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«Ma position n?est pas religieuse»

25 novembre 2005, 20:00

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Quels sont vos sentiments à la suite de l?arrestation d?un médecin qui a aidé une femme à avorter ?

Enfin, je peux compatir qu?un médecin se trouve dans une telle situation, mais pour moi, c?est une preuve de plus que l?avortement, même quand il est fait par un mèdecin, reste une intervention dangereuse.

Vous conviendrez que si l?avortement est fait dans des conditions médicales satisfaisantes, il y a moins de riques d?avoir des complications ?

Mais il y a toujours des riques. On ne peut pas dire qu?il n?y a pas de risques?

?comme toute intervention médicale !

Oui. Et il faut qu?on en soit conscient. Des riques physiques comme une déchirure, une infection mais aussi des sequelles psychologiques.

Mais cet incident récent ? où la femme a eu des complications ? ne vient-il pas mettre en exergue le besoin justement de légaliser une fois pour toutes l?avortement pour que justement il y ait moins de risques ?

(Hésitations?) Ce ne serait certainement pas la solution pour l?enfant. Dans tout avortement, il y a la femme, il a aussi l?enfant. Même si la femme dit qu?elle a droit à son corps, il y a une vie en elle. Et si elle ne met pas un terme à cette vie, il y a un bébé avec tout son potentiel, avec tout ce que sa famille lui lègue.

Vous parlez de ce qu?une famille lègue à un enfant. Quelquefois, la famille lègue aussi une vie de misère, où la dignité n?existe pas?

Vous savez, il y a beaucoup d?enfants qui ont vécu dans des environnements très pauvres. Même s?ils n?ont pas suffisament à manger, au moins ils auront l?amour de leurs parents. La plus grande misère est affective mais pas matérielle. Mais je reconnais qu?il y a des enfants qui naissent et qui n?ont pas cet environnement affectif, prennent ensuite un mauvais chemin. Mais est-ce à dire qu?il faut se débarraser d?eux ?

Vous parlez d?amour mais quand une femme ne veut pas d?un enfant, disons qu?elle ait été violée - est-ce juste d?imposer cela à l?enfant ?

C?est là où la solution reste l?adoption. Je peux comprendre qu?une femme ne veuille pas d?un enfant mais est-ce à dire que ce sentiment maternel ne viendra pas après ? Les mamans du Mouvement d?aide à la maternité (MAM) qui au départ ne voulaient pas d?un enfant, ne veulent plus donner cet enfant en adoption parce qu?elles apprennent à aimer cet enfant.

«Je crois que la vie est un droit humain qu?il faut respecter. La vie commence toujours dans le ventre d?une maman.»

Nous connaissons votre position sur la légalisation de l?avortement. Pourquoi une telle position ?

Quand j?étudie ce que les lois dans d?autres pays disent, je vois que l?avortement reste un acte criminel passible de poursuites excepté dans certaines conditions. Ces conditions sont des exceptions à un acte qui est essentiellement un acte criminel parce que c?est un infanticide que tuer un f?tus.

Est-ce une position religieuse ?

Non. Je crois que la vie est un droit humain qu?il faut respecter. La vie commence toujours dans le ventre d?une maman. Mais mes principes religieux me disent que la vie nous est confiée et nous ne sommes pas les auteurs de la vie. Et c?est pareil dans toutes les religions. C?est l?homme qui est l?initiateur de la transmission de la vie, car c?est lui qui féconde la femme. Il faut donc responsabiliser les hommes. Les femmes doivent cesser de se croire les grandes héroïnes qui donnent la vie.

Et si demain il y a une proposition du gouvernement de légaliser l?avortement, est-ce que vous allez prendre position en vous basant sur votre croyance religieuse ?

Oui, je prendrai position mais cela n?empêchera pas les gens au gouvernement de voter selon leur croyance et s?ils ont une majorité, la loi passera.

Mais nous savons qu?il y a d?intenses lobby sur ce sujet à Maurice.

Espérons que ce sera dans les deux sens. Les «pro-vie» et les «pro-choix», pour ne pas dire «anti-vie».

Une des raisons pour lesquelles ce projet n?a jamais abouti est précisément l?activité des lobby religieux?

