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Presse sous pressions?

29 décembre 2005, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Nad SIVARAMEN

Imaginez une presse sans papier? Hier, une utopie, aujourd?hui, une réalité. A l?échelle mondiale, la diffusion payante des journaux baisse d?année en année dans les kiosques ? la chute aura été d?environ 3 % pour 2005. Trois fleurons de la presse mondiale, subissant de plein fouet cette baisse, se réajustent actuellement : le groupe Time annonce la suppression de 105 postes, tandis que le Los Angeles Times renonce à son édition nationale. En France, la direction du quotidien Liberation entend supprimer une cinquantaine de postes apres avoir perdu plus de 20 000 lecteurs. A Maurice, la presse écrite, davantage peut-être que d?autres secteurs, broiera inmmanquablement du noir en 2006.

Aux causes connues affectant nombre d?entreprises industrielles, dont l?effet domino de la crise du petrole, vient se greffer celle du papier (de plus en plus rare et cher sur le marché). A cette cause, effet impressionnant : Internet compte aujourd?hui plus de 70 millions de sites «journalistiques» ! Qui ne peut donc publier son journal selon les procédés de l?ère Guttenberg, le fait, à bien moindres frais, avec la bénédiction d?Internet, sous forme de surprenants blogs. A titre d?exemple, les journalistes en grève de Liberation ont tout de suite lancé le leur pour leurs lecteurs ? et pour leurs revendications.

Ces blogs (abbréviation de weblogs) sont de véritables carnets de bord personnels, mélangeant volontiers informations et opinions. Ils sont placés sur la toile au moyen de simples logiciels. Face à ce nouveau phénomène, les journaux classiques ont réagi en investissant eux-aussi le Net afin de suivre leurs lecteurs. Aujourd?hui , 79 % des journaux classiques ont leur édition en ligne. A Maurice, trois quotidiens et cinq hebdomadaires s?affichent sur le Net. Et cette présence virtuelle n?a pas diminué leurs chiffres de vente, mais a, au contraire, augmenté leur nombre de lecteurs ; la petite diaspora mauricienne se connectant aux «nouvelles péi». Cette présence sur Internet est par ailleurs une assurance sécurité eu égard à l?avenir inquiétant du newsprint.

Le journal est d?abord et avant tout un produit ? en papier - qu?il faut vendre au sein d?un marché de plus en plus compétitif, de plus en plus dur. Les coûts de fabrication grimpent : le prix du papier journal a connu une hausse de plus de 30 % durant cette année. Les chances d?un retour à la normale sont quasi-inexistantes.

Face à une demande grandissante des géants chinois et indien, couplée à une consommation domestique en hausse de l?Afrique du Sud (notre traditionnelle source d?approvisionnement), les importateurs locaux prospectent d?autres marchés.

« Nous vivons une crise réelle. Et il nous faire preuve d?imagination et de rigueur pour amortir les coûts », explique Jean-Claude de L?Estrac, directeur général du groupe La Sentinelle. Un autre directeur de presse préfère rencontrer d?autres confrères avant de prendre une position officielle. Certains directeurs de journaux, à plus faible tirage, se disent «concernés», même s?ils avouent que «nous serons moins touchés que les titres à fort tirage, mais une éventuelle hausse du prix de vente n?est pas à écarter si les coûts de production augmentent », comme l?avance Farhad Ramjaun, directeur d?Impact News.

En attendant, pour suppléer à l?Afrique du Sud, le newsprint est importé de l?Indonésie, de la Russie. Mais ce papier est plus cher et le frêt nettement plus coûteux?

En principe, la presse se doit de pouvoir compter sur des approvisionnements en papier qui soient suffisants, sécurisés et inscrits dans le long terme. C?est une condition vitale pour garantir une politique rédactionnelle de nature à satisfaire et fidéliser les lecteurs, par ailleurs exposés à une profusion d?informations en temps réel par d?autres médias.

«Un approvisionnement suffisant assure un développement pérenne (?) c?est un impératif quant au développement du marché publicitaire et de la participation de la presse écrite à celui-ci», souligne, à juste titre, la Société professionnelle des papiers de presse, dans une récente communication aux éditeurs et papetiers européens.

Pour survivre aujourd?hui, les journaux, à travers le monde, font appel aux mêmes techniques de marketing que les publicitaires. Le métier de journalisme évolue dans un cadre qui se structure.

