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La preuve par trois

31 décembre 2005, 00:00

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Trois Biopic

De la folie, du rêve, un soupçon de génie et quelques mauvais génies. Howard Hughes, l?excentrique multimillionnaire, aviateur et réalisateur à l?âge d?Or d?Hollywood. Aviator est la grande production à l?hollywoodienne du maître Martin Scorsese mettant en vedette un Leonardo di Caprio très inspiré.

Aviator, c?est une plongée dans l?histoire du cinéma et dans l?esprit torturé d?un inventeur ingénieur, séducteur, homme d?affaires visionnaire mais fou.

Avec Ray, le réalisateur Taylor Hackford, offre à Jamie Foxx un rôle sur mesure. Il incarne à l?écran The Genius, Ray Charles. Une ressemblance certaine et une belle performance d?acteur qui lui vaudra l?Oscar. Le film est à la hauteur du génie. Juste et vibrant.

Autre temps, autre univers, mais même esprit créatif. Dans Neverland, Marc Forster se raccroche au c?ur d?enfant qui sommeille en chacun de nous.

La magie prend les traits de Johnny Depp, poétique et touchant.

Il joue le rôle de l?écrivain anglais J.M. Barrie et l?on suit son parcours alors qu?il s?apprête à écrire son chef-d'?uvre, Peter Pan, l?enfant qui ne voulait pas grandir. A regarder ce joli conte, on est heureux de ne pas avoir grandi nous aussi et de se laisser aller à nos émotions et de laisser s?envoler notre imagination.

Trois Nuls

Faut-il vraiment en parler. Les mauvais films, on préfère souvent les oublier. Sauf, quand il s?agit de ratages aussi énormes que le budget qui a été attribué pour les réaliser. De l?argent perdu évidemment. En tête de liste, succédant à Catwoman au palmarès du film le plus nul, Brice de Nice, la comédie Yellow tant attendue.

Jean Dujardin a cassé, mais ça n?est pas passé.

Sorti de sa bande-annonce, le film ne casse pas des briques. C?est faire n?importe quoi sous prétexte d?humour. Même affaire pour les Daltons ou Iznogoud. Il ne fallait pas s?attendre à des chefs-d'?uvre évidemment mais quand même, on est déçu. C?est la bêtise qui se dégage de ses films, des gags plus ou moins drôles, censés remplacer l?histoire. Faire l?idiot passe cinq minutes, pas une heure 30. Souvent, de genre de comédie française n?est qu?un défilé de people, de comédiens comiques, un défilé de personnages certes hauts en couleur mais sans âmes. Une histoire est rajoutée pour justifier le cachet des acteurs. C?est tout.

On a parfois l?impression que les films ne sont plus réalisés que pour produire des bonus à DVD.

Trois frissons

Film d?horreur, film de genre, réalisés de main de maître par des cinéastes spécialistes, inventeur ou du moins amateurs du genre. Dans Open Water, le nouveau venu Chris Kentis réinvente la panique au cinéma avec l?histoire, basée sur des faits réels, de ce couple de touristes partis faire de la plongée sous-marine puis oublié au large.

Très novateur, Open Water a préféré le réalisme intimiste aux grands effets habituels. On se retrouve dans un huis clos dans l?immensité de l?océan avec pour seuls repères, les deux plongeurs à la dérive et une mer de plus en plus sombre.

Avec Land of the Dead, du maître et créateur George Romero. Voici un film de zombie qui ne cherche pas à faire de l?effet mais à surprendre le spectateur par son message. Aux grands effets spéciaux, Romero a préféré faire évoluer les zombies tout en respectant les codes du genre qu?il a créés. Les règles sont aussi suivies dans The Grudge, de Takashi Shimizu. Il signe le remake américain de son film, tout en conservant les règles qui font le succès du courant de film d?horreur japonais. Ces frissons nippons sont très bons. Un vrai bon film d?épouvante.

Trois grands enfants

Les enfants grandissent. On ne leur cache plus les yeux à la vue de fantômes, monstres ou autres.

Aujourd?hui, Disney a fait son chemin et les plus jeunes ont eux aussi droit à leur lot de sensations fortes.

De plus en plus, les films destinés aux jeunes sont extraits de succès de la littérature enfantine. Meilleur exemple, le génial Harry Potter et la Coupe de Feu, sorti la semaine dernière, l?envoûtant Les Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire ou encore le délicieux Charlie et la Chocolaterie.

Ces adaptations ne font pas de cadeaux aux bons sentiments, même si le bien triomphe toujours du mal.

Les épreuves sont toutefois plus dures.

L?avantage c?est que les livres ont pu se permettre plus de liberté et offrir aux jeunes lecteurs des textes plus forts, plus matures. Une maturité que commence à avoir le cinéma.

Trois styles différents. Les enfants et les ados ont leurs chefs-d'?uvre.

On ne prend plus les enfants pour des enfants de c?ur et on leur montre de vrais héros, des ados, des enfants qui comme eux ont des espoirs, des doutes, des peurs. Des héros qui grandissent en même tant qu?eux. Des héros qui leur ressemblent souvent.

