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Le SOS des villages
par l?equipe de "Région"
Centre-de-Flacq, un mercredi, jour de foire. Le tintamarre des klaxons de nombreux taxis, des poids-lourds transportant des marchandises et les cris des maraîchers et des marchands ambulants pour attirer l?attention des clients vont crescendo. L?artère principale, qui traverse le centre du village, est bloquée sur 300 mètres environ.
A proximité de la caserne des pompiers, ça coince. Des taxis font la queue pour accéder à leur place. Une centaine de mètres plus loin, la situation est presque identique. Des voitures sortant de la route circulaire (qui passe à l?arrière du champ de foire) provoquent un autre embouteillage à hauteur du Kentucky Fried Chicken.
«Il n?y a pas de solution miracle pour décongestionner le trafic à Flacq. Imaginez-vous, pas moins de 2 000 taxis viennent dans ce village, en particulier les mercredis et les vendredis. On y trouve ceux de Rivière-du-Rempart, Goodlands, Poste-de-Flacq, Camp-Ithier, Trou-d?Eau-Douce, Lallmatie, Bon-Accueil et j?en passe», explique Kreshna Foollee, président de l?Association des chauffeurs de taxis de l?Est, qui opère à Centre-de-Flacq depuis neuf ans.
C?est l?anarchie
Il estime que la décision du gouvernement d?accorder le transport gratuit aux étudiants et aux personnes du troisième âge a également contribué à aggraver la situation. «Auparavant, les chauffeurs de taxi n?avaient pas à attendre trop longtemps à Centre-de-Flacq pour faire le plein de clients. Mais aujourd?hui, ils doivent patienter longtemps avant de retourner dans leur localité. Je viens de Camp-Ithier et je dois attendre au moins 90 minutes pour avoir des clients. C?est trop long. Evidemment, une telle situation contribue à augmenter considérablement le trafic.»
La construction d?un nouveau Traffic Centre ayant coûté Rs 75 millions et d?une route circulaire, qui passe à proximité de la caserne des pompiers et à l?arrière du stade Auguste Vollaire et du champ de foire, n?a pas servi à grand-chose. Les autobus ont été déplacés, mais l?ancienne gare a été transformée en un immense parking pour taxis ainsi que poids-lourds et fourgonnettes appartenant aux marchands. Depuis, c?est l?anarchie.
Prakash Bhunsee, ancien président du conseil de districts de Moka-Flacq et conseiller de Centre-de-Flacq depuis 1989, a été l?un des premiers à tirer la sonnette d?alarme sur la saturation du trafic à Flacq. «La congestion routière dans le centre du village n?est pas récente. En fait, depuis 1980, on a les signes précurseurs d?une situation ingérable. Lorsque je suis devenu conseiller, j?ai attiré l?attention des autorités.»
Le conseiller attribue également cette situation à l?accroissement du parc automobile et du nombre de chauffeurs de taxi ainsi qu?à la présence de la foire.
«Pour alléger le trafic, il faut déplacer la foire et la caserne des pompiers. La route circulaire n?a pu résoudre le problème parce qu?il y a un goulet d?étranglement à proximité du Kentucky Fried Chicken.»
La solution serait que la Traffic Management Unit revoie le système de signalisation à Flacq.
«Les feux de signalisation à Boulet-Rouge et Camp-Gareau, par exemple, ralentissent la circulation et contribuent aux embouteillages.»
Autre facteur qui, selon lui, aggrave la situation : 50 % des maraîchers ? environ un millier ? possèdent des véhicules, dont des poids-lourds pour transporter leurs légumes. Ceux qui ne sont pas propriétaires de véhicules en louent pour le transport de leurs marchandises. A Lallmatie, autre grosse agglomération de l?Est, le trafic est saturé les jours de foire. Les véhicules sont garés le long de la route Royale, ce qui obstrue la circulation. De plus, aucune aire de stationnement n?est prévue pour les autobus, les arrêts étant placés en bordure de route.
Dans le Nord, la situation est chaotique à Goodlands. A Triolet, c?est beaucoup plus l?absence de parkings et le manque de lay-by pour autobus qui occasionnent les embouteillages. A Rivière-du-Rempart, la situation n?est pas aussi compliquée. Néanmoins, des mesures devraient être prises rapidement pour que ce village ne ressemble pas aux deux autres.
C?est un véritable casse-tête pour les automobilistes qui circulent à Goodlands, considéré comme la capitale du Nord. On prend davantage de temps pour effectuer le tronçon entre le stade Mapou Léclézio et le supermarché Winners. Mohunparsad Tulsidas, secrétaire de la société coopérative des autobus, explique qu?autrefois, un autobus prenait entre dix à quinze minutes pour faire ce trajet. Maintenant, il lui faut entre 25 et 30 minutes.
Jours de foire, jours d?enfer
Il affirme que la flotte d?autobus à Goodlands a presque doublé durant ces huit dernières années. Le nombre d?autobus desservant la ligne 21 (Goodlands-Port-Louis via l?hôpital du Nord) est passé de 40 à 62. Sur la route 22 (Port-Louis-Goodlands via Pamplemousses), une dizaine d?autobus additionnels sont en circulation. D?autres autobus venant de Flacq, de Rivière-du-Rempart et de Triolet desservent également le village.
