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S?armer contre notre vulnérabilité
par Guillaume GOUGES
Le tribut payé en vies humaines et en pertes économiques s?est encore alourdi cette année. En effet, les vagues géantes du tsunami ont fait plus de 230 000 victimes. Les catastrophes naturelles ? grippe aviaire, tsunami et tremblements de terre ? qui ont frappé de nombreux pays dans le monde, ont eu des conséquences désastreuses. Ce, malgré les efforts déployés par les gouvernements et les organisations internationales pour les prévenir.
A Maurice comme ailleurs, les menaces se font plus précises. L?état d?alerte a été déclenché. Fort du soutien de la communauté internationale, les autorités se sont mises en branle, des comités institués, des procédures établies, des mesures prises. Serions-nous préparés si de telles catastrophes arrivaient sur notre sol ?
La grippe aviaire nous guette. Partie d?Asie, la grippe du poulet menace aujourd?hui le monde. Si le virus subissait une mutation et se transmettait d?homme à homme, il pourrait faire, selon les experts de l?Organisation mondiale de la Santé (OMS), entre 5 et 150 millions de victimes à travers le monde. Une dizaine de pays ont été touchés par cette épizootie à ce jour. Devant ces chiffres plus qu?effrayants, les autorités mauriciennes n?ont pas attendu pour réagir.
Un comité national, présidé par Lewis Prayag, chef vétérinaire au ministère de l?Agriculture, a été mis sur pied pour plancher sur l?élaboration de la prévention. Ce comité, regroupant plusieurs ministères (Santé, Agriculture et Environnement) ainsi que des éleveurs locaux, se réunit une fois par semaine pour évaluer la situation. «Nous nous concertons afin de mieux coordonner nos différents services sur le terrain. Ceux-ci doivent s?assurer que les mesures soient prises à tous les niveaux pour réduire les risques d?apparition du virus à Maurice,» explique un membre du comité.
Bien que conscients que le risque zéro n?existe pas, tous soulignent qu?une série de mesures a été enclenchée pour prévenir toute catastrophe chez nous. Le ministère de la Santé a ainsi fait une requête auprès de l?organisation des Nations Unies pour l?Alimentation et l?Agriculture (FAO) pour inclure Maurice dans son programme d?assistance aux pays d?Afrique de l?Est. Cela, dans le but de renforcer la surveillance pour prévenir tout risque d?apparition de grippe aviaire sur le sol mauricien.
Les prescriptions de l?OMC pas respectées
Vecteurs de la maladie, les oiseaux migrateurs peuvent représenter une menace pour Maurice. De ce fait, l?estuaire de Terre-Rouge, qui constitue une réserve naturelle pour ces oiseaux de passage, a été placé sous étroite surveillance par le service vétérinaire du ministère de l?Agriculture. Des officiers s?y rendent régulièrement pour y effectuer des prélèvements aux fins d?analyses. Ces mesures s?avèrent nécessaires même si, selon certains officiers, il est peu probable que des oiseaux infectés puissent parcourir d?aussi longues distances.
Les éleveurs de poulets locaux, mais aussi de porc, assurent les officiers du service vétérinaire, font également l?objet d?une surveillance accrue. Là encore, des prélèvements sont effectués à intervalles réguliers. «Ces analyses, qui sont effectuées régulièrement, nous permettront de savoir instantanément si la grippe aviaire a atteint Maurice afin de prendre des actions dans les plus brefs délais» , explique Lewis Prayag.
D?autres mesures, explique-t-il, ont été prises au port et à l?aéroport. Des lacunes subsistent toutefois dans le contrôle des voyageurs en provenance des pays où le virus de la grippe aviaire a été détecté. Les officiers du service de l?immigration ne se bornent en effet qu?à poser quelques questions sur d?éventuels symptômes que pourraient ressentir les passagers en provenance d?un des dix pays touchés par l?épizootie. Aucun suivi particulier n?est effectué auprès d?eux pour parer au cas où la maladie ferait son apparition au cours de leur séjour dans l?île. Ce genre de lacune pourrait avoir des conséquences dramatiques.
Les procédures à suivre, au cas où un foyer d?infection serait découvert, ont déjà été identifiées. La zone infectée, explique le chef vétérinaire, sera immédiatement placée en quarantaine, et un cordon sanitaire installé dans un rayon de trois kilomètres. Toute personne ayant été en contact avec le virus sera immédiatement isolée, bénéficiera des soins nécessaires et sera placée sous observation.