Trois batailles contre le mal

Le monde et l?univers ont livré bataille cette année. La guerre entre le bien et le mal a commencé. Recommencé.

Premier rendez-vous, l?opéra de l?espace épique de George Lucas. Bouclée est enfin la boucle avec son Star Wars Revenge of The Siths. Le monde aura attendu trente ans pour comprendre la chute d?un héros devenu le plus grand méchant de l?histoire du cinéma.

La chute d?un héros n?est jamais belle à voir, mais dans la Revanche des Siths, c?est une réussite et un plaisir. C?est fort, d?une très grande intensité, tantôt technique, tantôt dramatique et la Revanche des Sith peut compter parmi les meilleurs de l?immense saga.

Autre héros sombre à faire son grand retour au cinéma après deux bides, Batman.

Au commencement, Christopher Nolan le réalisateur a voulu recentrer son héros. C?est son histoire qui décidera de l?action.

L?heure est venue de rendre à Batman ses angoisses et sa force incroyable nées de la culpabilité et d?un désir de vengeance, de comprendre que ses peurs font sa volonté et sa force de justicier. Pas de surenchère mais un retour aux sources du Mal et la naissance du Bien.

Steven Spielberg est aussi entré en guerre, mais bien loin du Soldat Ryan pour une autre de ses passions, les extra-terrestres. Or, dans La Guerre des Mondes, E.T. est un psychopathe. Les envahisseurs détruisent la Terre jusqu?à ne plus pouvoir nous supporter. Un bon film d?action, avec aux commandes, un maître au style noir assez surprenant et dans le rôle principal, le Scientologue hero Tom Cruise. Comme avec Batman, la Guerre des Mondes regorge d?actions et d?intensité mais joue aussi beaucoup sur la peur.

Trois ciné manqués

Il n?a fallu en choisir que trois mais on pourrait en citer bien d?autres. Au cours de l?année, le public mauricien n?aura pas pu voir de nombreux très grands films, couronnés de succès publics et critiques. Des films qui auraient pu faire des entrées vu leur succès à l?étranger et vu la qualité des films. Mais rien.

Premier grand regret, Million Dollar Baby, le film de l?année pour quasiment toutes les rédactions du monde. Oscar du meilleur film, meilleur réalisateur, meilleure actrice et meilleur second rôle. C?est le film qu?il fallait voir, surtout au cinéma pour les coups de poings qu?il met en scène. Le film qui vous met K.O. ne s?est pas présenté au combat

Autre ratage, La Marche de l?Empereur, documentaire certes, mais chef-d'?uvre de l?année. Il est rare que des pingouins fassent des millions d?entrées. Mais le film de Luc Jacquet, porté par la musique d?Emilie Simon, est un vrai bijou.

C?est l?art du reportage, le savoir-faire technique et la passion qui ont permis de tourner ce documentaire unique et très révélateur. Une image d?une grande qualité photographie révèle mille couleurs venues du pays des glaces et prêtes à vous émouvoir, à vous faire pleurer, rire. Le bonheur.

Autre grand regret, Match Point, le retour gagnant de Woody Allen. Voilà bien quelques années que la critique n?avait pas soutenu son film annuel. Dans Match Point, il a trouvé une nouvelle muse, la magnifique et sculpturale star Scarlett Johansson. Les dialogues fusent aussi vite que les balles de tennis dans cette intelligente comédie anglaise, où Woody retrouve son style et sa force et des acteurs formidables. La relève ?

Sans vouloir en rajouter, on aura aussi raté des films tels que Last Days, Before Sunset, Broken Flowers, Collision, Le crime parfait, Vera Drake, Rize, La Vie Aquatique, ? et encore bien d?autres. Godard certes n?est pas certain de faire des entrées à l?Ile Maurice, mais d?autres productions, étonnantes et couronnées de succès auraient bien mérité une petite semaine d?exploitation.

Trois surprises

Dans le genre surprise, on aura été séduit par des contre-emplois et des films simples, doux et intelligents. On pense tout d?abord à Eternal Sunshine of the Spotless Mind, de Michel Gondry. Une histoire d?amour et d?amnésie volontaire qui met en scène un discret Jim Carrey et une Kate Winslet excentrique dont les cheveux se décolorent au fil des sentiments. Le film est aussi beau et incompréhensible que son titre. Mais on se laisse volontiers charmer par cette histoire d?amour unique et onirique.

Autre contre emploi aussi pour le comédien José Garcia dans le Couperet, de Costa Gavras. Il incarne un cadre supérieur licencié, prêt à tout pour récupérer un emploi ou du moins empêcher d?autres de l?avoir. Une horreur politique et économique très noire et très bien jouée par José Garcia, plus habitué à des rôles comiques. Il se révèle ici intriguant et profond, clinique et très efficace, particulièrement devant la caméra du maître.

Troisième surprise, Sideways de Alexander Payne. Une histoire banale, des acteurs inconnus ou pas à la mode devenue fable contemporaine légère et jubilatoire pour un très grand succès critique et un certain soutien public qui a très bon goût.

La virée, tournée des grands crus va changer la vie des personnages. C?est l?heure des mises au point, servies avec du bon vin.

Délectable.

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