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L?île-aux-Bénitiers : la face cachée du paradis
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L?île-aux-Bénitiers : la face cachée du paradis
Lagons, mer turquoise, soleil, excursions en catamaran ou en pirogue sur les îlots autour de Maurice? voilà ce qui est vendu aux touristes venus découvrir notre île. Mais derrière ces décors naturels exceptionnels, les coulisses cachent une autre facette de ce paradis.
Les nombreux bateaux de touristes venus en pique-nique sur l?île-aux-Bénitiers laissent chaque jour derrière eux des déchets : papiers gras, sacs et bouteilles en plastique, verres, ? cachés sous les feuilles de filao.
Contre cette pollution, les habitants de La Gaulette-Coteau-Raffin se mobilisent, afin de garder propre cette île qui est une source de revenus grâce au tourisme et la pêche pour nombre d?entre eux. Depuis 15 ans, une fois par mois, une quinzaine de villageois se rendent sur l?île pour la nettoyer. Mais rien à faire, la pollution sévit encore, les pollueurs n?ont toujours pas pris conscience de l?importance de protéger leur environnement.
De quelque 2 km de long sur 500 m de large au maximum, l?île-aux- Bénitiers est située en face du village de La Gaulette?Coteau-Raffin. Son environnement naturel est riche. ?Il y a plein de petits poissons, de tekteks, de tipouls, d?achtam, d?oursins, d?huîtres, de et palourdes, de chevrettes de mer ? Il y a même des tortues qui pondent sur la partie nord?, explique un pêcheur.
Une excursion sur l?île est une balade incontournable pour les touristes de passage dans la région ouest de l?île. Cette destination de repos et de découvertes tient une place importante pour le tourisme. Les 25 ou 30 hôtels de la région proposent à leurs clients des excursions sur l?île.
Les plaisanciers de profession emmènent leurs clients pour une journée bien remplie : un peu de pêche, de la plongée sous-marine, quelques photos du ?corail bénitier? et pour finir, une grillade sur l?île.
Selon Karlos Lamarque, plaisancier, il y a en moyenne 25 bateaux de plaisance avec 4 à 10 personnes qui accostent sur l?île, chaque jour. Ces bateaux viennent du Morne, de Flic-en-Flac, de Rivière-Noire et même du nord de l?île. Il y a aussi près de 5 catamarans par jours qui débarquent sur l?île avec une vingtaine de personnes à bord. On peut donc estimer selon lui qu?il y a 300 touristes qui se rendent l?île chaque jour, sans compter les pêcheurs et les Mauriciens en excursion.
En fin de journée, les bateaux remplis de touristes larguent leurs amarres pour retourner vers les hôtels. Mais derrière eux, ils laissent les nombreux déchets d?une journée d?agapes.
?Ce sont les plaisanciers qui devraient ramener ces ordures. Certains le font, d?autres pas. Ce ne sont pas les touristes qui jettent?, selon Karlos Lamarque.
La nature paradisiaque présentée aux touristes pour les attirer est fragile. ?Si on perd ce trésor, les répercussions seront désastreuses pour l?industrie touristique.? Et les Mauriciens perdront également ces lieux de loisirs et de repos très prisés les week-end et les jours fériés. D?où l?importance de préserver cette île et le lagon. La pollution de cet îlot met en péril l?environnement naturel, mais aussi les emplois des plaisanciers et des pêcheurs de la région qui pêchent dans le lagon et sur les côtes de l?île-aux-Bénitiers.
C?est pour éviter la destruction graduelle qui s?opère que tous les premiers mardis du mois, un petit groupe de volontaires d?une quinzaine de personnes se retrouve au débarcadère du village de La Gaulette. Jeunes et moins jeunes, villageois, pêcheurs et plaisanciers, munis de grands sacs poubelles embarquent sur deux pirogues ? direction l?Ile- aux-Bénitiers. Ces villageois se donnent pour tâche de rendre à cet îlot son état initial de petit paradis en une demi-journée.
Certains endroits les plus sales, tel que le lieu où débarquent les touristes, bénéficient d?un nettoyage quotidien. Tandis que les coins moins fréquentés, et donc moins sales, sont nettoyés mensuellement.
Nathalie, une volontaire de Coteau Raffin prend part à ce nettoyage mensuel. Pendant toute la matinée, les volontaires nettoyeurs vont ramasser les déchets dans tous coins et recoins de l?île?
Lors de cette opération de nettoyage mensuelle, les volontaires ramènent ? une soixantaine de sacs poubelles remplis d?ordures, qu?ils déposent au débarcadère de La Gaulette, afin que le service de ramassage les prennent.
Qui voudrait passer une journée de détente sur île devenue une poubelle géante de 150 arpents ? Nathalie témoigne : ?J?entends de plus en plus souvent des gens qui vont là-bas en pique-nique se plaindre de la saleté?.
Karlos : ?On ramasse ce que les autres jettent, il le faut bien. On devrait tous être concernés par la protection de l?environnement !? Celle des travailleurs qui tirent bénéfice de cette île et de son environnement. Mais cette nécessité n?est malheureusement pas encore assez présente chez certains.
Ni l?Etat, ni les propriétaires de l?île, ne semblent se préoccuper de ce problème. Aucune subvention n?est prévue pour, au moins, installer des poubelles publiques. ?Le gouvernement ne dépense pas un sou pour l?entretien. On a demandé un coup de main de l?Etat à travers le conseil de village. Il y a trois mois on nous a dit qu?un service de ramassage ferait le nécessaire sur l?île, mais jusqu?ici, rien!?, s?indigne Karlos Lamarque.
ENVIRONNEMENT
SAPO concerné par les problèmes de pollution
Peu à peu, ce mouvement spontané de nettoyage de l?Ile aux Bénitiers, né de l?initiative de Karlos Lamarque est devenu un organisme structuré appelé SAPO : Solidarité Anti Pollution Ouest. Cet organisme régional se préoccupe de divers problèmes liés à l?environnement dans la région ouest de l?île et tente d?agir, dans la mesure du possible. Une des actions de SAPO fut de s?opposer à la construction d?un hôtel sur l?île aux Bénitiers, pour éviter les conséquences sur la faunde et la flore mais aussi au niveau économique. Mais à présent, une nouvelle inquiétude habite Karlos Lamarque et les autres membres de SAPO : le sort du barachois à Tamarin. ?C?est une catastrophe annoncée et personne ne s?en soucie. Ce qu?ils font là-bas, c?est un crime contre la nature !? Ce marécage à l?embouchure de deux rivières et de la mer est une véritable station d?épuration naturelle. Les déchets qui y sont amenés par les deux rivières y sont l?objet d?un processus naturel de nettoyage avant que l?eau se jette dans la mer. Mais ce lieu d?une riche biodiversité et d?une importance cruciale dans l?équilibre naturel est aujourd?hui le théâtre de nombreux travaux de construction, notamment d?un golf. Les arbres sont abattus et l?équilibre naturel de la zone s?en ressent. ?Ce système d?épuration naturel va disparaître. Et il y aura des conséquences inévitables sur la mer. Face à ce danger, SAPO veut réagir, mais il nous faut de l?aide d?autres organismes?, explique Karlos
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