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Technologies vitales
<B>par Jane O?NEILL</B>
Nos hôpitaux ont encore du chemin à faire pour se mesurer, sur le plan des nouvelles technologies médicales, à ceux d?Europe, des Etats-Unis et de l?Inde. Mais la médecine de pointe n?est plus un luxe dans nos institutions de santé publique et privée. Ces dernières années, elles ont tenté, laborieusement certes, d?investir dans le hi-tech.
Malgré ses nombreux handicaps (problèmes de financement, nombre d?hôpitaux, nombre important de patients), le service public peut en effet se targuer, en 2005, de disposer de certaines technologies modernes, dont la médecine nucléaire et les radiologies digitales. Signe qui ne trompe pas, c?est cette année qu?est rentré dans notre vocabulaire le medical tourism hub.
«Nous avons les moyens de développer un hub qui soit moderne et à la pointe de la technologie médicale. Nous offrirons des incitations au privé dans ce sens», annonce le ministre de la Santé, Satish Faugoo. De plus, il est d?avis qu?il existe un marché local, compte tenu du nombre de malades envoyés à l?étranger pour la neurologie ou pour certaines complications cardiaques chez les nouveau-nés.
La contrainte majeure des hôpitaux demeure le financement. «Ces technologies coûtent très cher. Nous avons investi au mieux de nos capacités, ces dernières années, pour les rendre plus accessibles à un plus grand nombre de Mauriciens, pour des diagnostics plus précis et des traitements plus sophistiqués», soutient le Principal Medical Officer du ministère de la Santé, Ranjendra Ramyead.
Pour ne pas pénaliser le patient, à l?époque où le CT-Scan, l?Imagerie à résonance magnétique (IRM) et le scanner à trois dimensions n?étaient pas encore introduits dans les hôpitaux, les autorités payaient au privé pour les patients nécessitant un tel examen.
Depuis, trois hôpitaux se sont dotés de CT-Scan en décembre 2001 et celui du Nord a acquis un appareil d?IRM. Deux autres CT-Scans sont attendus à Flacq et Jeetoo, mais faute de structures, ce projet est retardé.
<B>Des examens plus approfondis</B>
Le directeur de la City Clinic, Patrick Chui Wan Cheong, reconnu comme le pionnier de la médecine hi-tech à Maurice, a été le premier à introduire la mammographie, l?échographie ultra-son, l?endoscopie digitale (un moyen encore plus sophistiqué pour diagnostiquer et traiter ceux souffrant d?ulcère à l?estomac, de gastrite ou de cancer) et la lithotripsie, qui est la pulvérisation des pierres dans le système urinaire. Les autres cliniques, de même que les hôpitaux, offrent ces mêmes services, hormis l?endoscopie digitale.
Le scanner à trois dimensions a été l?investissement récent phare de la City Clinic. Il permet de ne pas recourir à une angiographie conventionnelle pour les cardiaques et aide le médecin à voir des plaques de cholestérol dans les vaisseaux coronaires du c?ur, à voir à l?intérieur de l?intestin, et à faire des examens plus approfondis au poumon.
«Cela a toujours été une obsession pour moi d?offrir un service plus moderne à nos malades. Le secteur étant restreint, nous ne pouvons faire des investissements trop massifs. Mais je ne compte pas m?arrêter en si bon chemin,» soutient Patrick Chui Wan Cheong.
A la clinique du Nord, la préoccupation du Dr Mukesh Sooknundun est la même : «Nous misons énormément sur les dernières technologies. Car nous réalisons qu?avec le progrès, elles sont des étapes de plus en plus importantes pour sauver des vies.»
Le Dr Mukesh Sooknundun a introduit la télé-médecine. Elle consiste en des consultations en direct, grâce à l?apport de spécialistes du centre de Manipal à Bangalore. Ce qui évite des déplacements à l?étranger. Lui aussi a mis en place l?échographie à trois dimensions. Désormais, les handicaps ou autres malformations de l?enfant sont détectés très tôt. Les techniques à l?étranger (pas encore arrivées sur nos rives) permettent également d?intervenir sur l?enfant avant la naissance.
Le gynécologue de la clinique, le Dr Ramdaursingh, avance pour sa part que l?appareil de mammographie diminue les inconvénients causés à la femme : «Normalement, cela fait très mal, car l?appareil pèse sur les seins des femmes pour des examens. L?équipement que nous avons importé des Etats-Unis s?arrête à une distance raisonnable du sein. Son efficacité est la même.» La sonde trans-vaginale, présente à la Clinique du Nord, est également une technique moderne et plus puissante pour le traitement de l?infertilité.
Le Dr Sooknundun envisage un centre moderne en cardiologie et en neurochirurgie pour l?an prochain, avec le concours des spécialistes du Manipal Heart Centre. Il est tout aussi fier de son appareil de radiologie digitale. Les hôpitaux de l?île se sont eux aussi dotés de ce bijou technologique. Le Dr Ranjendra Ramyead précise que les hôpitaux ont fait l?acquisition de cinq appareils de radiologie digitale : «Cet appareil et un système de screening procedure, permettent d?éclairer l?image, pour mieux identifier les zones affectées et ce, en le tournant dans tous les sens, afin de mieux cerner le problème.»