Le parc automobile a également connu une hausse importante. Il est pratiquement impossible de trouver une aire de stationnement dans ce village. Les entrées des routes latérales sont aussi prises d?assaut par les taxis. Autre problème évoqué par Mohunparsad Tulsidas : de nombreux magasins installent des étagères à même les trottoirs pour mettre en vente leurs produits. Ce qui contraint souvent les piétons à marcher sur l?asphalte.
Comme solution, il propose la construction immédiate d?une route circulaire. «Il y avait un projet pour la construction d?une route circulaire du stade de Mapou Leclézio à St-Antoine. Sept ans de cela, le coût du projet était estimé à Rs 60 millions. Mais aujourd?hui, il faut trouver Rs 300 millions.» Si une route circulaire est construite, la route Royale pourrait être décrétée à sens unique. Il suggère que les voies d?accès (au nombre de quinze) soient également à sens unique. Il réclame l?aménagement de parkings pour les taxis à différents endroits du village. De plus, il trouve impératif que la route soit marquée par des doubles lignes jaunes à la hauteur du poste de police.
A Triolet, c?est l?absence de lay-by aux 15 arrêts d?autobus entre Solitude et le terminus qui fait défaut. Les automobilistes doivent souvent attendre derrière l?autobus en stationnement car le flot des véhicules est continuel en sens inverse.
Lecknarain Gokhool, Traffic Controller à Triolet Bus Service, déplore que de nombreux commerces n?aient pas de parking. A côté du supermarché Winners, dit-il, de gros transporteurs débarquent souvent leurs marchandises.
Lecknarain Gokhool estime que le trajet par autobus entre Solitude et le terminus de Triolet est passé de 10 minutes à 20 minutes actuellement. Il propose aux autorités de relancer le projet de construction d?une artère parallèle à la route Royale, entre Moulin-à-Poudre et 9e mile, Triolet. Ce projet date de six années. La situation est moins inquiétante à Rivière-du-Rempart. Toutefois, un des anciens du village, Freddy Pursun, suggère aux autorités de prolonger la Railway Road afin d?alléger le trafic à la route Shoenfeld. Celle-ci, étroite, pourrait être décrétée à sens unique afin de remédier aux bouchons.
Dans le Sud, la foire les mercredis et les dimanches à Rose-Belle est cause d?embouteillage. Selon des chauffeurs de taxi, lorsqu?il y a une urgence pour transporter un malade à l?hôpital du village, ils ont toutes les peines du monde à se frayer un passage sur la route Royale. A Chemin-Grenier, la route Royale est trop étroite et deux poids-lourds venant en sens inverse n?arrivent pas à passer. Michel Chong Fooyuen, qui vient d?être élu conseiller, précise que le problème de congestion routière affecte le village depuis plusieurs années. «Avec l?accroissement du parc automobile, il faut élaborer un plan de réaménagement pour créer plus d?espace pour les véhicules. Au cas contraire, cette situation ira en s?empirant.»
Le chef inspecteur Ben Buntipilly, responsable de la SOS Road Safety Unit, attribue, lui aussi, cette situation à l?augmentation du nombre de véhicules. Il confirme qu?aucune étude n?a été faite dans les villages sur la congestion routière. Du côté de la Traffic Management Unit également, on ne dispose pas des statistiques sur le nombre de véhicules traversant ces villages.
Flic-en-Flac : une solution à sens unique
Le problème se pose surtout dans le centre du village. Les véhicules, exception faite des taxis qui ont leur parking près de la succursale de la MCB, se garent carrément sur le trottoir.
Il suffit d?un seul véhicule en stationnement sur la route étroite pour que toute une file de voitures reste bloquée. Et quand il s?agit d?un 4 x 4 ou d?un camion, c?est la catastrophe parce qu?ils prennent les trois-quarts du chemin. La situation se corse évidemment le samedi et le dimanche, où cela devient l?anarchie. Du côté de la plage, les conducteurs ne se gênent pas. Ils s?arrêtent au beau milieu de la route quand pour embarquer des passagers ou laisser descendre quelqu?un. Il en est ainsi tout le long de cette route littorale, avec des véhicules garés n?importe comment. A cause de la foule qui converge vers cette plage les week-ends, le danger de heurter un de ces nombreux pique-niqueurs est multiplié par dix. On roule alors très, très lentement, car à n?importe quel moment un enfant ou un estivant plus ou moins sobre peut émerger des filaos pour traverser la route.
Pour y mettre bon ordre, la solution serait de décréter, seulement pendant les week-ends, la route principale sens unique pour les véhicules quittant les abords de la plage. Il faudrait ainsi les faire passer par les autres rues latérales du morcellement de Chazal et Bismick pour déboucher sur les feux près du complexe Nénuphar. Une espèce de «ring road», en fait. Cette solution dégagerait le centre ville et permettrait une circulation plus aisée à ceux qui se rendent sur la plage publique. Surtout quand on sait qu?il y a au moins cinq grands hôtels entre le Pearl Beach et Wolmar et qu?il y a un va-et-vient de bus qui y emmènent les touristes de jour comme de nuit, on peut dès lors avoir une idée de la densité de la circulation. Alors, fera-t-on diligence ?
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