussi pour la comédienne et metteur en scène qui a enchaîné les spectacles et les projets tout au long de l?année.
Quelques mois plus tard, avec son adaptation très physique du Médecin malgré lui, le Centre dramatique de l?océan Indien (CDOI) a ouvert et marqué de son empreinte le Festival de théâtre de Port-Louis. Un Molière moderne, énergique où le corps traduit autant que les mots les émotions et sentiments des personnages, retravaillés avec force par le metteur en scène Ahmed Madani et la troupe constituée pour la pièce.
Autre temps fort du Festival, la pièce Les Chiommes de la Trup Sapsiway, une ?uvre engagée et saisissante. Les Chiommes, mi-chiens, mi-hommes, sont ces Chagossiens laissés pour compte, privés de leur île et de leur liberté.
La pièce va crescendo et l?on suit avec terreur le point de vue de deux innocents qui se rendent compte que quelque chose se passe autour d?eux et qui croient, jusqu?au bout de leur rêve.
Mais leur vie, leur sort sera décidé par d?autres. Mise en scène sobre et excellents acteurs, Les Chiommes a prouvé que la création mauricienne était bien présente. Une fois par an, mais bien présente.
De retour, une nouvelle fois sur les planches, les Komiko ont aussi fait preuve d?originalité. En présentant Evolisyon, la troupe montre une nouvelle facette des talents qu?elle met en scène.
Les Komiko nous ont maintes fois prouvé qu?ils étaient maître de l?humour, ils nous annoncent aussi qu?ils sont capables de proposer toute une palette de sentiments. Les Komiko se donnent les moyens d?évoluer, sagement et sûrement vers un plus grand théâtre mauricien.
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