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Partager le vécu des cancéreux

17 novembre 2005, 00:00

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L?association Palliative Care (Mauritius) Ltd inaugure cet après-midi dans la cour du couvent de Belle-Rose un centre de jour laïc pour les malades du cancer, baptisé Le Clos de l?espérance. Là, des activités sont destinées à rendre leur dignité à ces personnes. Mieux, elles rencontrent une oreille compatissante?

Le fichu en coton bleu qui recouvre la tête de Marie-Anne ne parvient pas à cacher son crâne dégarni par la chimiothérapie, traitement de choix dans la maladie du cancer mais aux effets secondaires redoutables. Ses bras portent des stries mauves, un autre signe des méfaits de ce traitement.

Mais ces inconvénients n?ont pas l?air de déranger cette quadragénaire, qui attablée avec quatre autres malades du cancer dans la salle à manger-cuisine du Clos de l?espérance, écoute les explications d?une volontaire. Cette dernière leur apprend des rudiments du crochet.

Si Marie-Anne est aussi sereine, c?est qu?elle a accepté son mal. Il s?agit d?une tumeur maligne au pancréas que sept médecins ? du privé comme du public ?, ont longtemps confondu avec une gastrite, avant que le chirurgien Krish Gajhadarsingh et le cancérologue Hassen Mustun vers qui elle s?est finalement tournée, ne lui révèlent la nature exacte de son mal et la traitent en conséquence.

L?acceptation de sa part l?aide à lutter contre la maladie. ?Ma s?ur, vivant à l?étranger, a eu un cancer du sein. Elle m?a parlé de ce mal, de son traitement et de ses effets secondaires, informations qui m?ont été confirmées par le Dr Mustun. De ce fait, j?étais mieux préparée à affronter ma maladie et ses effets secondaires.?

Guérison totale

Assise à côté d?elle se trouve Wendy, 45 ans, qui, malgré une température estivale, est emmitouflée de vêtements. Elle boit les paroles de la volontaire, mais, de temps à autre, ses yeux s?embuent de larmes. Wendy vit très mal son état de cancéreuse. Elle a subi une mastectomie, ablation d?un sein en juillet dernier. Son mal-être vient de sa famille, qui est convaincue qu?elle a été frappée par une malédiction.

?Ma famille refuse d?entendre le mot cancer. Pour elle, je suis frappée d?une malédiction. On pense que je suis contagieuse. Si bien que je préfère me tenir à l?écart. Quand je dis que je suis mal, on m?oblige à me lever et faire des travaux domestiques. On dit que je fais semblant. J?ai des angoisses terribles à force de tout refouler. Je n?arrive même pas à regarder ma cicatrice.?

Marie-Anne a entendu parler du Clos de l?espérance par une connaissance. Au départ, c?est la curiosité qui la pousse vers ce centre de jour pour cancéreux, qui assure une permanence une fois la semaine. Dès qu?elle y met les pieds la première fois, elle sent que sa guérison pronostiquée par son médecin traitant, a été ?totale en ce lieu?.

Aujourd?hui, elle s?y rend pour partager son vécu de cancéreuse avec d?autres et leur transmettre un peu de sa combativité. ?Quand je partage mon expérience, j?encourage les autres à évoquer la leur et cela les soulage de leur souffrance.?

C?est Jacqueline Momplé, la responsable du Clos de L?espérance, qui a connu la terrible douleur de perdre son mari Hervé, emporté par un cancer, qui a incité Wendy à fréquenter le centre. Cette dernière s?est laissée convaincre par les sourires des bénévoles. ?Cela signifie que les bénévoles m?ouvrent leur c?ur. J?y ai aussi trouvé l?affection dont j?ai tant besoin car je souffre physiquement et moralement. J?avais tellement hâte de retrouver le centre mercredi que j?ai oublié d?aller faire mes radiographies hier?, dit-elle en riant.

Le Clos de l?espérance a été aménagé dans la maison en pierres datant des années 1860 qui se trouve à l?entrée du Couvent de Belle-Rose. Les religieuses du Bon et Perpétuel Secours ont mis cette maison à la disposition de l?association Palliative Care (Mauritius) Ltd, présidée par Sophie Lam, car leur mission de charité envers ceux qui souffrent cadre avec les objectifs de l?association.

Briser les tabous

Jusqu?au mois dernier, les 17 bénévoles de l?association, qui ont reçu une formation en accompagnement des cancéreux, apportaient du réconfort aux malades du cancer dans les hôpitaux. Grâce à plusieurs bienfaiteurs ? la Phoenix Camp Minerals, une association d?experts-comptables de Port-Louis et surtout l?entrepreneur Patrick Philogène ? la maison a pu être retapée, meublée et aménagée en conséquence.

Le mercredi, entre 9 et 13 heures, les malades du cancer sont invités à pratiquer des jeux, à participer à des ateliers d?artisanat, à écouter de la musique, à se relaxer. Le déjeuner leur est offert, de même qu?un shampooing, une manucure et une session de maquillage.

?Chez de nombreuses personnes, le cancer est encore tabou et vécu comme une honte alors que c?est une maladie comme une autre. Nous voulons offrir aux malades du cancer ? hommes comme femmes et de toutes confessions religieuses ? de la compassion, une qualité de vie. Nous voulons leur redonner leur dignité et faire en sorte qu?ils se sentent aimés?, précise Jacqueline Momplé.

La responsable du centre espère pouvoir opérer jusqu?à 15 h 30 et au quotidien. Elle souhaiterait aussi voir ouvrir d?autres centres identiques dans l?île. ? Actuellement, nous ne pouvons accueillir que des malades vivant dans notre région. Nous n?avons pas de moyen de transport et nous ne pouvons demander à des malades qui habitent loin et qui sont épuisés par leurs traitements, de venir vers nous. S?ils en font la demande, nous irons vers eux ?. C?est cela, avoir de l?empathie à revendre?

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