Vous tenez à nous enfermer dans le carcan de la religion et à nous dévaloriser dans notre désir de protéger la vie. Mais je crois qu?être une femme qui se connaît et qui connaît le merveilleux développement de la vie, ne peut faire de moi qu?une personne qui a le respect de la vie, indépendamment du religieux.

Donc pour vous, l?argument que la femme devrait pouvoir décider de ce qu?elle veut faire de sa vie ne tient pas ?

Vous savez, il y a une escalade d?avortements dans tous les pays qui ont légalisé. Et s?il n?y avait pas la loi, elles n?auraient pas été incitées à avorter aussi facilement. Et tous ces pays d?Europe ont un grave problème de dénatalité. Ensuite, en Inde et en Chine, il y a eu un grave problème de manque de filles avec la sex selection, associée à l?avortement. Et ce sont des problèmes très sérieux pour l?avenir de l?humanité.

Mais n?est-ce pas un faux débat de dire que la légalisation encourage l?avortement ? Vous, par exemple, n?avorterez jamais à cause de vos principes. Légal ou pas.

Mais est-ce que j?aurai accepté de voler, légal ou pas ? Ce que je dis, c?est qu?à 22 jours, le c?ur du foetus bat, à 12 semaines, l?enfant est complètement formé et qu?à 24 semaines, c?est un enfant qui peut vivre. Et nous voulons légaliser l?avortement jusqu?à 24 semaines. (Pause?) Vous comprenez où je me situe ?

Totalement. Et donc pour vous, une femme qui se fait avorter est une criminelle ?

C?est son choix, c?est sa liberté et jamais je ne la jugerai parce que je sais que c?est une décision difficile. Comment est-ce qu?une femme oublie qu?elle aurait dû ou pu avoir un enfant ? Comment est-ce qu?elle fait face au sentiment de culpabilité, aux problèmes psychologiques ? Faut-il légaliser pour encourager ces problèmes ?

«Vous tenez à nous enfermer dans le carcan de la religion, à nous dévaloriser dans notre désir de protéger la vie.»

Donc vous persistez à croire que légaliser équivaut à encourager ?

Encourager et voir se mutiplier le nombre d?avortements dans le pays.

Et il y a un consensus sur les chiffres de l?avortement ?

Non et c?est mon combat. On dit qu?il y a 20 000 avortements par an. C?est un chiffre erroné. Selon moi, il y a quelque 3 000 à 4 000 avortements par an quand on prend en considération le nombre de femmes qui vont à l?hôpital avec des séquelles de l?avortement. à la Réunion qui est une société plus permissive que Maurice et aussi le département français avec le taux d?avortement le plus élevé, il n?y a pas 5 000 avortements par an. Si nous avions 20 000 avortements, nous serions le 5e pays au monde avec le plus fort taux après Dubayy, le Vietnam et la Russie.

Et l?avortement est légal dans ces pays là ?

Oui.

Disons que le gouvernement décide de légaliser l?avortement. Que comptez-vous faire ? Plus de concientisation auprès de jeunes ?

Je ne peux pas le faire toute seule. S?il y a une mentalité «pro-vie» à Maurice, nous arriverons à faire prendre conscience aux gens. Ce que je souhaite, c?est qu ?on ne légalise pas parce qu?il y a une majorité de Mauriciens qui est contre. On veut être connu comme un pays qui respecte la vie.

La légalisation de l?avortement ne veut sûrement pas dire que nous deviendrons une nation «anti-vie» !

Si on légalise, on entre dans la catégorie de pays qui ne respectent pas la vie.

Seriez-vous en faveur d?un référendum pour savoir si oui ou non les Mauriciens sont pour la légalisation de l?avortement ?

(Hésitations?) Je considère qu?on ne doit pas faire de référendum sur le droit à la vie. On peut faire des sondages mais pas un référendum. Ceux que nous avons élus, sont mandatés pour prendre des décisions mais aucun de ces partis n?avait mis la légalisation de l?avortement dans son programme électoral.

Mais s?il y a un référendum, irez-vous voter ?

Oui j?irai voter. Et on sera obligé de respecter le point de vue de la majorité. Est-ce que la mentalité mauricienne est «pro-vie» ou «anti-vie» ? Le référendum le montrera.

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