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Deux détenus décident de faire la loi
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Deux détenus décident de faire la loi
La prison centrale a connu une nuit pour le moins mouvementée de jeudi à vendredi. Deux détenus ont essayé de faire du chantage à l?administration pénitentiaire. Résultat : les membres de la Prison Security Squad (PPS) ont dû user de la force. Entre-temps, les prisonniers et l?administration se désignent mutuellement : chacun accuse l?autre d?avoir mis le feu à une cellule.
Un récidiviste notoire, Désiré Pillay, connu sous le sobriquet de Boulon, se trouve dans le punishment block depuis deux semaines. Il a été puni après avoir pris en otage un détenu indien, avec l?aide d?un autre récidiviste, nommé Aza, alors que l?Indien se rendait aux toilettes. Les deux récivisites ont demandé Rs 2 000 au détenu étranger pour qu?ils ne lui tranchent pas la gorge. Ils possédaient un couteau. «C?est commun de nos jours», soupire un gardien.
L?Indien parvient à s?échapper et rapporte l?incident, Pillay est puni et Aza est envoyé à la Bastille. «Pillay ne peut être envoyé à la Bastille parce que ses amis sont là-bas et on ne peut pas les contrôler quand ils sont ensemble», explique un haut gradé de la prison.
Mercredi, Pillay reçoit la visite de sa famille. Il demande aux autorités qu?on ne lui mette pas de menottes parce qu?il ne voulait pas que ses proches le voient ainsi. «Nous avons accédé à sa demande par compassion», raconte une source à la prison.
Mais? Pillay en profite pour se sauver et se met à courir dans le yard. Pour être sûr qu?on ne l?arrête pas, il se taille le poignet (il est infecté du virus HIV) et menace de contaminer les officiers. Ces derniers hésitent, effectivement. Pillay est rejoint par Robin Lafleur (le frère de Wendy Lafleur, autre récidiviste et fils d?Eden François, tous trois incarcérés), qui était à l?hôpital de la prison pour des soins. Les deux hommes se sauvent et vont se cacher parmi à peu près 1 000 autres détenus qui se trouvent à ce moment dans la cour de la prison.
«C?était impossible de les capturer car on ne peut pas créer de panique parmi 1000 prisonniers. Imaginez les conséquences !» explique un officier de la prison. A l?heure du lock up, les deux hommes s?enferment dans une cellule et refusent d?ouvrir la porte aux officiers qui leur demandent d?être raisonnables. Les deux prisonniers voulaient passer le réveillon à Beau-Bassin. De guerre lasse, les officiers de la prison baissent les bras. Pour le plus grand plaisir des deux compères.
Meme scénario le lendemain, jeudi. «Ils ont couru pour aller rejoindre les autres détenus, sachant très bien que nous ne pouvions agir sans paniquer les autres.» Le soir, c?est la même histoire : les détenus refusent d?obtempérer à l?ordre des gardes-chiourmes. C?est ainsi que les autorités décident de passer à l?offensive et appellent les PPS. Munis de machettes, ils décident d?enfoncer la porte de la cellule (en bois). D?après les témoignages de trois détenus, «tout le monde s?est mis à crier et les PSS étaient cagoulés, munis de gaz lacrimogène et de matraques». Pris de panique, les deux compères mettent le feu à leur cellule. Tout le brouhaha amuse les autres détenus (500 à peu près) du bloc A. Certains en profitent même pour appeler les salles de rédaction, pour raconter leur version de l?histoire.
<B>Enquête ouverte</B>
Les membres de la PSS se sont servis du gaz lacrimogène pour calmer les détenus affirme un officier de la prison. Mais d?après un prisonnier, ce sont les PSS qui ont mis le feu à la cellule. Ce que récuse fortement l?administration pénitentiaire. «De hauts gradés étaient présents, cela ne s?est pas passé ainsi. Cela aurait été suicidaire pour des officiers de la prison de mettre le feu à une cellule», dit Jacques Henri, commissaire des prisons par intérim en l?absence de Bill Duff, en vacances en Australie.
Même son de cloche du côté d?autres gardes-chiourme : «Cela ne s?est pas passé ainsi. Il y a eu un incendie certes, mais c?est Pillay qui a mis le feu.» Un autre gardien déclare : «Ou krwar prizonie, ou ? Zot la pou fer dezord.» Un détenu persiste et signe : «monn trouvé mo dir ou.»
Toujours est-il qu?une plainte a été déposée à la police et une enquête a été ouverte. Pillay (qui a causé tellement de désordre à la New Wing et ne peut y être renvoyé) a été renvoyé dans sa punishment cell et Lafleur à Phoenix.
Si l?incident a amusé les détenus, toujours en quête de moments forts, l?administration pénitentiaire, elle, n?a qu?un souhait : «que la fête de fin d?année se déroule dans le calme».
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