A l?intérieur d?une salle de rédaction, par exemple, la profession se diversifie de plus en plus : traitement de l?information par une rédaction réorganisée (secrétaires de rédaction, chef d?édition, responsable de desk).

La forme du journal change également. Les grands formats, comme ceux des principaux quotidiens de Maurice, sont de moins en moins visibles dans les kiosques à l?étranger. Des tabloïds, moins coûteux (en termes de papier, encre, impression) sont privilégiés. La presse devient plus « magazine ». Les maquettes sont soigneusement relookées et des suppléments thématiques sont lancés, suivant les préférences notées par des sondeurs. Et cela marche : en France, alors que Liberation est en chute libre, le magazine Capital enregistre une forte croissance. Le numéro de septembre 2005 s'est écoulé à plus de 509 000 exemplaires, un record depuis le lancement du titre en 1991.

Durant ces derniers temps à Maurice, La Sentinelle et Le Mauricien, les deux plus importants groupes de presse, ont investi lourdement pour se moderniser, pour s?afficher à l?ère du temps difficile. Le journalisme est une activité condamnée à se transformer en permanence, en s?adaptant à un environnement qui évolue. Il mobilise des capitaux de plus en plus importants. Et il s?exerce dans un ensemble de contraintes mondialisées.

Les journaux qui, en raison de leur faible tirage et part de lectorat, ne font pas recettes, ne pourront plus compter sur la publicité gouvernementale (par ailleurs distribuée inégalement et des fois sans pudeur en fonction de la proximité avec les partis politiques, au détriment d?une publication logique qui toucherait le plus grand nombre). Harish Boodhoo et son journal Sunday Vani l?auront appris a leurs dépens...

La crise du papier, qui affecte de plein fouet Maurice, en raison de notre marché restreint, provoquera, en 2006, des réajustements structurels. Et dans cet environnement économique mondial, dominé par la finance et l?information, la presse mauricienne, dans sa diversité, se retrouve face à une menace commune...

Code d?éthique pour bientôt

La pression peut aussi être politique. Le Premier ministre n?a pas été tendre envers la presse en cette fin d?année 2005. Fâché après la malencontreuse publication d?une rumeur, non confirmée, faisant état d?un « accident impliquant une personnalité », il a réagi en brandissant des menaces de contrôle plus strict de l?activité journalistique.

Le mode de régulation fait toujours débat au sein de la presse mauricienne, surtout après les menaces des politiques. Mais les différents journaux mauriciens ne sont pas sur la même longueur d?ondes. Le groupe La Sentinelle s?est toujours prononcé pour un code d?éthique fait par et pour l?ensemble de la profession. Mais d?autres journaux estiment que la presse est suffisamment responsable et qu?il existe déjà, dans les codes civil et pénal, des lois (sur la diffamation, la sédition, la publication de fausses nouvelles) qui définissent les paramètres dans lesquels la presse doit fonctionner?

En attendant un éventuel consensus au sein de la presse sur un mode de régulation, le groupe La Sentinelle a déjà élaboré son propre code d?éthique, qui s?applique à l?ensemble de ses publications.

Ce code, préparé par un collectif de journalistes, sera rendu public. Les lecteurs des journaux du groupe sauront donc quelles sont les valeurs et l?éthique des journalistes de La Sentinelle.

Dans un deuxième temps, un médiateur sera nommé. En cas d?une entorse au code d?éthique, le public pourra s?adresser au médiateur pour obtenir réparation.

Ryan Coopamah, qui a coordonné la rédaction de ce code d?éthique, basé sur les modèles existant en Europe et au Canada, mais adapté au contexte local, affirme que les journalistes doivent considérer leur rôle avec rigueur. « Ils ne peuvent pas, par exemple, dénoncer les conflits d?intérêts chez les autres et les accepter dans leur propre cas. Ce guide formule donc les règles déontologiques qui doivent orienter le travail des journalistes. Elles fondent leur crédibilité, qui est leur atout le plus précieux. C?est un utile rappel des régles de leur profession que les exigences de la concurrence peuvent parfois faire perdre de vue. »

La presse, bien plus que d?autres professions, a besoin d?un système de régulation. L?information étant un bien commun, sa qualité devrait être garantie.

En publiant sa déontologie, La Sentinelle entend exercer une responsabilité collective de tous ses journalistes, au nom du droit des citoyens à être informés. La presse a besoin ? on le constate ces jours derniers - de protéger son image de l?intérieur, et non de subir les pressions externes.

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