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Pétition rodriguaise à propos d?un canon démantelé
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Pétition rodriguaise à propos d?un canon démantelé
Des Rodriguais, soucieux de la préservation de leur patrimoine historique, circulent une pétition, en novembre 1980. Forts des signatures recueillies, ils comptent solliciter l?aide de l?armée anglaise pour restaurer un énorme canon, installé sur leur île, pendant la Seconde Guerre mondiale. Ils y voient le symbole même de la participation rodriguaise à l?effort de guerre en 1939-45.
Il y est souligné que celle-ci est frappée du sceau du volontarisme et du bénévolat alors que la conscription est obligatoire à Maurice. Au fait, c?est à la suite de l?initiative personnelle de Joseph Ahkang, réclamant l?honneur de faire partie de l?armée anglaise, que celle-ci envoie des officiers pour recruter d?autres volontaires. Leur nombre suffit à créer, sur place, un régiment rodriguais. Peu après, les Anglais débarquent l?énorme canon pour assurer la défense de l?île. Il est installé au sommet d?une colline qui, depuis, porte le nom de Montagne Canon.
A la fin de la guerre, l?engin est en partie démonté. En raison des difficultés pour descendre différentes pièces à Port Mathurin, les plus grosses d?entre elles sont laissées sur place. M. Ally Goolam Hossein, le plongeur très connu de Taylor Smith, se fait un devoir, à chacun de ses passages à Rodrigues, d?aller inspecter les vestiges du fameux canon et de les protéger de la rouille.
Le même Joseph Ahkang prend, en novembre 1980, l?initiative d?écrire aux autorités militaires anglaises leur demandant d?aider les Rodriguais à reconstituer le canon afin qu?il commémore plus dignement la participation rodriguaise à l?effort de guerre en 1939-45.
Après que l?express eut révélé l?existence de cette pétition rodriguaise, le colonel S. Howard-Jones fait part à ce journal de son désir de partager avec ses lecteurs ses souvenirs de guerre concernant l?installation de ce canon. Il est sur le point de s?embarquer pour l?Inde, en 1941, et a déjà embarqué ses effets sur le navire devant l?y conduire quand il reçoit l?ordre de se rendre à Rodrigues pour choisir l?endroit approprié pour installer un canon, capable surtout de protéger la station de câble et de télégraphie, pouvant être neutralisée par une attaque maritime japonaise. Il se rend à Rodrigues et y passe un mois, occupé à peser le pour et le contre des différents sites possibles. Quelques mois plus tard, il est de nouveau en partance pour Rodrigues mais accompagné, cette fois-ci, d?une douzaine de compatriotes et d?une vingtaine de Mauriciens. A eux d?installer le canon au sommet de la colline avec l?aide des forces vives rodriguaises, pas de trop en l?occurrence. Il reste à Rodrigues pendant une année. A sa connaissance, le gros canon n?a tonné qu?en deux occasions, pour de simples essais lors de son installation. Il partage donc ce point commun avec notre Fort Adélaïde (Citadelle), appelé à devenir une attraction touristique si un rêve duvalien parvient à se concrétiser.
Mais comment le colonel Howard-Jones est-il au courant de la pétition rodriguaise concernant un canon, faisant partie de ses souvenirs de guerre ? Tout simplement parce qu?il se la coule douce à Blue Bay où sa femme gère l?hôtel Blue Lagoon. Il est à la retraite depuis 1955, après avoir servi pendant trois ans au quartier général des Alliés à Paris. Il décide alors de s?installer à Maurice où son beau-père, M. Ferdinand Nichols, ancien haut cadre de Britannia S.E., a légué une maison, aux Vacoas, à sa fille. Il aime bien Maurice mais aime autant voyager d?autant plus qu?il se sent à l?étroit dans son île d?adoption et se plaint de devoir rencontrer trop souvent les mêmes personnes. Il occupe son temps libre à collecter des timbres-poste pour le compte de la Croix-Rouge et à écrire ses souvenirs. Il ne peut toutefois pas les publier car il juge son vocabulaire trop ? militaire et pouvant choquer des oreilles trop chastes.
Restons à Rodrigues pour rejoindre Benoît Jolicoeur qui revient dans son île natale après plusieurs mois passés à Maurice. Cela suffit pourtant pour qu?il apprécie encore davantage la qualité de l?accueil rodriguais. Il se plaît d?y retrouver l?esprit d?entraide, de coopération et de volontariat de ses compatriotes. Il cite plusieurs cas d?entente pour aménager ici un pont et là des écoles maternelles, pour ne rien dire de la rénovation de l?église de La Ferme. Il fait l?éloge du Mouvement des Jeunes Producteurs de Rodrigues qui encourage le travail de la terre. Il annonce la prochaine parution du journal Le Rodriguais.
Sydney Moutia réplique à ceux qui sous-estiment la production agricole rodriguaise que le M.V.Mauritius n?a pu embarquer, au début de novembre 1980, 250 b?ufs, 366 porcs, 463 cabris, 104 paniers de volailles, 160 tonnes d?oignons. Signalons, enfin, que Claude Pavart réalise un court-métrage à Saint-Brandon. Peut-on trouver, aujourd?hui, à Maurice, une copie de ce documentaire ?
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