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Une femme de consensus !

25 novembre 2005, 20:00

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Rien dans le comportement de Mooznah Auleear-Owodally n?indique qu?elle a été boursière d?état à sa première tentative aux examens de Form VI au couvent de Lorette de Quatre-Bornes. Ni qu?elle a décroché sa maîtrise en linguistique appliquée avec distinction.

Il y a au contraire chez cette jeune femme une volonté de tout relativiser et d?imputer ses succès à la chance ou au destin plutôt qu?à ses mérites.

Ainsi, par rapport à sa bourse d?état, Mooznah assure qu?elle l?a décrochée car il n?y avait que 70 candidates dans la catégorie classique ou encore en raison du fait que deux élèves «plus douées académiquement», ont changé de filière au dernier moment. Tout comme elle impute à la chance l?acceptation de sa candidature en tant que chargée de cours quasiment simultanément par l?UOM et le Mauritius Institute of Education. «Je n?ai côtoyé ni corruption, ni favoritisme. Je vous assure, j?ai été très chanceuse dans ma vie», répète-t-elle.

En réalité, Mooznah transforme positivement tout ce qu?elle touche car elle a un esprit logique et est systématique dans ce qu?elle fait. Qualité qui lui vient de son père Afjul, qui, avec son mari Ryaad, constituent ses modèles. Même si elle aime beaucoup sa mère Shirine, qui est institutrice, Mooznah a une admiration sans bornes pour ce père, enseignant d?anglais au collège du St-Esprit qui décide de faire admettre sa fille dans une école primaire payante, en l?occurrence le couvent de Lorette de Vacoas, pour qu?elle ne soit pas contrainte de suivre des leçons particulières après l?école. «Au primaire, je n?ai pris qu?une leçon particulière de mathématiques pendant trois mois. Au secondaire, qu?une leçon hebdomadaire de mathématiques à partir de la Form IV et ce jusqu?en Form VI.»

Dans son choix de sujets au secondaire ? les langues et les mathématiques ? Moonzah avoue avoir encore subi l?influence de son père. «Nous discutions beaucoup à la maison. Et si j?avais un problème, il était là pour m?aider.» Il n?y a pas qu?académiquement qu?elle est sous le charme de ce père. D?un point de vue personnel, elle le trouve exemplaire car c?est lui qui cuisine les repas au quotidien pour la famille. Il applique le terme leçon particulière dans son sens littéral, c?est-à-dire qu?il en donne sur une base individuelle et met fin à cette pratique quand elle accède en Form IV pour mieux l?encadrer.

Être enseignante d?anglais

Si Mooznah aime beaucoup le couvent de Lorette de Quatre-Bornes, elle souffre en silence d?être la risée des élèves plus âgées qui trouvent drôle qu?elle porte ses chaussettes relevées jusqu?aux mollets, que son uniforme descende sous ses genoux et qu?elle transporte toujours son panier à goûter du primaire. Mais plutôt que de se conformer aux autres, elle résiste aux moqueries. Sa revanche est sa bourse d?état. «J?ai résisté car je voulais leur montrer que j?étais différente d?elles et que je n?allais pas me transformer selon leur bon vouloir. Être boursière a été ma revanche. Le côté positif de cette souffrance est que depuis, j?essaie de ne pas porter de jugements sur autrui.»

Sachant qu?elle veut être enseignante d?anglais comme son père, c?est à l?université de Newcastle en Grande-Bretagne qu?elle étudie pour obtenir une licence d?anglais. Mais contrairement à ce qu?elle pense, cette matière n?a trait ni à la grammaire, ni au vocabulaire. Il s?agit d?une introduction à la linguistique qui la séduit d?emblée. Elle est également ravie de voir qu?en syntaxe, ses connaissances de mathématiques lui sont utiles.

Appliquer les connaissances acquises

à son retour d?études au bout de trois ans avec cependant un sentiment d?inachevé car elle sent qu?elle a la capacité de poursuivre ses études supérieures, Mooznah intègre le couvent de Lorette de Quatre-Bornes comme enseignante d?anglais. Si elle enseigne à plusieurs classes, elle a un penchant particulier pour la Form III B de 1996, qui précise-t-elle, fut «une classe de rêve. Nous avons étudié, discuté, formé un club de poésie, pique-niqué, ri et pleuré ensemble. C?était très fort.»

Son rêve de poursuite de ses études supérieures prend forme quand elle décroche la bourse du English Speaking Union. C?est à l?université de Durham en Grande -Bretagne qu?elle étudie en vue de décrocher une maîtrise en linguistique appliquée. Sa dissertation finale a trait à la langue dans la politique éducative du primaire. Et elle retourne au pays dans le cadre de cette recherche. Mooznah finit par démontrer que l?enfant qui a un instituteur s?exprimant en anglais durant les cours, place mieux l?adverbe dans ses phrases que l?enfant dont l?instituteur ne parle pas cette langue en classe. C?est la distinction qui l?attend à la fin de ce parcours.

Elle remet ensuite le cap sur Maurice et réintègre le couvent de Lorette de Quatre-Bornes. Elle n?y reste cependant pas longtemps car elle veut absolument appliquer ses connaissances fraîchement acquises. C?est là qu?elle voit des communiqués de presse annonçant des vacances comme chargé de cours à l?UOM et au MIE et qu?elle fait acte de candidature. Les deux institutions l?acceptent. Elle opte finalement pour l?UOM en raison de la flexibilité des horaires de travail, d?autant plus qu?elle vient de se marier à Ryaad, Tax Partner chez Ernst and Young, à qui elle donne deux filles, Afifah, aujourd?hui âgée de cinq ans et Raniyah, deux ans.

Mooznah initie ses élèves de première année à la linguistique. Avec ceux de deuxième année, elle aborde la sociolinguistique. Durant la troisième année, elle enseigne l?apprentissage de la langue, les théories d?acquisition d?une deuxième langue et des langues étrangères et l?application desdites théories en classe.

Appelée à dire ce qu?elle pense de l?introduction du kreol comme langue d?enseignement au primaire, Mooznah réplique que le doctorat qu?elle prépare sous la direction de l?université de Cape Town lui a, entre autres, permis de sonder 30 parents d?enfants issus du milieu ouvrier sur ce sujet. «Les parents sont des partenaires majeurs dans l?éducation de leurs enfants. Parmi les 30 parents d?enfants à qui j?ai demandé s?ils étaient d?accord que leur enfant apprenne en kreol, seuls cinq ou six l?ont été. Chez les autres, j?ai senti de la résistance.»

Elle précise que son étude n?est pas le reflet de la pensée de tous les parents mauriciens. «Si on veut réformer la langue dans la politique éducative, il faut un consensus à ce sujet. Et cela doit passer obligatoirement par un référendum. Je lis dans la presse que les Mauriciens veulent du kreol comme langue d?enseignement mais qui le dit et sur la base de quoi?»

Selon Mooznah, pour que l?éducation dans la langue maternelle soit une réussite, il faudrait en parallèle un enseignement bien planifié d?autres langues comme l?anglais, le français et les langues orientales. «Les enfants africains acquièrent cinq à six langues dans leur environnement et n?ont aucun problème à jongler avec. Le tout est dans la manière de procéder. Si l?on impose l?éducation dans la langue maternelle, les personnes ayant les moyens se tourneront vers les écoles privées. Les autres n?auront pas le choix mais s?ils sont déjà résistants à l?application de cette

politique, l?enfant le sentira et réagira en conséquence. Imposer la langue maternelle dans un milieu résistant, c?est semer les germes du chaos social?»

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