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Leur joural de l'année

29 décembre 2005, 20:00

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Arnaud Carpooran

Je me suis vu comme un monstre cette année. Pourquoi ? Tout simplement parce que lors de mon discours pour le lancement du Diksioner Morisien, il semble que j?ai remercié toutes les personnes de la planète? sauf ma femme. Et ils ont été nombreux à me le faire remarquer. Je vous assure que même si ma femme, elle, ne s?en est pas offusquée outre mesure, moi, j?étais mal vis-à-vis de moi-même. Mais au cours d?une émission radiophonique, j?ai eu l?occasion de me racheter. En fait, c?était une reconciliation de moi à moi. Voilà pour la petite histoire perso de cette année, mais bien entendu il y a aussi d?autres événements sur le plan local qui m?ont frappé.

D?abord, j?ai constaté que le MMM n?était plus représenté après les élections municipales. De mon point de vue, une telle situation aura certainement des repercussions à long terme. Que le gouvernement change s?inscrit dans la logique des choses, mais une telle disparition me semble être un changement dans la manière dont les gens considèrent l?administration des villes.

«Mon souhait pour l?année prochaine : moins de bla-bla-bla stériles de la part de nos dirigeants et davantage d?actions en faveur des pauvres.»

Un autre événement de taille a été sans aucun doute le lancement du Diksioner Morisien. Ma plus belle victoire de l?année, alors que le climat politique n?était pas favorable à ce genre d?initiative. Ce combat devient par là même d?autant plus passionnant qu?il s?inscrit à contre-courant. Et puis, il y a l?accueil qu?a reçu cette publication sur le plan local et au sein de la communauté des chercheurs sur le plan international.

Mon coup de gueule de l?année ? Je suis inquiet face au retour d?une certaine forme d?élitisme dans l?éducation et la montée de la violence chez les jeunes. D?ailleurs, je pense que les deux situations sont liées. Mon souhait pour l?année prochaine : moins de bla-bla-bla stériles de la part de nos dirigeants et davantage d?actions en faveur des pauvres. Il est temps de passer à l?action !

Nicolas Ritter

Petite victoire perso d?abord. Mes CD4 (globules blancs qui coordonnent les défenses du corps) n'ont jamais été aussi haut : plus de 1 000 ! Qui plus est avec charge virale indétectable, ce qui veut dire que, grâce aux traitements je n'ai que très peu de virus dans le corps et une immunité tout à fait normale. Hourra !

Maintenant, mon année, forcémment, est marquée par nombre d?évenements au chapitre de la lutte contre le sida. Parmi, j?en isole deux : la concrétisation de deux collectifs. Arc en Ciel, qui lutte contre l'homophobie et les discriminations liées à l'orientation sexuelle, et Toxida, qui se mobilise pour la mise en place d'une politique de réduction des risques pour les usagers de drogues par voie intraveineuse. Je me réjouis également de constater que la mobilisation de nos volontaires ainsi que celle du secteur privé n'a jamais été aussi importante. Pourvu que cela dure !

J'ai aussi connu une très grande joie lors du concert Sa mem sa organisé autour de la lutte contre le sida et plus particulièrement du plaidoyer de tous ces artistes autour des programmes d'échange de seringues. Je me souviens plus particulièrement de ce moment en juin à Paris où j'étais en stage de formation chez Sida info service. Il recherchait des volontaires pour être présents sur son char lors de la Marche des fiertés LGBT. J'ai donné mon nom et je me suis retrouvé sur un camion qui diffusait une musique endiablée, à distribuer des milliers de préservatifs à une foule en délire. C'était drôle et à la fois émouvant et impressionnant car il y avait plus de 500 000 personnes dans les rues de Paris, qui célébraient la grande communauté arc en ciel.

