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Faire confianceau génie mauricien

29 décembre 2005, 20:00

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Six mois après l?avènement d?une nouvelle majorité politique, il n?y a toujours pas de changement dans l?humeur de la nation. Les inquiétudes concernant l?avenir économique du pays demeurent intactes. Seul le décor politique a changé. Nous avons un gouvernement qui passe beaucoup de temps à faire de la politique et à s?occuper du social mais il n?est pas encore capable de produire des idées pour conjurer la crise que nous vivons.

L?optimisme naturel pousse un grand nombre d?entre nous à penser que le pays s?en sortira de toute façon. Mais le miracle ne saurait s?accomplir sans effort et sans sacrifice. Et pour induire cette volonté de se retrousser les manches, il faut une sérieuse remise en cause de la nonchalance qui caractérise l?attitude actuelle du gouvernement sur les questions économiques.

Il y a urgence. Les filets de protection sautent un à un. Cela occasionne des chutes qui font très mal car le sucre et le textile tombent de haut. Les revenus baissent, les pertes d?emplois augmentent. Aucune lueur d?espoir n?est perceptible de l?étranger. Des doutes prévalent sur la volonté réelle de l?Europe de soutenir la réforme de notre industrie de la canne. L?agonie annoncée de nos usines de textile, dans un environnement commercial mondial qui abolit les préférences, s?avère plus douloureuse que prévu.

Pour ne pas être happé par une spirale suicidaire, il faut que les dirigeants aient une claire vision de ce que le pays doit faire. Il faut s?engager avec détermination dans des directions bien définies. Cette action devrait avoir pour objectif immédiat de lutter contre le chômage, problème prioritaire du pays. Le gouvernement doit identifier les secteurs qu?il considère comme générateurs d?emplois et se focaliser sur ces créneaux porteurs. A cet égard, les six premiers mois du nouveau gouvernement n?ont pas été utilisés à bon escient.

Chacun s?accorde à dire qu?il faut diversifier notre économie mais encore faut-il fixer un cap. Entre le tourisme, la pêche industrielle (seafood hub, aquaculture), les Technologies de l?information et de la communication et les petites et moyennes entreprises, il faut choisir notre futur pôle de croissance et s?y investir à fond.

<B>Le tonnerre qui annonce l?orage</B>

Entre-temps, la situation se dégrade à grande vitesse. Les statistiques économiques indiquent des tendances inquiétantes. On a l?impression que le gouvernement tarde à prendre la vraie mesure de la situation. L?alliance au pouvoir a eu d?autres préoccupations que la recherche de l?investissement productif en ce début de mandat. Il a cru avec naïveté que sa «diplomatie économique » allait sauver le sucre et le textile. En conséquence, il ne s?est pas soucié du tonnerre qui annonce l?orage.

Dans deux mois la détresse des demandeurs d?emplois forcera le réveil. Le pouvoir devra alors affronter de manière concrète les premières secousses de la crise économique. Une dizaine de milliers de jeunes partiront à la recherche d?un emploi, certificat de SC ou de HSC en poche. C?est alors que l?Alliance sociale prendra conscience du fait qu?il est plus facile de gagner des élections que de soigner une économie malade.

Le tourisme est en général reconnu comme le secteur qui peut le plus rapidement résorber le chômage. Mais l?Etat continue à louvoyer sur la question. Le ministre des Finances, Rama Sithanen, est connu pour être de ceux qui tablent sur le tourisme comme principal pôle de croissance. Il croit à une libéralisation rapide de l?accès aérien. Mais il n?a pas les coudées franches pour man?uvrer. Ce partisan de la libéralisation agressive perd la bataille face aux tenants de la libéralisation «progressive». Il a aussi été le premier à reconnaître qu?il est futile de continuer à s?opposer au concept des IRS et il a su convaincre le Premier ministre d?accélérer la mise en ?uvre de ces projets. Rama Sithanen est un économiste pragmatiste qui est mal à l?aise au sein d?un gouvernement qui compte des idéologues candides et des défenseurs d?intérêts catégoriels.

Durant les cent premiers jours de règne travailliste, c?est le populisme qui a tenu lieu d?idéologie. Le projet de changer notre vie était louable mais la peur de manquer à ses promesses faites durant la campagne a conduit à des dérives pouvant compromettre notre avenir. En voulant à tout prix répondre à des attentes populaires, le gouvernement a souvent agi avec légèreté et inconscience. Il s?est laissé aller à des mesures symboliques dont les conséquences seront néfastes. La réintroduction du contrôle des prix, par exemple, signale le retour de l?interventionnisme de l?Etat. La fin du ciblage de la pension de vieillesse met en péril la survie même du système d?aide sociale aux personnes âgées. La gratuité des transports publics pour certaines catégories de passagers est un fardeau que les finances de l?Etat ne peuvent pas soutenir sans dégâts. Les dettes publiques s?accumulent pendant que nous vivons audessus de nos moyens.

