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Lettre au cousin comorien

10 décembre 2005, 20:00

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Je dois te l?avouer, devant les accolades de nos chefs, les réflexions qui me sont venues n?ont pas été très honorables. L?on nous a tellement asséné de scénarios catastrophes ces derniers jours que tant de générosité de la part de mon pays au tien m?a fait tiquer.

Mais pourquoi donc nous, pourquoi maintenant, alors que le couperet vient de tomber sur le sucre, et que la réunion de l?OMC risque de mettre encore en évidence la vulnérabilité de notre textile et de notre thon ? Est-ce parce que l?histoire regorge de cas d?États économiquement instables devenus des foyers de criminalité, de drogue, de violence, de terrorisme, que la région a voulu se protéger à tout prix ?

Ce cynisme, je te rassure, a été balayé par d?autres pensées plus flatteuses. Être bailleur de fonds pour un voisin nécessiteux, en réalité, aura restitué la confiance en les capacités de mon pays, flatté son ego qui s?effritait sous le poids de sombres prédictions. À ce sentiment se mêle la satisfaction de pratiquer une certaine idée « éclairée » de la mondialisation, celle-là même que l?on réclame des pays riches : les barrières qui tombent doivent permettre de mieux percevoir les faiblesses des uns et des autres et d?y remédier afin de favoriser des opportunités de coopération. Enfin, il y a eu, grâce à ce « Donor?s meeting », le soulagement de savoir que sera toujours aidé celui qui est organisé politiquement pour s?aider soi-même.

La confiance en les capacités de mon pays allait en s?érodant, en même temps que les préférences. Le verdict jeté la semaine dernière par le FMI avait résonné comme un glas. Depuis l?annonce de cinq années de douleur par l?institution, les images des années 80 se sont bousculées. Serons-nous obligés d?imposer au pays les prescriptions contraignantes de ces temps-là alors que nous avons habitué la population à un certain mode de vie ? Ce gouvernement va-t-il adopter une ligne aussi radicalement opposée à ce qui a été son orientation jusqu?ici sans risquer un déséquilibre social ? Allons-nous renoncer à nos politiques économiques pour nous laisser mener par des experts dont on dit qu?ils servent la même soupe à tous sans considérations des particularités de chacun ? Allons-nous, avec le parcours que l?on a, accepter de nous rendre plus vulnérables en nous soumettant à de grosses dettes en contrepartie d?une recette dont les résultats ne sont pas garantis ?

Peut-être pas. Une comparaison entre la situation dans laquelle les Comores se trouvent et la nôtre, sans vouloir te blesser, permet de penser que nous n?avons pas besoin de la même assistance. Nous avons la liberté, comme le Zimbabwe, la Malaysie, de faire autrement. Nous avons des experts maison qui connaissent suffisamment la situation pour piloter habilement hors de l?impasse. Il suffit d?avoir le courage politique de prendre des décisions et de les expliquer. La Banque de Maurice n?a pas eu besoin d?être conseillée pour bouger les jetons. Nous voulons croire que son choix sera judicieux. Mon pays est assez solide pour trouver ses solutions.

Tu m?as donné cette conviction, nécessaire pour aller plus loin. Je crois que, tout comme la sincérité de ton président à vouloir repêcher les Comores a convaincu l?Union africaine, de même, nous avons du crédit pour séduire ceux dont nous sollicitons l?aide pour assumer nos choix. Le commissaire européen au commerce n?affiche-t-il pas de bonnes dispositions ? Il faisait cette semaine un plaidoyer pour l?aide aux pays de l?Afrique subsaharienne, « the overwhelming losers ». « A credible package of aid for trade would do far more good for development than pressing the EU to go further and faster in cutting agricultural tariffs because of the real damage this would do to poor countries that depend on their preferential access to our markets », écrivait-il dans « The Guardian » en marge de la reunion de Hong Kong.

L?aide promise par l?UE, dit-il, est insuffisante et doit être revue. Il propose a « 20 year programme of aid for trade ». Ses collègues n?ont pas la même sollicitude, certes, mais rien n?est perdu.

Ce n?est pas en se refilant des enveloppes que l?on s?entraide mais en se sentant responsables durablement les uns des autres. On dit que dès qu?un pays a eu suffisamment d?aide pour mettre le pied sur le premier échelon, il monte l?échelle. Mais il faut pouvoir compter sur lui-même autant que sur une présence continue des États amis, aussi bien sur le plan de l?investissement que sur celui de la gestion et l?utilisation de ces fonds. Nous commençons une aventure dans laquelle il nous faudra trouver nos marques ensemble pour compenser notre vulnérabilité, notre dépendance sur l?agriculture et le tourisme insuffisamment exploité. Allez, cousin. Courage. « Failure is not about falling down because we all fall down, but failure is the inability to stand up when one falls down. »

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