Ce médecin énumère les nouveautés introduites dans les hôpitaux durant ces trois dernières années : un appareil de dépistage précoce du sida ainsi que la médecine nucléaire. Celle-ci permet un diagnostic et des traitements pointilleux en utilisant des éléments radioactifs pour, entre autres, le dépistage précoce, les problèmes des os, l?insuffisance rénale, des examens des ganglions du sein en cas de cancer, entre autres.
La médecine nucléaire comprend l?injection d?une substance radioactive, le technetium 99, dans le corps. Ce produit influe sur les organes concernés qui émettent alors des radiations. Selon un spécialiste de cette médecine, la dose de radiation qu?un patient reçoit quand la substance lui est injectée est infime.
Le Dr Shyam Manraj explique que les laboratoires de l?Etat ont investi dans quelques équipements de soutien à la médecine hi-tech pendant ces cinq dernières années. Il annonce de nouveaux équipements pour bientôt en vue de réduire le délai des résultats.
<B>Avancée importante pour le patient</B>
Ce n?est pas en ophtalmologie que les services de santé publique sont à la traîne des dernières technologies. La vitrectomie, qui permet des interventions chirurgicales à l?aide d?un microscope, est une avancée importante pour le patient. Le Dr Ranjendra Ramyead ajoute : «C?est une chirurgie très délicate. Nous pouvons, avec ces trois appareils, faire des interventions sophistiquées pour la cataracte. De nombreux diabétiques ont développé des complications aux yeux, qui peuvent même mener à la cécité. Ces appareils sauvent donc la vue de plusieurs centaines de personnes.» Les premières interventions ont eu lieu en juillet, avec le soutien d?une équipe étrangère. Et le directeur général de la Clinique Darné, Jean Pileau, annonce l?achat d?un appareil du même type pour son département d?ophtalmologie.
Les récents investissements de cette clinique en matière de technologie de pointe ont été faits dans le domaine cardiaque, précise Jean Pileau : «Compte tenu du nombre de personnes ayant des problèmes cardiovasculaires, nous allons mettre au point notre centre de Cardiologie de Mascareignes. L?an dernier, nous nous étions attachés à équiper les soins intensifs d?appareils de pointe.» La modernisation des soins intensifs pour bébés, la fécondation in vitro, ont été des investissements importants de la clinique Darné ces derniers temps.
En attendant que Maurice se positionne mieux à la pointe des technologies médicales qui ne cessent d?évoluer, les cliniques et les hôpitaux vont bientôt accueillir un nouveau concurrent grâce au projet conjoint de British American Investment et Appolo Hospital en Inde. Ils comptent miser à fond sur la médecine d?avant-garde. L?Inde étant assez reconnue dans ce domaine, cet hôpital promet une évolution importante dans le hi-tech. Mais l?on est encore loin des interventions cardiaques robotisées contrôlées par le chirurgien de son bureau !
QUESTIONS A...
<B>Dr Sunil Guness, médecin au centre cardiaque de Pamplemousses :
« La prochaine étape est la transplantation cardiaque » </B>
<B>Le centre cardiaque est reconnu pour investir dans les techniques de pointe. Qu?en est-il ? </B>
Nous sommes effectivement très «hi-tech oriented». Depuis quelque temps, nous avons une assistance cardiaque qui soutien le c?ur mécaniquement. Souvent, après une opération ou un gros infarctus, le muscle cardiaque n?est pas assez fort pour pomper le sang. Cet appareil maintient le c?ur actif durant sept à dix jours maximum.
Nous envisageons d?acquérir des assistances cardiaques plus sophistiquées, qui tiennent un plus de dix jours. Cette sophistication de l?assistance cardiaque est un prélude à la transplantation.
<B>Quel est le développement attendu dans le domaine cardiaque? </B>
L?étape très importante sera la transplantation cardiaque, une chirurgie très pointue nécessitant une technologie de haute facture. Grâce à la loi, qui sera bientôt présentée, nous serons en mesure de sauver des jeunes dont les c?urs ne peuvent plus fonctionner. Ce sera alors une avancée importante pour le pays dans le domaine médical.
<B>Bon nombre d?enfants sont inopérables à Maurice, justement faute d?équipements modernes?</B>
Tel n?est plus le cas. 99 % des enfants ayant des problèmes cardiaques peuvent, depuis six mois, être opérés à Maurice. Nous avons jusqu?ici bien évolué et le centre cardiaque est satisfait de ce progrès.
<B>Le hi-tech en cardiologie exige-t-il un personnel très qualifié ? </B>
Oui. Il nous faut une spécialisation pour former les infirmiers à manier les machines de pointe. L?on devrait songer à un diplôme supplémentaire et une rémunération additionnelle pour ceux qui opteraient pour cette spécialisation. Travailler en soins intensifs avec des machines sophistiquées exige une formation pointue. De plus, il faut une cellule de maintenance spéciale pour le hi-tech. Ces appareils coûtent énormément tout comme les réparations. Il faudrait donc commencer à faire de la maintenance préventive.
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