Voilà pour les bons points de cette année. Mais j?ai connu deux moments où mon sang n'a fait qu'un tour. Le premier, c'est l'énorme stigmatisation qu'a connu Malini, première Mauricienne à parler publiquement en tant que femme vivant avec le VIH, qui s'est retrouvée isolée et qui est décédée, en juin, dans la plus grande solitude. Le deuxième c'est lorsque j'ai appris que des équipes médicales, pourtant hautement qualifiées, refusaient de pratiquer le pontage coronarien de Dhiren Moher, président de Pils, à cause de sa séropositivité. La propagation extrêmement rapide du nombre de personnes contaminées et la lenteur avec laquelle on répond à cette situation d'urgence m?interpellent. D'ici à ce que l'on mette en place toutes les mesures pour contenir la propagation du VIH, nous aurons des milliers de Mauriciens contaminés, ce qui va entraîner un surcoût énorme pour l?économie.

Mais je ne veux nullement donner l?impression de quelqu?un qui ne pense qu?aux sujets sérieux. Tout au contraire. J?ai aussi eu mes super moments de délire et d?une façon générale, j?adore rire.

<I>«La propagation extrêmement rapide du nombre de personnes contaminées et la lenteur avec laquelle on répond à cette situation m?interpellent.»</I>

Mon moment le plus embarassant ? Le 1er décembre, au Indira Gandhi Center de Ph?nix, lors de la journée mondiale de lutte contre le sida. Je devais prononcer un discours en tant que représentant de la société civile et personne vivant avec le VIH. J'ai commencé mon allocution en rendant hommage à Malini. Et j'ai demandé une minute de silence. Grande a été ma surprise et mon embarras de constater qu?une petite poignée de personnes, moins d'une dizaine, se sont mises debout pour ce moment. Et que parmi elles ne figuraient aucune des personnalités politiques présentes. Peut être aurais-je dû préciser qu'il fallait se mettre debout...

Priya Thacoor

Une bonne bouffe, être bien entourée et rigoler à mort. Voilà mon exemple du bonheur pur et simple. De tels moments n?ont pas manqué cette année et vous comprenez bien qu?il s?en faut peu pour que je sois heureuse !

Côté professionnel, l?événement le plus determinant a été l?Awards Nite, qui a été ma plus grande victoire. Notre équipe s?est montrée originale. On a fait fi de ce que les gens disaient. Finalement on reçoit la preuve que l?on a toujours été dans le droit chemin. Vous savez ce que cela represente pour moi ? De savoir que j?ai entraîné toute une équipe, sans savoir si j?avais raison, mais que finalement ces efforts ont été courronnés de succès!

Ce qui m?énerve aussi dans le monde du travail ? Ce sont ces gens qui se tiennent là, tout mous, sans aucun objectif, sans aucune ambition. Je pourrais hurler de rage lorsque j?en vois un devant moi. Et il y en a qui en ont fait l?expérience !

<I>«Ces hommes qui abusent des femmes semblent rivaliser entre eux pour commettre l?acte le plus dégueulasse.»</I>

Des évenements me sont aussi restés en travers la gorge tout au long de cette année. Une réflexion n?a cessé de me hanter : ces hommes qui abusent des femmes semblent rivaliser entre eux pour commettre l?acte le plus dégueulasse. Le nombre de violences envers les femmes ces derniers temps est effarant. Ce sont ces faits divers qui m?ont le plus marquée. Sans compter que maintenant les enfants victimes d?abus sexuels sont nombreux. Une telle situation me révolte.

Mais je ne m?arrêterai pas uniquement au mauvais côté des choses. J?ai quand même eu de bons moments de joie et je me suis même retrouvée dans des situations embarassantes qui maintenant me font pouffer de rire. Un exemple ? J?étais en pleine conférence de presse, et là, je me suis rendue compte que mon vêtement était déchiré. Pas question de s?éclipser, je devais assumer. Et c?est avec un sourire fixé sur les lèvres tout en sachant qu?il ne fallait pas que je me fasse remarquer que je me suis jetée à l?eau. Intérieurement, j?étais morte de rire. Il fallait que j?assure et je m?en suis sortie. Fort heureusement !

Avec cette nouvelle année, je suis sûre que du big fun nous attend. Il ne s?agit plus d?essayer de convaincre nos clients car nous avons fait nos preuves. Maintenant place à la créativité. Que la fête commence.

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