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L?entente (à peine) dissimulée entre Bérenger et Ramgoolam?

14 novembre 2005, 20:00

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C?est l?histoire de deux hommes qui sont de deux bords politiques différents. C?est aussi et surtout l?histoire de deux adversaires? qui ont des difficultés à cacher leur bonne entente. Mais alors que l?un n?hésite pas à hausser le ton quand la situation le demande, l?autre n?arrive pas à cacher sa peine quand le ton monte. C?est l?histoire d?un leader de l?opposition et d?un Premier ministre, de Paul Bérenger et de Navin Ramgoolam.

Bérenger va au Parlement mardi, très content de lui-même : il a décidé de faire une opposition ?consensuelle.? Donc, contrairement à l?attente générale, il ne pose pas de question sur LE sujet brûlant de la semaine, la suspension de trois employés de la MBC, par exemple, mais parle sucre. Bérenger est tellement fier de lui qu?il avoue qu?il allait passer un coup de fil au Premier ministre le matin même, mais dit avoir changé d?avis. Or, quand il se rend au Parlement, grande est sa surprise : ?Alor ki li (Ramgoolam) abitie blag ek mwa, senn fwa la li pa trouv mwa ditou.?

La rencontre de la paix

Paul Bérenger se sent quelque peu troublé mais garde quand même son sang-froid. Toutefois, quand le Premier ministre choisit de ne pas répondre à la Private Notice Question et délègue Arvin Boolell, Bérenger se sent offensé par cet ?affront.? Il tient donc une conférence de presse pour exprimer son dégoût de ?latitid en kouyonad? du Premier ministre. Mais il ne veut pas pour autant fermer sa porte à Ramgoolam : ?Li pa tro tar, mo demann premie minis resezir li.?

Quelques jours après, c?est un Paul Bérenger content qui reçoit la presse à l?hôtel Labourdonnais. ?Le contact personnel est revenu à la case départ?, annonce-t-il. Le leader de l?opposition et le Premier ministre se sont rencontrés mercredi et jeudi et ont pu faire la paix (dixit Paul Bérenger). Pourquoi Ramgoolam avait-il choisi de snober Bérenger? Nous n?en savons rien. L?annonce ? pour le moins bizarre ? qu?a faite Paul Bérenger à sa conférence de presse de samedi, serait-elle une explication ? Il assure que les rumeurs disant qu?il pourrait être président de la République ne sont pas fondées. L?attitude de Navin Ramgoolam au Parlement visait-elle justement à démentir ces rumeurs ? À démontrer que ces deux protagonistes étaient adversaires et non alliés ? Est-ce cela que Ramgoolam a dit à Bérenger ?mercredi et jeudi? pour que ce dernier se calme, affiche sa satisfaction et démente ces soi-disant rumeurs ? Cela se peut bien. Interrogé sur sa relation avec Bérenger, il y a deux semaines, le Premier ministre avait affirmé à l?express ?monn touzour korek ar li mwa?, avec un sourire. Les pressions au sein du Parti travailliste (PTr) se seraient-elles intensifiées ?

Car il existe bel et bien une opposition à un éventuel rapprochement entre les deux hommes. Toujours au Parlement, Bérenger avait lancé à Rashid Beebeejaun, leader adjoint du PTr, ?twa ki pou vinn koz devaliz pei avek to BAI !? Ce qui avait provoqué la colère de Navin Ramgoolam. ?Ki BAI to pe koze ?? avait demandé le Premier ministre avant de menacer le leader de l?opposition : ?to pou kone la?? Ce dernier avait détourné le regard?

Déjà depuis quelques semaines, l?entente entre les deux hommes avait commencé à faire jaser. Alors que l?on mettait ce rapprochement sur le compte de ?palabres? politiques, certains membres du gouvernement font écho des ?relations spéciales? entre le Premier ministre et son adversaire. Lors des réceptions officielles auxquelles les deux hommes sont invités, ils ne cachent d?ailleurs pas leur complicité. À tel point que lors d?une récente réception à l?ambassade de Chine, un ministre laisse échapper un commentaire en voyant les deux hommes se saluer. ?Kouma dir li (Paul Bérenger) pli korek ar premie minis ki mwa.?

Bérenger ?conseille? Ramgoolam

Lors d?une interview accordée à l?express, Rama Valayden, un des adversaires les plus acharnés de Paul Bérenger, affirme que la ?seule chance de survie de Bérenger serait de rejoindre l?Alliance sociale?. Tout en faisant ressortir que la question n?était pas d?actualité. Ce commentaire en dit long sur l?état d?esprit de ceux proches de Navin Ramgoolam. Un autre ministre réagit à notre question en éclatant de rire. ?Bérenger dan lalians sosial ? Zame !? Ce ministre aura cependant vite fait de dire que ?si jamais l?avenir de mon pays le demande, je n?aurais d?autre choix que de dire oui. Mais si j?estime que ce n?est pas nécessaire, je partirai??.

On ne sait si la question est d?actualité. Les deux hommes concernés par la question n?en parlent pas. Mais les signes en disent long. ?Ils sont comme deux amoureux?, commentait un proche du Premier ministre, il n?y a pas longtemps. Mais souvent, il y a aussi des moments de tension. À une célébration pour la fête Eid, les deux hommes ne s?étaient pas beaucoup parlés. Et dans ces instants-là, c?est Bérenger qui semble le plus affecté par la distance de Ramgoolam.

Tout cela est bien, mais il n?empêche que l?un est Premier ministre et que l?autre est leader de l?opposition. Bérenger est déterminé à faire ce qu?il appelle une opposition ?qui ne va pas marquer des points aux dépens du gouvernement.? Et donc, il ?conseille? au Premier ministre de prendre en charge les dossiers sucre et textile et propose la mise sur pied d?un select committee sur la réforme électorale. Bérenger propose même le nom de celui qui devrait présider ce comité : le ministre des Finances, Rama Sithanen. Mais Bérenger n?a pas eu l?occasion de s?entretenir avec le Premier ministre à ce sujet. Il décide donc de le faire à travers la presse?

La priorité du leader de l?opposition demeure avant tout? le contact personnel avec le Premier ministre.

Et puisqu?il n?y a pas d?opposition, le gouvernement fait son petit bonhomme de chemin, tranquillement?

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