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Tout le bonheur du monde?

24 décembre 2005, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

par Nad SIVARAMEN

On vous souhaite volontiers tout le bonheur du monde. Les cartes de voeux qu?on envoie ou reçoit actuellement abondent de formules bien intentionnées. Mais est-ce que le monde a tant de bonheur à donner ? Pas sûr...

Le monde ne fait plus de cadeaux. La délégation mauricienne, revenant de Hong-Kong, mesure sans doute la complexité des enjeux commerciaux. La « satisfaction » d?avoir sauvegardé nos intérêts risque d?être de courte durée. Il ne faut pas se faire d?illusions : l?érosion de nos privilèges ne fait que commencer. Dans le concert infernal de l?OMC, nos ministres, malgré tout leur zèle patriotique et leurs déclarations passionnées, ne peuvent en fait pas grand-chose contre la libéralisation à outrance. Il y a aujourd?hui une économie mondiale avec des entreprises mondiales, des problèmes mondiaux (crise monétaire et financière, flambée du prix du pétrole, chômage dû à des réajustements structurels) et des Etats nationaux qui se démènent, comme ils peuvent, sur un échiquier de plus en plus complexe.

Même le Père Noël ne se fait plus d?illusions. Il a raison d?insister (dans «l?express-samedi») que « les Mauriciens devraient cesser de croire qu?ils sont spéciaux et que le monde doit les traiter de manière préférentielle...»

Certains diront, à tort ou à raison, qu?il n?y a pas que l?économie dans la vie, que la santé est la chose la plus importante au monde. Mais ici aussi les voeux, aussi pieux soient-ils, ne rejoignent pas la cruelle vérité des faits. En 2005, cinq millions de personnes ont contracté l'infection au VIH et plus de trois millions sont décédées d'une maladie associée au sida. L?Organisation mondiale de la santé n?arrive pas à freiner la propagation du VIH qui a des effets dévastateurs sur les sociétés et l'économie mondiale. Dans certains pays jusqu'à la moitié de la population adulte est infectée. À Maurice, même si nous n?en sommes pas encore à ce stade, la situation devient inquiétante. Et ce malgré des efforts multiples pour enrayer la propagation de la pandémie aux quatre coins de l?île. Il faudrait redoubler d?efforts, concrétiser les promesses, comme celle de soumettre tous les parlementaires à un exercice de dépistage, pour montrer l?exemple, au lieu de discourir...

La paix est un autre voeu qu?on transmet de bon coeur, de tout temps. Mais c?est triste de constater que le monde reste agité par des guerres qui, au lieu de s?arrêter, s?intensifient. À moins que « la vraie paix pour nous, comme disait Prévert, c?est quand il y a la guerre ailleurs ». « Le Petit Robert » distingue trois sortes de paix : l?entente entre les individus, la tranquillité de l?âme et du coeur, la non-belligérance entre les Etats. Cette année, l?enlisement des forces américaines en Irak et les attentats terroristes occultent ces autres conflits qui minent la terre, dont les affrontements sanglants sur le continent africain. Chez nous, on tue, de plus en plus, pour une cigarette, ou pour rien...

La prospérité....À la veille de Noël, Moody?s nous ramène à la dure réalité : Maurice se trouve en zone économique rouge. Alors que nos politiques, inertes devant un contexte mondial de plus en plus difficile, se querellent entre eux, le pays se voit rétrogradé de la catégorie ?stable? à celle d?une économie ?négative?...

2006 sera dure. Au-delà des voeux, il s?agit de voir le monde tel qu?il est, avec ses réalités pas toujours joyeuses. La paix ou plutôt la guerre pourrait prendre une nouvelle ampleur avec l?Iran déterminé à aller jusqu?au bout de son programme nucléaire. La prospérité du monde est illusoire; les économies ne se porteront guère mieux avec le prix du pétrole qui continuera à flamber. La santé mondiale est sous la menace d?une grippe aviaire...

Durant cette période festive, on présente nos voeux de manière automatique, avec nos formules de bonheur toutes faites. Ce n?est pas si mal, la parole est le commencement de l?action.

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