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The great England show
La guerre des Malouines appartient peut-être au passé, mais l’Angleterre et l’Argentine n’ont pas pour autant enterré la hache de guerre. Depuis qu’un certain Diego Maradona a eu la géniale idée, un soir de juin 1986, dans la chaleur étouffante du Mexique, de comparer sa main à celle de Dieu, les deux pays cultivent désormais leurs différends sur les terrains de football.
Qui ne se souvient pas, en effet, de la bataille de Saint-Étienne, théâtre d’un sulfureux huitième de finale de Coupe du monde le 30 juin 1998 ? Le but de génie du jeune Michael Owen, 18 ans et des poussières à l’époque, l’expulsion lourde de conséquences de David Beckham, la victoire, au final, des Argentins, 4-3, au terme d’une épouvantable séance de tirs au buts. Ce match appartient aujourd’hui à l’histoire du football…
Samedi, à Genève, sur terrain neutre, le temps d’un match qui n’était amical que de nom, Anglais et Argentins ont patiemment reconstruit, 90 minutes durant, le puzzle de leur rivalité presque ancestrale. Et même si le contexte était apparemment différent, l’issue dramatique et imprévisible de la joute fait que les livres d’histoire s’en souviendront un jour.
Pour ceux qui ont pris le train en cours de route, on rappellera que l’Angleterre s’est imposée 3-2 alors qu’elle était menée à la marque à deux minutes du terme. Et, pour que le tableau soit parfaitement complet et que la légende s’y accorde, la lumière est venue une fois de plus de ce diable de Michael Owen, plus déterminé, plus généreux et plus opportuniste que jamais.
Alors que l’Argentine s’arqueboutait en défense pour s’accrocher à une victoire qu’elle espérait acquise, les deux brillants coups de tête, en fin de combat, du petit fiancé de l’Angleterre sont venus bouleverser le calme troublant d’une ville de Genève qui accueillait pour l’occasion 18 000 supporters de la Rose.
Le buteur de Newcastle, que l’orgueilleux Liverpool doit aujourd’hui regretter de n’avoir pas ramené au bercail, a ainsi soigné ses stats, ayant atteint 35 buts en 75 sélections. Mais, plus important encore que son compteur personnel, il a rendu à l’Angleterre sa dignité, lui offrant une quatrième victoire face aux Argentins en dix confrontations, la première ayant été signée à Wembley en 1966, en quart de finale de Coupe du monde, 1-0.
Exceptionnellement généreuse et combative, bien concentrée sur son sujet, agréable à voir jouer, l’équipe entraînée par Sven-Goran Eriksson a su, sur ce coup-là, élever son niveau de jeu pour se montrer digne de son rang, de sa réputation et surtout de son effectif, étonnamment talentueux.
Avec des garçons comme David Beckham, Michael Owen, Frank Lampard, Steven Gerrard, Wayne Rooney, John Terry, Rio Ferdinand, Joe Cole, Ledley King ou encore Sol Campbell, pour ne citer que les éléments les plus en vue, le pays de sa Majesté la Reine possède, dans l’optique de la prochaine Coupe du monde allemande, une des plus brillantes générations de joueurs de son histoire.
Une cuvée en tout cas comparable, sur le papier, à celle de 1966 – qui comprenait Hurst, Banks, Charlton, Cohen, Stiles, Peters, Ball, Moore et Wilson – et qui est tout à fait capable d’aller décrocher la lune en Allemagne.
Le problème, avec l’Angleterre, c’est qu’elle joue souvent au Dr Jekyll and Mr Hyde. Et ce n’est de toute évidence pas en s’inspirant de sa triste épopée de Copenhague, où le Danemark lui avait récemment passé quatre buts en une mi-temps, qu’elle se donnera les moyens de chasser ses vieux démons.
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