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Noël l?esprit de partage

24 décembre 2005, 20:00

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Au lendemain de Noël, l?année dernière, un formidable élan de solidarité avait gagné le pays. Les images du terrible tsunami dans le Sud-Est asiatique avaient amené beaucoup de Mauriciens à faire des dons qui ont atteint plusieurs millions de roupies. Un an après, l?urgence est passée. Il ne s?agit plus d?aider des petits Thaïlandais ou Sri Lankais, mais de penser aux autres. Les Mauriciens sontt censés avoir un sens de la solidarité légendaire. En cette période de Noël, nous constatons qu?effectivement chacun à sa manière fait un petit geste. Par conviction religieuse ou par bonne volonté, l?esprit de partage est bien présent dans le pays.

Le tableau à l?intérieur de la maison de retraite Gandhi Breedh Ashram de Petit-Raffray est plus rempli que d?habitude. Des dates y sont inscrites et à côté, on lit les noms des personnes qui ont promis de venir offrir un déjeuner, un dîner ou alors des cadeaux aux 70 pensionnaires de cet établissement.

« Les gens se montrent effectivement plus généreux en cette période de fête », confirme Roopnarain Julleekea, l?un des administrateurs de l?ashram.

« Veiller au bien-être des plus démunis »

Durant cette période de fêtes, chacun aide l?autre comme il peut et selon ses moyens. Pour certaines entreprises, ce sont des plans bien structurés de travail communautaire qui ont été mis en place. D?autres prennent des initiatives entre collègues pour aider des défavorisés. Certains préfèrent encore une action plus discrète décidant de passer leur réveillon de Noël avec des personnes âgées ou d?animer la journée d?enfants de milieux défavorisés.

Gilbert, la cinquantaine et employé d?assurance, est de ceux qui donneront de leur temps aux autres. Il passera le réveillon de Noël, seul, avec les enfants du SOS Children?s Village, à Mare-Gravier. Il le fait quelque part par conviction religieuse. « Nous avons perdu le vrai sens de Noël. Il s?agit de servir les autres et de veiller au bien-être des plus démunis », explique ce cadre.

Pour d?autres, la période de Noël est une occasion de servir autrement son prochain. C?est ce qu?expliquent les policiers de l?Anti Drug and Smugling Unit du Nord, venus offrir un déjeuner au Gandhi Breedh Ashram cette semaine. « C?est aussi pour donner une autre image de la police. Nous ne faisons pas que courir derrière les bandits à longueur d?année. C?est une autre manière d?aider », commente le sergent Surendra Ragoonundun. L?assistant surintendant, Devanand Reekoye acquiesce : « C?est de l?affection et de l?amour que l?on partage avec les plus démunis durant quelques heures. »

Quand ce ne sont pas les individus qui s?organisent, ce sont des entreprises qui mettent leurs ressources au service des plus démunis. C?est le cas de la Barclays Bank. En cette fin d?année l?esprit de Noël anime une bonne partie du personnel de la banque. Ils ont ainsi pu recueillir plus de Rs 50 000 dans le cadre du projet « Étoile de Noël » de SOS Children?s Village. Cet argent servira à acheter des cadeaux et du matériel scolaire pour environ 150 enfants. Le « Père Noël » de la Barclays a également distribué des cadeaux d?une valeur de Rs 26 500 aux enfants de l?école Mère Térésa RCA, de Roche-Bois.

« Certaines compagnies veulent s?impliquer davantage »

Du côté de ceux qui donnent, la satisfaction est le sentiment qui prédomine. En faisant sa bonne action à Noël ou alors en donnant une partie de son bonus à des associations caritatives, on se décharge de la culpabilité qu?on peut ressentir à être bien lotis durant toute l?année, alors que d?autres peinent à boucler leurs fins de mois. Mais la solidarité et la générosité des Mauriciens sont-elles suffisantes ? À en croire les associations caritatives qui reçoivent les aides, on pourrait toujours faire mieux.

