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«Des envies d?en finir avec la vie?»

26 novembre 2005, 00:00

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«Mes rêves se sont écroulés comme un château de cartes. J?ai réalisé que je ne servais plus à rien. Je me suis demandée pourquoi c?était moi. Mais je n?ai jamais pu pleurer. Le chagrin est resté muré en moi.» A 29 ans, Laura Fanor revient sur le cauchemar qu?elle a vécu à l?adolescence et sur l?épreuve qu?a été sa vie depuis le jour de cet accident qui l?a rendue hémiplégique. A 16 ans, elle était pleine de vie, d?allant, d?espoir? Elle se voyait hôtesse de l?air, animatrice télé, était prête à tout pour réaliser ses rêves. Aujourd?hui, elle aspire avant tout à trouver un emploi. Une façon de se sentir comme les autres?

«La santé, c?est des jours avec et des jours sans. C?est le moral qui ne va pas vraiment. Je crois que si je trouve un emploi, ce sera le plus beau jour de ma vie. N?ai-je pas le droit de rêver d?être comme les autres qui travaillent et contribuent à l?économie du pays ? Devrais-je rester toute ma vie comme une poupée de chiffon», se lamente Laura. Le 14 novembre, elle a fêté son 29e anniversaire. Treize années se sont écoulées depuis son accident.

Laura est alors en Form IV au collège Eden de Rose-Hill et est déterminée à faire sa Form VI afin de pouvoir embrasser un des métiers qui la font rêver. Le 6 juin 1993, elle va déposer une amie zambienne à l?aéroport en taxi. Elle est assise sur la banquette arrière. Sur le trajet retour, une voiture venant en sens inverse frôle le taxi. Le chauffeur perd le contrôle et le véhicule percute un pylône électrique. Laura est éjectée de la voiture et prend un sale coup à la tête.

A son réveil, après 42 jours de coma, elle ne peut plus se mouvoir. Elle est atteinte de paralysie partielle. Elle n?arrive même pas à parler. Sa mère, Arlette, doit tout faire pour elle. Au bout de six mois, elle parvient à parler avec peine. C?est là qu?elle se rend compte que ce qu?elle prenait pour un cauchemar interminable est en fait la réalité. «J?ai souvent pensé mettre fin à mes jours. Mais pour l?amour de mes parents, j?y ai renoncé, acceptant le fait d?être devenue une autrement capable.»

Laura suit une session hebdomadaire de physiothérapie mais les résultats ne sont pas probants. Elle se fait admettre en Form IV au collège Lorette de St-Pierre mais peine à suivre le programme d?études. Elle doit renoncer. Elle passe alors ses journées à broyer du noir dans son fauteuil roulant. Elle décide finalement de tenter de marcher en s?agrippant à sa chaise. Petit à petit, elle s?aventure dans les rues de St-Pierre et pousse chaque jour un peu plus loin. «Heureusement que je ne suis jamais tombée». Les progrès sont lents mais apparents.

Pour ne pas rester enfermée, elle se rend tous les jours à la Physically Handicaped Welfare Association à Rose-Hill. «En voyant la joie de vivre d?autres personnes autrement capables, je me suis dit qu?il se peut que je demande trop à la vie. Aujourd?hui, à force d?efforts et de volonté, j?arrive à marcher avec une canne et même à prendre le bus. Mais j?angoisse quand il faut traverser la route. A ce moment-là, je demande de l?aide.»

Trouver un emploi est devenu une obsession, surtout depuis qu?elle a réussi avec succès les cours d?informatique et de relations publiques, dispensés par la Mauritius Employers? Federation. «En nous remettant nos certificats, l?ex-ministre Lauthan avait promis de nous faire avoir du travail. Nous n?avons rien vu venir. Il y a un mois, j?ai laissé mes certificats avec le ministre Burty David qui remplaçait la ministre de la Sécurité sociale à une fonction. Je n?en ai plus entendu parler. Je crois qu?on m?a rangée aux oubliettes. Un travail m?aiderait à aller de l?avant dans ma vie.»

Aux usagers de la route, Laura recommande d?être prudents. «Ouvrez bien les yeux et dites-vous que vous n?êtes pas seul sur la route. Il y a d?autres gens et vous risquez d?altérer radicalement leur vie.» Et au public en général, elle demande un changement de regard sur les autrement capables. «Mes amis autrement capables disent qu?ils sont incompris. Quand il faut faire queue pour un service quelconque et qu?un préposé tente de les faire passer avant les autres, ces derniers se mettent en colère et grognent. Ce n?est pas juste. Il faut leur accorder priorité?»

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