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Le « gangsterrorisme » fait son entrée en France

24 décembre 2005, 20:00

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Le néologisme est de saison chez les policiers : «gangsterrorisme » dit bien l?imbrication grandissante entre la criminalité classique et l?activisme islamiste. L?opération orchestrée par la direction de la surveillance du territoire (DST), le 12 décembre, en région parisienne, contre le groupe dirigé par Ouassini Cherifi, en a fourni l?illustration.

Onze personnes ont été mises en examen et neuf écrouées, le 17 décembre. Aucun projet terroriste n?a été mis au jour. Mais les policiers se réjouissent d?avoir pu mettre un terme aux activités d?un groupe qu?ils estiment spécialisé dans le financement, par des braquages, de la cause islamiste, y compris à l?étranger. « Il s?agit d?une équipe dédiée uniquement à la recherche d?argent pour le djihad, dans le cadre d?une organisation internationale du travail orchestrée ailleurs qu?en France », explique un haut responsable policier.

Le groupe se concentrait sur les braquages

Ouassini Cherifi est un « vétéran ». Il a fait partie de la génération des djihadistes partis en Afghanistan. Selon des sources policières, les auditions ont permis d?établir qu?il était prêt à mourir en martyr, pas dans un attentat, mais en remplissant sa mission financière.

En 2000, il a été condamné dans une affaire de faux passeports, fabriqués en Thaïlande. Après sa sortie de prison en mars 2004, il a été suivi de près par les services antiterroristes français. D?autant que, à peine libéré, Ouassini Cherifi a renoué avec d?anciens compagnons de détention, au profil plus classique de délinquants. En revanche, il n?aurait pas eu de contact direct avec le groupe de Safé Bourada ? autre « vétéran » de l?islam radical ? démantelé en septembre.

Début octobre, la DST a transmis au parquet de Paris un rapport sur des projets d?attentat ? aux contours flous ? contre des personnalités de premier plan, des lieux de la communauté juive et des transports en commun, précise une des ordonnances de placement en détention rendue le 17 décembre. Des projets attribués surtout au groupe Bourada.

En fait, au cours de l?enquête sur le groupe Cherifi, seule une information initiale fournie par un service étrange ? qui se révélera infondée ?, a fait mention de cibles pour une éventuelle opération terroriste : le président de la République et le ministre de l?Intérieur. « Du point de vue terroriste, ce dossier ressemble à un gros ballon qui risque comme souvent de se dégonfler », pronostique l?avocat d?un des mis en examen, Ambroise Colombani.

Les enquêteurs ont rapidement eu la conviction que le groupe Cherifi se concentrait sur les braquages. Il ne négligeait cependant pas les contacts avec l?étranger, où d?autres organisaient le djihad. Un des interlocuteurs clés du groupe Cherifi fut le Tunisien Abou Mohamed Al Tounsi, qui se serait trouvé en lien direct avec Al Zarkaoui, figure emblématique de la guérilla contre les forces américaines en Irak. Avant d?être tué en juin dernier à la frontière irakienne, Al Tounsi était basé en Syrie et dirigeait une filière d?acheminement de djihadistes.

Autre contact privilégié du groupe Cherifi, le Marocain Abou Marouane, dit Anouar Majrar. Arrêté dans son pays il y a quelques semaines, il a été interrogé le 7 décembre et a raconté que sa conversion au salafisme le plus radical a eu lieu dans une prison française, en 2001, où il a notamment fait la connaissance de Cherifi. Après sa libération, Majrar est revenu en France en novembre 2004, où il a repris contact avec ce dernier.

Ouassini Cherifi lui aurait alors parlé de la nécessité d?accomplir des vols à main armée afin de financer la cause islamiste, notamment par des attaques de fourgons blindés. Majrar, qui aurait eu ses propres projets de braquage selon des sources judiciaires, aurait souhaité intégrer le groupe de son interlocuteur ; mais ce dernier lui aurait opposé un refus. En juillet, Majrar se serait lié avec M?Hamed Benyamina, arrêté par la suite en Algérie et mis en cause dans l?enquête sur le groupe de Safé Bourada.

Trouver les preuves des activités criminelles

Lorsque la DST a décidé, avec le juge d?instruction Jean-Louis Bruguière, de déclencher les interpellations du 12 décembre, elle savait que le projet terroriste était peu évident. Mais elle comptait trouver sans tarder les preuves des activités criminelles du groupe, dont une partie du butin aurait servi à racheter des petits commerces. Dans un premier temps, les policiers ont saisi une arme, un gilet pare-balles, des talkies-walkies et un sac Chronopost contenant des documents vierges de l?Imprimerie nationale, volé en mars 2005.

Trois jours plus tard, dans un box situé à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), ils ont découvert un kilo de TNT, dix-neuf bâtons de dynamite, deux fusils d?assaut Famas et Kalachnikov, trois armes de poing, onze détonateurs, des cagoules et gilets pare-balles, et même un pull-over de gendarme. Les policiers, qui s?attendaient à trouver davantage d?armes lourdes, n?écartent pas l?hypothèse d?autres caches.

Quant au kilogramme d?explosifs supplémentaire mentionné dans les premiers renseignements de la DST, il a sans doute été utilisé au cours de l?attaque d?un centre-fort, à Beauvais, le 7 octobre. Une opération reconnue par un des gardés à vue.

@ 2 005 Le Monde ? Piotr Smolar ? Distribué par The New York Times Syndicate

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