<B>Manque de solidarité</B>

Les cent jours ont ressemblé à une période de liesse pendant laquelle l?opinion a été abasourdie par un déferlement de gâteries de l?Etat-providence. Le PTr a surtout entretenu son image de défenseur du petit peuple. C?était pourtant le meilleur moment psychologique pour appliquer les réformes capitales susceptibles de relancer l?économie. Dès que surviendront les premières difficultés concrètes, le gouvernement perdra des soutiens dans la société et il sera trop tard pour faire passer la pilule de la rigueur et de l?austérité. Un gouvernement fraîchement élu a la légitimité pour entreprendre des réformes audacieuses. A mesure que les échéances électorales approchent, n?importe quel gouvernement se contente de gérer le quotidien sans prendre des risques politiques importants.

En sus des exigences du calendrier électoral, il existe certains autres facteurs qui pourraient bloquer la mise en ?uvre des réformes. Le danger pour la majorité actuelle pourrait venir, par exemple, d?un manque de solidarité parmi ses propres troupes. Personne ne peut prévoir comment évoluera l?impatience des backbenchers rouges tels que Reza Issack, Yatin Varma et Nita Deerpalsing. De même, les incohérences idéologiques au niveau du Cabinet peuvent exploser au grand jour si les tendances actuelles se radicalisent.

Durant les premiers six mois de leur mandat, les membres de l?équipe dirigeante ont démontré une capacité d?agir plutôt inégale. Navin Ramgoolam a incarné avec succès l?image d?un leader humaniste mais devra dominer davantage ses pulsions idéologiques s?il entend maîtriser les données de l?économie. L?anachronisme de Rajesh Jeetah, l?activisme de Rama Valayden, le conformisme de Dharam Gokhool, l?immobilisme d?Etienne Sinatambou sont les autres éléments qui ont contribué à dessiner les grandes lignes de la personnalité de la nouvelle équipe. Satish Faugoo a fait figure d?exception. Il est celui qui a su le mieux s?accorder avec les préoccupations réelles des usagers d?un service public. Il a effectivement changé la vie de bien des malades grâce à une multitude de petites mesures de bon sens.

<B>Revirement salutaire</B>

Le PTr a eu du mal à trouver des réponses fortes aux problèmes actuels parce qu?il est prisonnier des slogans qu?il a inventés durant la campagne électorale. Ses premières actions au pouvoir devaient être conformes à l?image qu?il s?est bâtie dans l?opposition. Cette stratégie lui a permis de laminer les partis d?opposition aux municipales et de maintenir son image socialisante. Cette bataille remportée, il affrontera maintenant les réalités économiques. Il doit redevenir raisonnable s?il veut gagner sur ce front aussi bien.

Il est vrai que le PTr risque d?être mal compris par ses partisans s?il abandonne sa posture pré-électorale. Mais un changement est inévitable. Sa volte-face sur la question des IRS est une illustration de la nécessaire adaptation à la réalité. Après avoir violemment critiqué le projet de développement hôtelier intégré, le qualifiant d?apartheid économique, le gouvernement a institué un comité pour accélérer la procédure de l?octroi des permis aux promoteurs IRS. De même un clone du premier programme de restructuration de l?industrie sucrière sera appliqué par le pouvoir, qui a approuvé le principe du VRS.

Ces revirements sont salutaires sauf qu?ils peuvent créer un certain désarroi dans l?opinion. Le manque de lisibilité du projet éducatif de Dharam Gokhool est un exemple flagrant de la confusion que peut provoquer un changement abrupt de langage. Qui peut nous dire si l?accès aux collèges Royal et QEC sera réservé à l?élite ou, au contraire, restera démocratisé ?

Dans l?opposition, la confusion est encore plus grande. Des difficultés multiples assaillent le MMM et le MSM après les revers électoraux des législatives et des municipales. Tandis que le parti de Pravind Jugnauth, habitué à vivre dans le pouvoir, est émietté, celui de Paul Bérenger cherche ses marques en titubant. L?un et l?autre ont choisi la modération pour l?instant afin de ne pas ramer à contre courant. Ils savent que l?on ne combat pas un leader qui surfe sur une vague de popularité. Mais les cycles politiques sont désormais courts et l?électorat volatile. Le MMM a annoncé qu?il prendra deux ou trois ans pour se réorganiser et reconstruire ses assises. S?il veut rester un parti d?idées, il lui faudra aussi bâtir un projet nouveau. Le MSM, essoufflé, n?a pas d?autres options que d?attendre que les effets du raz de marée du 3 juillet s?estompent.

L?effacement de l?opposition a permis au Parti travailliste d?exercer un pouvoir absolu. Ce contrôle sans partage de tous les centres de décision donne le vertige et fait perdre le sens des priorités. Le PTr a raté l?occasion d?engager un maximum de réformes en un minimum de temps. Bientôt il sera trop tard. Il n?osera plus entreprendre des réformes. Contrairement à une campagne électorale qui se construit sur des slogans, une économie saine se fonde sur une vision, du travail, des efforts, du sacrifice. Sur ce front, la bataille sera rude. Si les politiques rendent les armes, il reviendra au génie mauricien, comme toujours, de relever le défi.

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