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Quand Maurice était la « colonie » du FMI

10 décembre 2005, 20:00

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C?est la phrase choc que certains politiques allaient trouver dès la fin des années 70 : « Maurice est devenue une colonie du Fonds monétaire international. » Façon de dire que le gouvernement ne contrôlait plus les orientations économiques du pays. Ce sont les institutions très « américaines » aux méthodes décriées, le F.M.I et sa s?ur jumelle, la Banque mondiale qui vont essayer de sortir l?île d?une grave crise économique. Tandis que la première établit une liste de prescriptions à suivre d?urgence, la seconde pourvoit au financement des fameux ajustements structurels.

À partir de 1979, les gouvernements successifs vont suivre les recommandations, plus ou moins fidèlement. Et comment ne pas le faire. Quand Maurice recourt à l?aide du F.M.I en 1979, l?économie est moribonde. L?inflation frôle les 20 %, la croissance économique stagne autour de 3 %. Le secteur sucre, après quelques années de boom, piétine. Les finances de l?État sont dans le rouge. Pour l?année 1979, les revenus de l?État se chiffrent à Rs 1,4 milliard, tandis que la dette publique s?élève à plus de Rs 5 milliards ! Le déficit budgétaire dépasse allègrement 11 % du produit intérieur brut (PIB). Dans ces conditions, le F.M.I préconise un remède de cheval.

Sir Veerasamy Ringadoo, le ministre des Finances, choisit de suivre l?une des prescriptions du FMI. La roupie est ainsi dévaluée en 1979 et en 1981. Objectif : rendre les exportations mauriciennes compétitives et freiner la grosse consommation de produits importés étonnamment disproportionnée par rapport aux revenus des Mauriciens. Cela ne suffira pas à redresser l?économie d?autant plus que d?autres recommandations du FMI restent lettre morte, comme celle concernant l?assainissement des finances de l?État.

Le gouvernement change en 1982, et le nouveau ministre des Finances, Paul Bérenger, choisit alors de suivre scrupuleusement les recommandations prescrites. Dans le document State of the Mauritius Economy de juin 1982, Bérenger trace sa route. Réduire le déficit budgétaire, revoir le régime de subside sur le riz ou la farine, revoir la politique fiscale, réduire les emprunts de l?État, figurent sur la liste de ses priorités. Mais au sein du gouvernement, tout le monde ne souhaite pas suivre la voie de l?austérité et l?imposer à la population. Ce sera l?une des nombreuses raisons qui précipitera la cassure.

Quand Anerood Jugnauth revient à la tête du pays en 1983 avec un nouveau gouvernement, quelques mesures intéressantes pour le budget de l?État ont déjà été prises : la Sales Tax, qui existe désormais, va rapporter des milliards à l?État jusqu?à ce qu?elle soit remplacée par la T.V.A en 1998. Les gouvernements qui se succéderont jusqu?à la fin des années 90 mettront à chaque fois en place un cadre économique propice pour que les entreprises étrangères s?établissent à Maurice, surtout dans le textile. Le tourisme, le sucre et l?industrie manufacturière locale connaissent également un nouvel essor. L?industrie financière naît.

Maurice a été « décolonisée » par le F.M.I depuis. Il cite même le pays comme l?exemple parfait de réformes réussies qui ont permis d?enregistrer des taux de croissance économique et de développement humain très enviables. En 1980, le pays génère Rs 7,2 milliards de richesse par an, vingt ans après, il en génère 20 fois plus. Mais la conjoncture internationale, la viabilité des entreprises florissantes hier, le train de vie de l?État? Tout a changé entre-temps.

Vingt ans après le décollage économique, il est donc à peine exagéré de dire que le pays court à la catastrophe. Doit-on en conclure que l?heure de la « recolonisation » a sonné ?

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