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Quand les langues installent des frontières?
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Quand les langues installent des frontières?
Prendre en considération la langue première de l?enfant pour faciliter son entrée dans l?écrit. Ne pas le brimer dans l?utilisation de sa langue maternelle pour ne pas engendrer un malaise, voire un conflit interne. En cette aube du troisième millénaire qui s?annonce plus que jamais multilingue et multiculturel, comment établir des passerelles entre langues et cultures, afin que la diversité linguistique dans laquelle baigne l?élève mauricien soit plus un atout qu?un obstacle ?
Le colloque international, qui s?est tenu avant-hier et hier au Mauritius Institute of Education (MIE) sur le thème Ecole et plurilinguisme, quelle gestion ? pose les premiers jalons de cette épineuse entreprise. Si la Belge, Marielle Bruyninckx, de l?université de Mons-Hainaut se dit plutôt sereine quant à l?habileté de ses compatriotes à jongler avec les trois langues officielles de son pays (le néerlandais, le français et l?allemand), les intervenants mauriciens se montrent plus que circonspects.
Tous s?accordent à dire que ?la situation est plus qu?alarmante et qu?un état d?urgence s?impose? : il est inadmissible que certains élèves arrivent en Form I sans pouvoir rédiger un texte en langues étrangères.
Vickram Ramharai, du MIE, déplore : ?Bon nombre de candidats ne tentent même pas d?épreuve de rédaction lors des examens du Certificate of Primary Education.? Le système de question à choix multiples et la nouvelle grille de notation permettent aux candidats de réussir en langues, sans pour autant devoir travailler la rédaction. Vickram Ramharai rapporte aussi que la rumeur veut que certains enseignants préparent les élèves à 75-80 points, en négligeant intentionnellement l?unique exercice où leur capacité d?écriture est testée.
La gestion de deux langues
Une telle attitude crée une incidence sur la pédagogie. Et quand on sait combien la rédaction est essentielle dans la maîtrise des langues, on commence à comprendre le constat plus qu?inquiétant : 49,9% des candidats obtiennent zéro en rédaction française.
Imposer à des enfants une autre langue dans leurs premières années d?apprentissage, c?est leur faire subir une surcharge cognitive et émotionnelle. La gestion de deux langues implique une double prise en compte de dimension sémantique et formelle. ?Quand on aborde les langues avec ses tripes et non avec son cerveau, la situation devient un peu compliquée?, souligne Rada Tirvassen du MIE. Il observe que les choix de politiques linguistiques à La Réunion et à l?Ile Maurice sont assez identiques. ?Leurs initiatives prises ne remettent pas en question les fondements théoriques mais on reste globalement dans des systèmes d?éducation monolingues. Ces deux écoles s?ouvrent à la prise en compte de l?environnement culturel plus qu?à des paramètres psychologiques.?
Rada Tirvasen espère, à l?avenir, mettre en place une collaboration scientifique entre Maurice et la Réunion avec pour finalité des travaux sur l?aménagement linguistique. Afin d?établir ce difficile, mais combien essentiel, lien entre la sociolinguistique et la psycholinguistique. ?L?objectif est d?interroger l?aménagement linguistique dans ses orientations théoriques et dans ses prolongements sur le terrain empirique pour analyser la fiabilité des réponses qu?il peut proposer aux questions fondamentales auxquelles l?école plurilingue est confrontée.?
Parler plusieurs langues n?est pas synonyme de réussite à l?école. Alain Coïaniz, de l?université de La Réunion, préconise que l?élève évolue dans des conditions favorables qui se situeraient dans les trois paradigmes suivants : une prise en compte de sa personnalité propre, faire en sorte que les valeurs de la famille concordent avec celles de l?école et être constamment dans une tension ?épistémique? : ?Il ne faut pas une ?autocentration? , mais une propension à être ouvert.?
Dans une société multilingue, il est nécessaire d?instituer une fonction et un statut à chaque langue pour lui apporter une structuration de base. Militantisme primaire du créole et bonne volonté pédagogique se heurtent souvent, se confondent parfois. ?A Maurice, estime Rada Tirvassen, le statut et la fonction du créole ont énormément évolué en 20 ans et les décideurs doivent prendre cette évolution en considération.? Les échecs s?accumulent. La souffrance des élèves et des parents est tangible. Une réforme éducative s?impose, dans un dernier souffle.
Depuis quelques années, la question linguistique est sur le devant de la scène éducative mondiale. Il est opportun de concilier les impératifs de la préservation de sa propre identité avec ceux de la communication avec autrui. Si le monolinguisme est réducteur, un plurilinguisme mal géré ne saurait faire taire les mauvaises langues.
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