Les autorités affirment également pouvoir distribuer le Tamiflu dans les 24 heures suivant la découverte du premier cas de grippe aviaire. On peut cependant en douter quand on sait que le ministère de la Santé ne dispose que d?un millier de doses en stock alors que les recommandations de l?OMS sont que le nombre de doses stockées doit permettre de traiter un quart de la population. «Il est clair que si cette maladie faisait son apparition maintenant à Maurice, les autorités seraient incapables de fournir les traitements nécessaires à la population», reconnaît un officier de ce ministère. Afin de se conformer aux instructions de l?OMS, le ministère de la Santé a fait provision de Rs 75 millions pour acquérir 300 000 doses de Tamiflu supplémentaires. L?efficacité de cet antiviral, fabriqué par le laboratoire pharmaceutique Roche, reste encore à être prouvée. En fait, des doutes subsistent quant à l?efficacité du Tamiflu après le récent décès de deux personnes victimes de la grippe aviaire, même après avoir pris ce puissant anti-viral.
Mais la menace vient aussi de la mer. Nous avons tous encore à l?esprit les images des vagues destructrices qui ont ravagé l?Asie du sud-est l?année dernière. Un an après cette catastrophe, les pays touchés peinent toujours à se remettre sur pied. Ce triste épisode a mis en avant les failles de nombreux pays à prévenir une telle tragédie. Et Maurice ne fait pas exception. Il est donc urgent de mettre en place des systèmes d?alertes rapide et d?employer les technologies de communication de manière plus efficace pour diffuser les alertes en cas de catastrophe imminente.
«Nous devons promouvoir une culture de la prévention des catastrophes, qui permette d?anticiper les événements, au lieu de nous contenter de réagir a posteriori. La connaissance rétrospective vient toujours trop tard ; la prévoyance peut sauver des milliers de vies.» Ces propos de Koïchiro Matsuura, directeur général de l?Unesco, prononcés à l?occasion de la Journée internationale de la prévention des catastrophes naturelles le 12 octobre dernier, sont aujourd?hui plus que jamais d?actualité. Il est donc nécessaire de mobiliser les connaissances scientifiques et le savoir-faire technologique pour renforcer les mesures visant à atténuer les effets des catastrophes.
Maurice, comme de nombreuses îles vulnérables, s?est dotée, depuis le mois de mars, d?un système d?alerte permettant de savoir, dès qu?un séisme a lieu, si un tsunami se dirige vers notre île. L?objectif de ce système d?alerte est en effet de réduire le temps de réaction des autorités qui peuvent ainsi évacuer les populations sans perdre de temps. «Cet outil nous permettra à coup sûr de limiter le nombre de victimes si jamais un tsunami balayait nos côtes», laisse entendre le responsable de la station météorologique de Vacoas, Sok Appadu. Une carte préliminaire, fait-il ressortir, indiquant les sites vulnérables a été réalisée. Ces sites, laisse entendre un membre du comité chargé de réaliser la carte, rassemblent essentiellement les villages côtiers situés sur les côtes est et nord-est de l?île. Quelques modifications seront toutefois apportées avant qu?elle ne soit rendue public.
Deux heures pour évacuer
L?alerte, explique Sok Appadu, sera immédiatement donnée par la police. Des véhicules, toutes sirènes hurlantes, patrouilleront dans les zones menacées par le tsunami afin d?alerter la population. D?autres véhicules, équipés, eux, de haut-parleurs, permettront de transmettre des consignes aux personnes évacuées. L?alerte, si elle fonctionne correctement, laissera un peu plus de deux heures aux populations concernées pour quitter leurs habitations et trouver refuge dans des centres sociaux. «Il n?y a aucun moyen d?éviter une telle catastrophe, mais nous pouvons au moins tout mettre en ?uvre pour limiter au maximum les dégâts», souligne le responsable de la station météorologique de Vacoas. En effet, si un système d?alerte avancé n?évitera jamais des destructions matérielles, il permettra néanmoins de réduire les pertes humaines.
Certains observateurs avancent cependant qu?il est nécessaire d?effectuer un test grandeur nature pour s?assurer du bon fonctionnement de ce système d?alerte. «De nombreux pays effectuent des drills régulièrement, non seulement pour se tenir prêt, mais aussi pour rappeler aux populations les procédures à suivre», souligne-t-il. Et d?ajouter que ce n?est que de cette façon que les autorités pourront espérer agir efficacement et ainsi sauver des vies.
Maurice commence, face à ces deux catastrophes qui nous menacent plus directement, à se doter des systèmes nécessaires même si certaines lacunes subsistent encore. En tout cas en théorie. «Il ne nous reste plus qu?à croiser les doigts pour que nous n?ayons jamais à appliquer ces mesures,» lâche un officier engagé dans la prévention des catastrophes.
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