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Rapport Botte sur le calvaire chagossien

13 novembre 2005, 20:00

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A la mi-novembre 1980, notre presse écrite rend compte à juste titre du rapport de Françoise Botte sur le chemin de croix aux mille stations quotidiennes enduré par les Chagossiens déracinés, exilés et parqués comme des animaux dans des taudis des faubourgs portlouisiens. Françoise Botte est une enseignante et une travailleuse sociale. Elle côtoie le calvaire chagossien depuis 1976. Deux ans plus tard, le ministère de la Sécurité sociale, dirigé par l?ancien syndicaliste Lutchmeeparsad Badry, officialise son action d?accompagnement auprès de ceux qu?on appelle encore des ?Ilois?. Elle poursuit ses études en sciences sociales à l?université de Maurice. Sa thèse s?intitule : ?The Ilois Community and the Ilois Women?. Son rapport est accablant et pourrait instruire un procès pouvant s?apparenter à celui de Nuremberg. Au banc des accusés : l?île Maurice, sa population, ses dirigeants politiques et administratifs à différents échelons mais plus particulièrement ceux qui savent et qui se taisent.

Nous, Mauriciens, sommes trop facilement tentés de répondre ?Pas au courant !? ou encore ?Pas moi, li ça !? quand on évoque en notre présence le calvaire qu?endurent, aujourd?hui encore, nos frères et s?urs chagossiens. Ces réponses sont inadmissibles car elles sont le signe même d?une irresponsabilité inqualifiable quand elles ne reprennent pas les principaux arguments de défense des accusés traînés devant le Tribunal de Nuremberg, à la fin de la guerre 1939-45. Nous n?avons pas le droit de répondre : ?Chagossiens, connais pas !? comme nous n?avons pas le droit moral d?oublier le contenu de l?accablant rapport de Françoise Botte sur une condition chagossienne, se détériorant psychologiquement, d?année en année, parce que nos frères et s?urs concernés sont en droit de nous lancer à la figure : ?Nous sommes des déracinés et vous ne nous avez offert pas même un verre d?eau ni un sourire.? Et si nous pouvons éviter un éventuel procès de Nuremberg, un dernier jugement nous attend auquel nul d?entre nous ne pourra échapper.

Que dit Françoise Botte dans son rapport dont nous devons connaître par c?ur les grandes lignes parce qu?il résume des souffrances surtout psychologiques que seul un éventuel retour dans la Terre promise de nos îles chagossiennes pourrait peut-être cicatriser. Françoise Botte décrit surtout une ?culture de pauvreté?. Quelque 332 familles ont été déracinées des Chagos entre 1965 et 1973. En 1980, elles sont encore dispersées entre différents faubourgs portlouisiens, en proie à des problèmes aigus d?emploi, de logement, de subsistance. De ce nombre, 126 sont à Roche-Bois, 67 aux Cassis, 28 aux Salines, 27 aux Dockers? Flats, 14 à Pailles et à Sainte-Croix, 13 à la Cité La Cure et à la Pointe-aux-Sables. D?autres familles s?installent à Petite-Rivière, GRNO, Port-Louis, Baie-du-Tombeau, Beau- Bassin et Le Hochet.

Les Chagossiens débarquent au Port-Louis et rien n?est prévu ou presque pour leur relogement. Les nouveaux venus sont pris en charge par ceux n?ayant pu précédemment rentrer aux Chagos. On se partage des taudis. La promiscuité s?aggrave. Il faut se mettre à plusieurs pour s?acquitter du loyer réclamé pour le droit d?occupation d?un taudis. Loyer de Rs 70 à Rs 150 en 1980. Ajouter un zéro sans doute pour la valeur 2005.

La famille îloise se caractérise par l?absence de mariage civil. Trois femmes sur cinq n?ont pas d?époux légal. Frères et s?urs ont souvent des pères différents et vivent sous divers toits. D?où la grande mobilité de la famille îloise. Le régime matriarcal s?impose. La femme assume mieux que le conjoint la responsabilité de faire vivre la maisonnée. Le Chagossien dépense plus facilement que sa compagne le peu d?argent dont il dispose pour des futilités, dont le jeu et l?alcool. Début 1980, Françoise Botte recense seulement 49 aides-chauffeurs, 22 pêcheurs. Il y avait certes 71 dockers. Ils ont été licenciés après l?introduction du chargement du sucre en vrac. Une Chagossienne sur deux travaille pour subvenir aux besoins de la famille. De celles qui travaillent, une sur trois est employée de maison, une sur 10 est machiniste en usine et une sur 50 s?adonne à des tâches agricoles. Françoise Botte recense, en 1980, 23 prostituées. ?Bon Dié ine donne ou ène la terre. Ou bisoin servi li pou nourri ou zenfants?.

L?analphabétisme caractérise la communauté chagossienne. Les deux écoles, existant aux Chagos depuis 1951, ferment leurs portes en 1965. Qui pourra nous convaincre que celui qui a finalement décidé, en connaissance de cause, la fermeture des écoles chagossiennes n?est pas traduisible devant un tribunal s?appartenant à celui de Nuremberg ? A quand une Commission Justice et Vérité sur le déracinement de nos frères et s?urs chagossiens ?

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