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La survie des petits
par Kamlesh BHUCKORY
Demain, les ministres européens devraient donné leur feu vert à la réforme du régime sucrier. Le prix de notre sucre pourrait perdre un maximum de 39 % de sa valeur. Depuis l?annonce, les ministres se sont succédé et se sont jetés dans la bataille ? à chacun son style ? pour relayer auprès de l?Europe nos appréhensions et attentes.
Nous avons fait de notre mieux dans le court laps de temps après l?annonce de réforme en juillet 2004. Dommage que les partenaires de l?industrie ne se soient vraiment décidés à bouger qu?à partir de ce moment. Car réduire drastiquement ses coûts en quatre ans (la durée de la réforme), est quasi insurmontable. Pour tous. Et surtout les petits planteurs.
Continuer à croire que fructifier leurs petites exploitations avec les moyens traditionnels est un pas majeur vers l?abysse. Comment survivront-ils avec 40 % en moins sur leurs revenus ? On ne le dira jamais assez. Le regroupement est un impératif pour tenter d?assurer la survie de ces 30 000 planteurs. Mais le conservatisme prolongé de cette communauté irrite. En dépit du martèlement continu des ministres de l?Agriculture, au fil des décennies, ils n?ont toujours pas saisi les avantages de cultiver de grandes surfaces au lieu de petites parcelles jouxtant l?une à l?autre.
Sur une petite superficie, les charges financières sont énormes. Déplacer pelleteuse et unité de concassage pour labourer 50 perches à proximité des zones résidentielles, les flancs de montagne ou dans des coins retirés endettera davantage le petit planteur, sans compter d?autres dépenses parallèles tel le convoyage de ces pierres et terres en excès. L?Etat leur ouvre une porte de sortie. Ils ont la possibilité de morceler et vendre sans débourser pour les frais inhérents.
Dans ce contexte de baisse de prix, l?Etat leur tend les bras, se propose d?épierrer et d?irriguer leurs terres, l?obligation étant que ces planteurs acceptent d?intégrer un établissement avec une gestion commune de leurs propriétés. Un budget de Rs 500 millions a été débloqué. Ils rechignent toujours. Ils ont peur. Cette crainte de perdre la jouissance de leurs terres entraînera certainement leur disparition certaine.
Aujourd?hui, ils n?ont plus qu?un seul choix. Celui de sauter dans le train express de la modernisation pour récolter davantage à moindre coût, ce, en investissant dans la mécanisation et l?irrigation de leurs terres, aplanir leurs terres pour que la récolte soit rapide, sans forte mobilisation de main-d??uvre. Bref, gérer ses champs avec professionnalisme, en tant qu?agriculteur responsable.
Qu?en est-il du reste ? Les grands planteurs individuels ayant 20 ou 50 arpents survivront en réduisant les dépenses courantes. Et ce sont ceux qui disposent d?une superficie moindre qui ont l?obligation de se regrouper pour bénéficier d?économies d?échelle. Chaque semaine perdue à parlementer sur de petits détails les pousse vers la déroute. L?Etat leur propose une entité légale. Les organismes parapublics, en voie de réorganisation, seront à leurs côtés pour les guider dans la transformation de leurs champs. Leurs contributions et les primes d?assurances seront révisées à la baisse.
Les compétiteurs mondiaux ont évoluent dans une qutre dimension. Au Brésil, les champs se mesurent en milliers d?hectares, plats, d?un coin à l?autre. Où seront les petits planteurs dans dix ans ? L?avenir n?est plus entre les mains de l?Europe mais entre les leurs.
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