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Quid de la dépréciation de la roupie ?
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Quid de la dépréciation de la roupie ?
Depuis le temps qu?on en parle, à demi-mot ou plus ou moins ouvertement, le Premier ministre a fini par réagir. ?Il n?y aura pas de dévaluation de la roupie?, a assuré Navin Ramgoolam mercredi soir à l?occasion de l?ouverture d?un show-room de voitures de luxe de Leal & Co. Ltd.
?C?est un signal positif et clair?, commente le directeur du Joint Economic Council (JEC), Raj Makoond. ?C?est bien que le Premier ministre soit intervenu. Quand on commence à spéculer, cela crée davantage de pénurie, complique tout, et crée davantage de pression. La politique monétaire doit être gérée à froid?, commente Mahmood Cheeroo, secrétaire général de la Chambre de commerce et de l?industrie (CCI).
Mais si le Premier ministre soutient qu?il n?y aura pas de dévaluation, cela n?empêche pas une dépréciation plus ou moins rapide de la monnaie. Ce que les exportateurs appellent une ?roupie compétitive?. ?Je pense que le Premier ministre n?avait pas d?autres choix que de dire qu?il n?y aura pas de dévaluation mais finalement il sera obligé de laisser filer la roupie graduellement comme les autres avant lui?, commente un exportateur de la zone franche.
Cette dépréciation de la roupie est effectivement un fait. Et elle s?accélère. Entre juin 2004 et juin 2005, la roupie s?est dépréciée de 3 % par rapport au dollar passant de Rs 28.65 à Rs 29.65. En l?espace de cinq mois ? de juin à fin novembre ? la roupie a perdu encore 3,7 % par rapport au dollar.
?Qu?on l?appelle dépréciation ou dévaluation, la roupie perd de sa valeur?, commente un cambiste. Pour Mahmood Cheeroo, ni la dévaluation, ni une dépréciation soutenue ne sont souhaitables dans la conjoncture. ?Cela risque de remettre en cause la perspective d?une relance économique. Il faut maintenir notre monnaie autant que possible?, soutient Mahmood Cheeroo.
En attendant, la mise au point du Premier ministre était sans doute nécessaire. Elle arrive à un moment où les rumeurs et les spéculations quant à une éventuelle dévaluation de la roupie ont monté crescendo. ?La rumeur s?est faite plus forte dans le sillage de l?annonce d?une baisse de 36 % du prix du sucre. Je ne sais pas comment ils ont fait leurs calculs, mais beaucoup spéculaient sur une dévaluation de 20 à 25 % de la monnaie?, témoigne un banquier.
?Mauvais signe?</B>
L?impact de cette baisse du prix du sucre sur l?économie et le marché des changes ? Rs 4 milliards de devises de moins ? a semblé, pour beaucoup, une situation insurmontable sans le recours à la dévaluation. D?où sans doute la sortie du Premier ministre sur la question.
Mais pour ce qui est de juger de son efficacité réelle à mettre fin aux spéculations, les avis sont partagés. ?Je pense que cela aura l?effet inverse. Les hommes d?affaires à qui j?ai parlé depuis ce matin n?ont pas l?air convaincus et c?est mauvais signe?, déclare un spécialiste de la politique monétaire.
Faire entrer les devises
Une dévaluation est une révision à la baisse du taux de change de la monnaie par rapport à d?autres devises, disons le dollar. Pour qu?il y ait dévaluation, il faut au préalable un taux fixe, par exemple entre la roupie et le dollar.
Mais ce taux fixe n?existe plus depuis 1983 quand la roupie a été ?delinked? des droits de tirage spéciaux (DTS) du Fonds monétaire international qui lui servait d?ancrage. Pierre Dinan, économiste, explique qu?il voit mal comment il pourrait y avoir une dévaluation décidée par le gouvernement puisque Maurice a adopté un système de taux de change flottant. Il faudrait donc un retour en arrière à un taux de change fixe.
?Un tel retour en arrière remettrait en cause notre structure de marché. A travers une éventuelle dévaluation, il s?agirait principalement de rendre nos exportations compétitives comme l?a fait la Chine. La déclaration du Premier ministre est rassurante car il réaffirme que les forces du marché doivent continuer à jouer?, déclare un observateur.
Pour les observateurs de l?économie, une dévaluation aujourd?hui n?aura pas le même impact qu?en 1981. L?économie est aujourd?hui plus diversifiée. L?industrie sucrière ne pèse plus le même poids dans l?économie.
Mais avec la contraction du textile-habillement, il est peu probable que les effets bénéfiques d?une dévaluation ou forte dépréciation compenseront les effets négatifs certains que causera la flambée des prix des produits importés avec une monnaie plus faible. Sans compter l?impact d?une dévaluation ou dépréciation rapide sur la note pétrolière du pays tandis que le cours du brut reste élevé.
Mais le problème reste comment faire entrer des devises pour compenser les pertes sucrières et alimenter le marché des devises ? ?En attendant des investissements étrangers en nombre suffisant, il faudrait peut-être songer à demander à certains fonds de pension de l?Etat de rapatrier leurs placements à l?étranger? déclare un analyste. ?Ce ne sera qu?un quick fix mais il faudra bien y recourir en attendant de résoudre les problèmes structurels?, soutient-il.
Entre-temps, les financiers et hommes d?affaires attendent beaucoup du discours que prononcera aujourd?hui, le gouverneur de la Banque de Maurice (BoM), Rameswurlall Basant Roi, à l?occasion du dîner annuel de la Banque centrale. Le patron de la BoM commente si rarement la politique des taux de change?
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