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Toujours en attente
Après des éditions spéciales occasionnées par la tenue des élections générales et municipales et par l?arrivée d?un nouveau gouvernement, le baromètre ?PluriConseil-L?express? reprend son édition normale. Sur les perspectives économiques, l?inflation, le chômage, le taux d?intérêt, le taux de change, l?investissement et les valeurs boursières, les questions posées à un échantillon de 30 analystes économiques et financiers sont d?ordre macroéconomique. C?est donc l?économie dans son ensemble qui est ici diagnostiquée.
Ailleurs, d?autres enquêtes qui sondent les sentiments des patrons font ressortir un certain optimisme chez eux. Ils peuvent effectivement être optimistes à leur niveau, c?est-à-dire pour leur entreprise, mais ils le sont moins pour le pays. Cela peut paraître contradictoire pour un rationaliste qui croit que le tout est égal à la somme des parties.
Mais c?est plausible dans une économie qui est concentrée et qui est enserrée dans des structures de marché pas suffisamment développées. Voilà de quoi justifier la démocratisation de l?économie qui permettra une meilleure transmission de l?individuel au collectif.
Parmi les rares optimistes sur les perspectives économiques d?ici à un an, un analyste donne les raisons suivantes : 1) Un gros effort est fait par le ministre du Tourisme, Xavier-Luc Duval sur le problème de l?accès aérien. 2) Le ?Fast Track Committee? fait ses preuves en débloquant des projets tombant sous l??Integrated Resorts Scheme?, lesquels feront rentrer des devises. 3) Nos meilleures entreprises de textile sont actuellement débordées de commandes au moment où certains acheteurs, déçus de la Chine, reviennent vers Maurice. 4) Des opportunités existent dans la filature, comme en témoigne l?intérêt d?un groupe italien pour cette activité. 5) Nos relations économiques régionales se renforcent au vu des retombées positives de la visite du Premier ministre mauricien, Navin Ramgoolam en Inde et de celle du président malgache, Marc Ravalomanana chez nous.
En somme, il faut absolument trouver ce déclic qui rétablit la confiance dans l?économie mauricienne. Ne le voyant toujours pas venir, neuf analystes sur dix se montrent ainsi pessimistes. Pour eux, l?attentisme n?a que trop duré. On peut comprendre que le gouvernement tienne à réaliser ses promesses électorales. Mais leur concrétisation a des conséquences économiques négatives. La grande question que se posent les analystes est : comment l?Etat arrivera-t-il à financer les largesses accordées au peuple ?
On ne pourra pas toujours compter sur le soutien des pays amis. A terme, il faudra bien rembourser les emprunts étrangers. Une économie doit générer ses propres revenus, par l?activité locale et via l?exportation. Mais le problème est que, d?une part, l?investissement privé stagne et, d?autre part, la menace d?une réduction de 39 % du prix du sucre augure mal de notre balance des paiements.
Une baisse drastique de nos recettes d?exportation aura, par un effet inverse du multiplicateur keynésien, un impact négatif sur la production nationale et, conséquemment, sur l?emploi. On le ressent déjà, cette année, avec la contraction réelle de 13 % de la zone franche, cause principale de la diminution de la croissance réelle de l?économie à 3,1 % et de la hausse du taux de chômage à 10,4 %. Si l?offre des devises n?arrive pas à satisfaire la demande, celle-ci étant accrue par la facture pétrolière, la roupie se dépréciera forcément, ce qui alimentera l?inflation. Une ?jobless inflationary growth?, c?est ce que craignent nos analystes.
Il est clair qu?en prévision du manque à gagner en devises sur nos exportations sucrières, la Banque de Maurice ne tient pas à puiser constamment dans ses réserves. Un analyste pense qu?il faut un signal fort, en l?occurrence une intervention massive de 100 millions de dollars en deux fois, pour décourager toute position contre la roupie.
A défaut de cette mesure, selon un autre analyste, le taux Lombard aura à monter par au moins 200 points de base pour rendre la roupie attrayante à nouveau. Le différentiel des taux d?intérêt sur le dollar et la roupie s?est accru considérablement. La dernière hausse du taux Lombard, le 5 août dernier, n?a pas réduit cet écart. Depuis, la Fed a relevé son taux directeur trois fois par 0,25 %, devant l?augmenter par encore 50 points de base...
La situation des devises s?aggrave, tant la liste d?attente chez les banques commerciales s?allonge. Un analyste déplore que ?certaines banques refusent de vendre des devises quand le motif de la transaction concerne un investissement.
A ce jour, les taux de change affichés par les banques ne reflètent pas les prix du marché. Pour une demande de 200 000 dollars à monter, les banques cotent un taux largement supérieur au taux indicatif de vente du jour. C?est à se demander s?il n?existe pas un marché parallèle de devises !?
On ne pourra pas maintenir artificiellement les taux de change. A l?instar des produits laitiers, le contrôle des prix crée une pénurie de devises. On a ce que les économistes appellent une ?inflation réprimée?. Quand éclatera la vérité des prix, ce sera la débandade. Au contraire, une liberté des prix du taux d?intérêt et du taux de change introduira une souplesse dans l?ajustement à la demande.
Même si une nouvelle hausse du taux Lombard est inévitable à leurs yeux, 60 % d?analystes ne le voient pas venir avant février 2006. Ils pensent que le gouvernement veut résoudre d?abord le problème de l?investissement privé. Mais alors, il faut des mesures structurelles fortes ? en d?autres mots, une rupture avec le passé.
<I>(www.pluriconseil.com) </I>
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