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Sugqr free

25 novembre 2005, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le couperet est tombé. La dépendance du pays au sucre devra être ramenée à de justes proportions. Que fait-on maintenant ? Se lancer corps et âme vers l?économie de service ? Se reporter sur le tourisme comme une béquille susceptible d?apaiser tous nos malheurs ? Et parallèlement minimiser la casse avec le textile ? Sans doute. Mais en faisant cela, nous demeurons dans le même paradigme. En bons adeptes du rattrapage, nous ne serions au mieux que dans la course pour éviter la mort subite. Il reviendra aux décideurs politiques et aux acteurs économiques de dresser le plan de survie. Toutefois, sans une ascèse nationale, tous les efforts ne serviront qu?à atténuer le mal sans l?éradiquer.

La réponse à nos angoisses se trouve ailleurs. Elle est dans une action qui vise la transformation radicale de la société et de l?économie mauriciennes. Il y a désormais urgence et il ne sert à rien de continuer à se morfondre ou à se laisser gagner par une forme d?apathie. La transformation, elle, n?obéit qu?à une seule logique : le réformisme. C?est notre planche de salut.

Jusqu?ici les différentes mutations de la société mauricienne se sont faites dans un esprit de consensus. Le textile et le tourisme, créateurs d?emplois à bon marché, n?ont buté sur aucune résistance. Aussi longtemps qu?il s?agissait de développement industriel ne nécessitant pas une main-d??uvre hautement qualifiée, il n?y a pas eu de gros problème. Aujourd?hui la donne a changé. Et l?île Maurice s?est réveillée avec un système éducatif archaïque. Un intérêt général en déconfiture. Un système de retraite qui étouffe. Surtout un Etat providence de plus en plus anachronique.

Lorsqu?on sait, de surcroît, que des lobbies dits socioculturels travaillent ouvertement en faveur du statu quo, il y a de quoi avoir peur. Lorsqu?on prend la mesure de l?influence de l?idéologie ouvriériste des penseurs du gouvernement, on peut céder au défaitisme. Finalement quand on prend en compte le déficit d?imagination de certains de nos décideurs, il y a tout lieu de se livrer au désespoir. Pourtant, il faudra croire que le processus de crétinisation de la société mauricienne n?est pas irréversible.

Cela passe avant tout par une redéfinition du rôle de l?Etat. Pusillanimes, les politiques ont toujours encouragé une vision sacralisée de l?Etat. C?est sans doute notre manière d?introduire un peu de religieux pour relativiser le modèle de l?Etat laïc. C?est ce qui explique également qu?un certain nombre de Mauriciens croient qu?il n?y a que quelques patronymes qui ont droit au poste suprême de Premier ministre. Il s?agit aujourd?hui de garantir son caractère séculier à l?Etat. Du coup l?introduction d?une dose de concurrence dans ses mécanismes s?avère irrémédiable. Cela implique une réforme en profondeur du service civil. Le chantier est vaste. Nos politiques ont un défi à relever.

La rationalisation de l?Etat ne peut se faire sans la modernisation de la société politique. Nos hommes en robe noire, médecins, travailleurs sociaux et autres anciens syndicalistes devront composer avec des hommes d?imagination qui ne font pas partie du circuit traditionnel des politiques. Jusqu?ici l?Etat a fonctionné selon un modèle prédéterminé. Ce modèle n?est plus efficace dans le monde contemporain. Pour le réformer, les dirigeants politiques devront faire appel à des compétences locales et étrangères, pas uniquement techniciennes.

Ce défi, il est aussi celui de la société civile. C?est elle qui sert de relais. C?est elle qui alimente le débat. C?est elle qui provoque le choc des idées. Ce n?est pas se montrer sévère que d?affirmer qu?elle a très peu rempli son rôle jusqu?ici. Reste les acteurs du monde des affaires. Que leurs paroles critiques sortent des seuls salons où ils se réunissent en congrégation sélecte et on saura combien de choses il faut réellement changer dans ce pays.

Pour un pays conservateur et puritain, cela fait beaucoup. Ce sont pourtant là les conditions de survie.

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