Le gérant d?une maison de retraite adopte un ton amer quand il parle des projets qu?il pourrait réaliser. « Nous avons envoyé des lettres à des ténors du barreau et à des médecins très connus pour leur demander des dons. Nous leur avons rappelé que jusqu?à Rs 40 000 peuvent être déduites du revenu imposable d?une personne, si elle en fait don à des institutions caritatives. La plupart des personnes que nous avons contactées n?ont rien fait ! »

Ainsi, Roopnarain Julleekea du Gandhi Breedh Ashram estime que près d?un million de roupies sera nécessaire pour achever les projets de construction d?une maison d?accueil pour les femmes battues ou abandonnées et d?une garderie pour les enfants. Mais aussi pour la mise en place d?une installation hydroponique pour produire des légumes pour le centre. « Il faudrait qu?on nous aide davantage. »

C?est à peu près le même discours qu?on entend à l?Association de parents d?enfants inadaptés de l?île Maurice (Apeim). Les cartes de v?ux de l?Apeim ont encore une fois été achetées par beaucoup d?entreprises qui les ont utilisées pour leurs v?ux de fin d?année. Cette vente de cartes est d?ailleurs la plus grosse rentrée d?argent de l?année pour l?association. Mais Noël a une « saveur aigre-douce » pour l?Apeim car plus que jamais, elle a besoin d?argent, mais n?en recueille pas assez, notamment parce que les allocations pour les enfants handicapés qui auraient dû être majorées depuis trois mois, ne l?ont toujours pas été.

À Terre de paix, Alain Muneean paraît un peu plus serein. Il explique que la solidarité des Mauriciens à l?égard de l?organisation s?est encore une fois manifestée de diverses façons, allant de l?entreprise qui a donné de sacs de riz à celle qui a organisé et financé la fête de fin d?année de l?association. « On sent aussi que certaines compagnies veulent s?impliquer davantage », se félicite le gérant.

Parfois une entreprise devient le partenaire privilégié de la localité. « Les ONG, les divers groupes et associations, de Rivière-des-Anguilles, Souillac, St-Aubin, savent qu?ils peuvent se tourner vers nous pour les fêtes. Pour nous, le partage en cette période est très important », affirme Mary-Ann Griffiths, directrice de Bioculture. Cette année encore, les demandes ont afflué et l?entreprise a généreusement donné pour l?organisation des fêtes et la distribution de cadeaux. « À Noël, ce sont surtout les enfants qui sont à la fête. Et quand il s?agit d?eux, on ne peut refuser », confie-t-elle.

<B>Noël, entre religion et tradition </B>

« Celui qui n?a pas Noël dans son c?ur, ne le trouvera jamais au pied d?un sapin », disait l?écrivain Roy L. Smith.

Noël symbolise le partage et le recueillement, et l?on devient meilleur que pendant tout le reste de l?année. Le c?ur s?ouvre aux autres et on libère son esprit de pensées sombres et négatives. « Pour moi, c?est le moment de faire la paix, de donner un nouveau départ à ma vie et d?oublier les tensions qui ont émaillé l?année », souligne Léa, employée dans une pharmacie. À l?origine, Noël est une fête très ancienne dans toute l?Europe pour célébrer le solstice d?hiver et le retour des journées plus longues. Elle devient plus tard une fête religieuse célébrant la naissance de Jésus. Elle garde aujourd?hui cette double identité.

Généralement, les membres d?une même famille se retrouvent et s?échangent des cadeaux entre eux selon un rituel assez universel. L?intérieur de la maison est décoré d?un sapin paré de guirlandes et les chaussures bien cirées attendent au pied du sapin. Le repas constitué de dinde ou encore de poulet s?achève par une bûche de Noël. Puis, on s?échange des cadeaux aux emballages colorés au matin du 25 décembre.

Le réveillon de Noël est donc une fête de famille. Il célèbre des liens entre les générations réunies. Cette veillée est sacrée, que nous soyons croyants ou non. Pour un soir, on oublie les rancunes, les jalousies et les disputes en s?offrant des cadeaux. Cette tradition d?offrir des cadeaux vient peut-être de l?histoire des Rois mages. Venus d?Orient, trois rois se mirent en route en suivant la lumière de l?étoile qui les guida à Bethléem. Ils y trouvèrent l?enfant Jésus, qu?ils appelèrent le « nouveau roi des Juifs ». Quand ils découvrirent l?enfant Jésus dans l?étable, près de ses parents Marie et Joseph, ils s?agenouillèrent devant lui en signe de respect et lui apportèrent de l?or, de la myrrhe et de l?encens. L?or de Melchior célèbre la royauté, l?encens de Balthazar la divinité et la myrrhe de Gaspard annonce la souffrance rédemptrice de l?homme à venir sous les traits de l?enfant. Ces mystérieux personnages alimentèrent l?imaginaire qui enveloppe Noël.

Une légende russe raconte toutefois, que le Père Noël serait un quatrième Roi mage qui conduit sur la steppe un traîneau tiré par des rennes et rempli de cadeaux. Depuis 2 000 ans, il a renoncé à trouver l?enfant Jésus, alors il comble de cadeaux les enfants qu?il rencontre en route.

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